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 Photo récente : Albert Gendronneau, premier, à gauche, debout, veste claire

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C'était en 1956

Ce témoignage a été écrit en mars 2002 : Albert Gendronneau,
Directeur du Collège Saint Jean-Baptiste,
Adjoint de direction au Collège Sainte Marie-Saint Jean-Baptiste,
Conseiller Municipal à Vaux-sur-mer de 1989 à 2000,
Chevalier de l'Ordre des Palmes Académiques.


Comme beaucoup de soldats appelés, j’ai servi en Algérie en 1956 et 1957. Le régiment dans lequel j’étais affecté participait à la surveillance de tout un secteur dans l’Oranais entre Sidi-Bel-Abbès et Tlemcen. Mon escadron cantonnait dans deux fermes situées en plein bled. Nous avons changé plusieurs fois de cantonnement. Le plus au sud où je suis allé, c’est à 100 km au sud de Sidi-Bel-Abbès. C’est là que j’ai vu pour la première fois, les nomades logeant sous les tentes de tissu en poils de chameaux, les animaux paissant aux alentours.

Quelques semaines avant mon arrivée en Algérie, lors d’une opération après une série de fermes brûlées par les rebelles, un soldat rappelé avait été tué, et un sous-lieutenant blessé. Sous-officier, je fus chargé plus particulièrement du ravitaillement et du service de vaguemestre pour l’escadron.
J’étais donc tous les jours sur la route, soit le matin, soit l’après-midi, me rendant à la poste militaire ou au service d’intendance, ou chez des commerçants avec lesquels nous passions des marchés. A cet effet, l’armée avait fait blinder un camion GMC, et parfois, mais rarement, je bénéficiais d’une escorte, ou bien un engin blindé m’attendait à un point statégique sur la route du retour, car les fellaghas avaient la fâcheuse manie de faire sauter les ponts enjambant les oueds, au passage d’un véhicule militaire. J’étais protégé : mon chauffeur, d’origine espagnole, s’appelait Jésus. Je lui avais cependant donné la consigne de traverser les ponts le plus vite possible.

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 Son chauffeur et garde du corps Jésus

Après mon travail au service du moral de la troupe, je participais occasionnellement aux patrouilles aux alentours. Personnellement je n’ai pas essuyé de coups de feu. Une fois, nous étions trois véhicules progressant doucement sous les arbres d’une forêt, quand un fellagha détala devant nous et disparut dans la forêt. Surpris sans doute alors qu’il faisait le guet, il n’avait pas eu le temps de lancer une grenade, ni de tirer sur nous. Nous ne l’avons pas retrouvé.
Le soir, j’avais souvent mission d’emmener une patrouille en embuscade, et de la récupérer aux environs de trois heures , à l’endroit où je l’avais déposée. A l’heure du rendez-vous, au plus noir de la nuit, lorsque j’entendais marcher sur la piste, sachant pourtant que ce ne pouvait être que les copains, une certaine appréhension me prenait à la gorge.
Quand tout l’escadron était parti en opération pour un ou deux jours, je restais à la ferme, pour organiser la garde de nuit particulièrement . Nous avions un petit dépôt de munitions et une réserve d’essence. Nous restions deux sous-officiers et moins de dix hommes. Il fallait faire des rondes très fréquentes pour rassurer ceux qui montaient la garde la peur au ventre, ou réveiller celui qui ne pouvait pas rester éveillé plus de 15 minutes !

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Il est arrivé parfois qu’ un suspect soit ramené. Nous le gardions un jour, et le confions ensuite au PC du régiment.
Je garde le souvenir d’un beau pays que j’aurais aimé revoir ensuite. Il me reste l’image d’Algériens vivant pauvrement dans les zones rurales, plus aisément dans les petites villes; d’un certain Kabyle, tailleur de son métier, chez qui nous nous invitions pour boire le thé, et qui nous disait prier Allah pour que cesse cette guerre qui l’empêchait d’aller acheter ses tissus en France, comme il faisait auparavant; d’un certain Français d’origine alsacienne, qui avait épousé une Algérienne dont il avait de jolies jeunes filles, et qui se barricadait avec sa famille tous les soirs, dans sa ferme isolée à plusieurs kilomètres de celles où nous étions; d’Européens vivant de leur profession, comme en France, ni mieux, ni pire, étant coiffeurs, bouchers, cordonniers, marchand de glaces, cafetiers, etc.
Je me souviens de mon capitaine, un homme admirable , de certains sous-officiers de carrière ayant le sens du devoir, de tous mes camarades , inconscients et courageux. Tous ont fait leur devoir, comme on le leur avait demandé.
Comme la plupart d’entre nous, lorsque je suis rentré chez moi, il m’était impossible d’expliquer ce que j’avais vécu, ce que j’avais ressenti, parce que personne n’aurait compris.

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Tous les ans je participe aux cérémonies commémoratives du 19 mars, date anniversaire de la cessation officielle des combats le 19 mars 1962.
C’est pour rendre hommage aux 30000 soldats français tués là-bas. C’est pour me souvenir de ceux que j’y ai vus blessés ou malades, qui partaient en opérations sans savoir s’ils en reviendraient, de tous enfin qui faisaient courageusement leur devoir.
C’est pour honorer les harkis qui se battaient avec nous et que la France a abandonnés honteusement. C’est pour rappeler que beaucoup de civils ont payé de leur vie. C’étaient des chrétiens, des musulmans, des juifs, des athées.
C’étaient des Français ouvriers, paysans, artisans, qui ont dû tout abandonner : leurs souvenirs, leurs amis, leurs biens. Ils ont été déracinés, rapatriés, et avec courage, ont reconstruit leur vie.
Toute guerre est haïssable car elle engendre des souffrances indicibles. C’est pourquoi je participe aussi aux cérémonies organisées aux dates anniversaires de proclamation de fin des combats, le 8 mai et le 11 novembre.

Un bel hommage du Comité FNACA de Vaux-sur-Mer

Souvenir Mémoire des victimes

 directes et indirectes

 A TOI, MON AMI, MON CAMARADE,

MORT POUR LA FRANCE EN 1956.

            Il y a plus de 50 ans, chaque jour  que dura la guerre d’Algérie, 10 jeunes Français donnaient leur vie à leur patrie  (chaque jour pendant 2920 jours).

            Toi, mon ami, mobilisé  pourrait-on dire, tu avais laissé ton métier, ta jeune femme, ton enfant à naître, et tu étais parti loin de chez toi, pour t’a-t-on dit , défendre  les intérêts de ta patrie. Comme ton père en 1914, tu ne t’es pas posé de questions : la patrie t’appelait et tu as répondu “présent”. Un jour, lors d’un accrochage comme on disait,  tu fus mortellement blessé.  Tes  copains t’ont rendu hommage  dans le bled, avant que ton corps soit rapatrié en France, aux frais de ta famille. Ta sépulture dans ton petit village a rassemblé des voisins et des amis : pas de militaires pour te rendre  l’honneur dû, pas de discours officiels ; seuls tes parents, ta jeune épouse et ton jeune enfant qui ne comprenait pas qu’il ne connaîtrait jamais son papa.

            Aujourd’hui, un militaire est décédé lui aussi loin de la France, au cours d’une mission  décidée par l’état français. Il n’était pas mobilisé, mais engagé volontaire dans ce noble métier des armes au service de la nation française. A juste titre, en raison de cet engagement, honneur lui a été rendu, en présence de sa famille, par les plus hautes autorités militaires et civiles.

            J’imagine que dans ta tombe tu te remues, et que tu réclames une reconnaissance officielle de ton sacrifice. Non, tu ne réclames pas la légion d’honneur à titre posthume, tu souhaites seulement que  le 19 mars de chaque année, après la cérémonie religieuse organisée par la FNACA, un hommage et des honneurs soient rendus dans la cour des Invalides, à toi et tes frères d’armes, les  30 000 morts pour la France entre 1952 et 1962, par les plus hautes autorités militaires et civiles, en présence d’invités (frères, sœurs et enfants de soldats du contingent morts pour la France au cours de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie).

            Puisse ton vœu posthume être exaucé !

            Un adhérent FNACA du pays Royannais (17)

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