8 mai 1945, les mémoires

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08 mai 2013 Par Benjamin Stora

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L’Algérie commémore le deuxième mercredi de ce mois, le 68ème anniversaire des massacres de mai 1945 perpétrés par les troupes coloniales françaises. Au moment où s’achevait la seconde guerre mondiale, une terrible répression s’abattait sur le peuple algérien faisant des dizaines de milliers de victimes, dans les villes de Sétif, de Guelma et les campagnes du Constantinois. Cet événement est désormais considéré comme un point de départ décisif vers le déclenchement de la guerre d’indépendance algérienne, neuf années plus tard.

Ce drame a longtemps été occulté en France. Après l’indépendance de 1962, il s’agissait surtout d’oublier la perte d’un territoire, l’Algérie, longtemps considéré comme ‘’intégré’’ à la France depuis plus d’un siècle. La défaite entraînait le refoulement de l’histoire coloniale et des exactions commises. Il a fallu attendre l’année 2005 pour que, par la voix de son ambassadeur Hubert Colin de Verdière, la France reconnaisse cette ‘’tragédie inexcusable’’.

Mais la même année, en février 2005, le Parlement français votait une loi reconnaissant ‘’les apports de la mission civilisatrice’’ en Algérie coloniale. Ce vote ruinait les tentatives de rapprochement entre les deux pays, retardait le processus de clarification sur les questions mémorielles. Et certaines voix en Algérie ne manquaient pas de relever des pratiques de double discours sur l’histoire, en France. Depuis l’indépendance, les élites politiques et intellectuelles des deux pays semblent s’être installés dans un ‘’confort’’ de dénonciation réciproque, distillant au fond une même doctrine de découragement : il est impossible d’écrire ensemble l’histoire, et comme il est difficile de s’entendre….

Les moments de cette sclérose sont peut-être comptés. La visite en décembre 2012 du nouveau président français François Hollande relance un processus. A nouveau, la condamnation des massacres de mai 1945 était prononcée par un chef d’Etat en exercice. Cela permettra-t-il de prendre une nouvelle direction dans le processus de reconnaissance des effets de la colonisation ? Un mouvement historique profond s’est en fait amorcé depuis plusieurs années. Malgré le pesant couvercle colonial qui obscurcit encore le présent, les deux pays ont changé. L’homogénéisation du monde sur le plan culturel et politique, par les désirs démocratiques exprimés, a rapproché les nouvelles générations qui ne veulent plus vivre dans la rumination permanente du passé. Aux responsables politiques des deux pays de prendre en charge ces exigences nouvelles, dans le respect des mémoires anciennes de la lutte anticoloniale.

B.S.

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