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EXTRAITS D’UNE CONFÉRENCE DE JEAN-CHARLES JAUFFRET

Débat animé par Jean-Pierre FARKAS

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BIOGRAPHIE

AVT Jean-Charles-Jauffret 6610Jean-Charles Jauffret est un historien, agrégé d'histoire et spécialiste

de l'histoire militaire coloniale.

Enseignant à  l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, à l'université de Montpellier Paul Valéry III et aux écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan.

Spécialiste de la guerre d'Algérie.

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A PROPOS DE LA GUERRE D’ALGÉRIE. « Paradoxalement, cette guerre a été gagnée militairement par la France, mais elle été perdue moralement, politiquement, et diplomatiquement. On peut rappeler qu’en 1960, aux jeux olympiques de Rome, un Français gagne une médaille d’or en saut d’obstacle, mais le public conspue la Marseillaise. À l’ONU, seuls l’Afrique du Sud et Israël soutiennent la position de la France.»

L’ARMÉE FRANÇAISE. « Dans l’Histoire, c’est la dernière armée Française de masse, avec appelés, engagés, soldats et officiers de carrière. L’ensemble des anciens de cette guerre d’Algérie, toutes opinions confondues, expriment la même revendication : que la Nation reconnaisse qu’ils ont souffert, que c’était autre chose qu’une opération de police et qu’ils ont fait leur devoir. C’est un sentiment qui fédère à peu près tous les anciens combattants : « Vous avez vingt ans, vous partez pour des opérations de pacification et de maintien de l’ordre. Et vous arrivez là-bas et on vous flingue ! Vous vous apercevez que c’est une véritable guerre ! Comment voulez-vous expliquer ça à votre retour? À l’époque des yéyés, des blousons noirs et des scoubidous ? C’est impossible. Alors vous finissez par vous taire. D’où le stress post-traumatique. Il y a des images que l’on ne peut absolument pas digérer»

LES INSOUMIS. « En dehors de ceux qui ont oublié leur convocation sous les drapeaux - ils sont environ 10 000 - il y avait aussi les insoumis convaincus qui avaient décidé de ne pas se présenter devant le Conseil de Révision. Selon l’étude de Tramor Quémeneur, ils étaient entre 870 et 1000. Par ailleurs, il y eut très peu de déserteurs, l’armée en a recensé seulement 374, ce qui revenait se condamner à une vie de reclus et d’apatride. On comprend qu’il leur a fallu un grand courage politique pour s’opposer à l’Autorité militaire. Il y eut aussi les soldats du Refus. Officiellement, ils étaient 40 et j’ai pu en interviewer 16 d’entre eux. Ils avaient écrit au Président de la République : «Je ne combattrai pas un peuple qui se libère. Je veux bien porter l’uniforme, mais pas les armes.». Certains ont été enfermés au bagne de Timfouchi, dans l’extrême sud-ouest algérien, sans barbelés ni miradors, mais entouré d’un désert de 300 kms. D’autres, par contre, m’ont raconté qu’après avoir connu bagnes et pénitenciers, ils s’étaient retrouvés pendant un an, en Corse, au bagne de Casablonda (?) qui s’est avéré être...une sorte de Club Méditerranée. Dans ce cadre magnifique, ils allaient pêcher munis d’un seul harpon en guise d’armes et passaient leurs journées à construire des cabanes au bord de la plage. Ils devaient juste aller pointer à la gendarmerie une fois par semaine. Mais ils n’ont toujours pas compris pourquoi l’armée, après leur avoir fait subir bagnes et prison, leur faisait maintenant terminer leur guerre dans cet endroit paradisiaque. Comme quoi, pour tout ce qui concerne la guerre d’Algérie, il n’y jamais aucune vérité absolue, mais que des expériences humaines exceptionnelles.»

 UN BILAN. « Quand j’ai posé la question de savoir ce qu’ils ont gardé en mémoire de la guerre d’Algérie, voilà les réponses après 18 ans d’enquête auprès des anciens combattants d’Algérie : 3% estiment avoir défendu la patrie, 5% se sont déclarés fiers de leur oeuvre accomplie, 20% estiment avoir fait leur devoir, 19% estiment qu’on leur a volé leur jeunesse et qu’on leur a fait faire des choses effroyables, 20% ont le sentiment d’un sacrifice non reconnu, et plus de 25% jugent que leur séjour en Algérie fut totalement inutile.»

 

 

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