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Une fondation controversée sur la guerre d’Algérie

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La Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, a été installée en octobre 2010 aux Invalides, à Paris. Son objectif est de "réconcilier" les mémoires de cette guerre si longtemps niée. Mais à peine née, elle a suscité la controverse. Issue de la loi de 2005 sur l’apport des rapatriés d’Algérie, elle a été boudée par les historiens et par les Algériens. Ils la soupçonnaient de vouloir promouvoir une histoire orientée. Elle avait provoqué une levée de boucliers...

 Le pêché originel, celui qui a provoqué la méfiance des historiens et de certains des acteurs de la guerre d’Algérie, c’est qu’elle est née de la loi 23 février 2005, “portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des français rapatriés”. Le texte avait lui-même fait flamber une polémique des deux côtés de la Méditerranée en recommandant aux enseignants d’insister sur “les aspects positifs de la colonisation” auprès de leurs élèves. L’article avait finalement été abrogé.

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L'historien Tramor Quemeneur.
© RF

Cette tache originelle, dans l’esprit de ses opposants, est encore réhaussée par la composition du conseil d’administration, qui décide du financement. Le budget du nouvel organisme s’élevait, en 2010, en effet à 7,2 millions d’euro. L’Etat en apportant trois. Le reste provient de trois associations d’anciens combattants : la Fédération nationale André Maginot, les “Gueules cassées” et Le Souvenir français. Certains dirigeants de ces associations ont signé le manifeste des généraux, au début des années 2000. Il minimise et justifie l’utilisation de la torture par l’armée pendant le conflit. D’où le scepticisme des historiens spécialisés les plus reconnus, comme Benjamin Stora, Jean-Pierre Rioux ou Jean-Charles Jauffret. Ils ont refusé d’entrer au conseil scientifique, jugeant que le travail de la fondation risquait d’être orienté et de favoriser une vision de l’Algérie et de la guerre conforme à celle de l’armée et des nostalgiques de la période coloniale. Ils ont dénoncé une opération électoraliste, destinée à flatter un lobby encore actif et s’inquiètant des conditions dans lesquelles des archives privées pourraient être collectées.

TOUTES LES MEMOIRES DOIVENT AVOIR

LEUR PLACE

AU CONSEIL D'ADMINISTRATION

*** Les associations représentant les harkis et rapatriés. 
*** L'ANPROMEVO représentant les victimes de l'OAS. 
*** Autre grande absente, la FNACA, la principale association d’anciens combattants d’Algérie, avec 350.000 adhérents. Elle dénonce une sélection par l’argent : les associations qui n’ont pas versé leur écot sont exclues du conseil d’administration.  Un ticket d’entrée est fixé à 500000 euros... Inaccessible pour la plupart des associations.

*** Manquent aussi à l’appel les Algériens. Pas le moindre représentant de l’Algérie à l’inauguration de la fondation. Un choix unilatéral curieux pour un organisme destiné à “soigner les plaies” encore vives de cette histoire, qui pèse encore sur les relations franco-algériennes.

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  Faisant l'unanimité contre elle, la Fondation pour la mémoire de la Guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie vit-elle ses derniers jours ?

Boycottée par la majorité des historiens spécialistes de l'histoire coloniale française, cette fondation est aussi dénoncée par toutes les associations citées plus haut. 

Ayant pris la mesure de cette anomalie et des dérives du projet de Fondation, le président de la République François HOLLANDE s'était alors engagé le 5 avril 2012 à procéder à une réforme de la Fondation afin de corriger les graves anomalies qui ont présidées à la création de cette Fondation : 

Dans la continuité de cet engagement présidentiel de réformer cette Fondation, des parlementaires ont très rapidement eu des jugements extrêmement sévères vis-à-vis de cette Fondation et notamment vis- à-vis de son fonctionnement.

Ainsi, en octobre 2012 à l'Assemblée Nationale , une députée de la commission de la défense nationale est allée jusqu'à avoir des mots cinglants, non dénués de velléité à mettre fin à l'aventure de cette Fondation qui fait l'unanimité contre elle  : "La Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie bénéficie d’une dotation initiale de 7,2 millions d'euros, répartie de la manière suivante : 2,5 millions d'euros versés par « Les Gueules cassées », 1,2 million d'euros par la Fédération nationale André Maginot, 500 000 euros par le Souvenir français et 3 millions d'euros par l’État. En 20l2, son budget de fonctionnement était de 206 500 euros. Selon une convention signée le 31 mars 2011, la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA) a dû lui octroyer une subvention de 130 000 euros imputée dans le programme 167, laquelle a servi à financer deux colloques – l’un sur le peuplement de l’Afrique du Nord, l’autre sur « Abd El Kader, sa vie, son œuvre » – ainsi qu’à acheter du mobilier. Cette fondation, qui emploie deux salariés et est hébergée à l’Hôtel national des Invalides, coûte cher et fait doublon avec la DPMA : n’est-il pas temps de se pencher sur ce type d’organismes qui mobilisent d’importants fonds publics ?"

Afin d'être en phase avec l'engagement du président de la République au sujet de la Fondation, le ministre délégué aux anciens combattants a également tenu un jugement sévère à l'égard de cette Fondation :  " La loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés a prévu la création d'une Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie. Cette annonce répondait à la demande de nombreuses associations harkis qui souhaitaient pouvoir bénéficier d'une structure forte chargée de la matérialisation de la mémoire harki en France. Les statuts de la fondation ont été approuvés cinq années plus tard par décret du 3 août 2010. Seules les associations participant au financement de la fondation sont membres du conseil d'administration. L'organisation de cette structure exclut donc de fait la totalité des associations de harkis, de rapatriés et d'anciens combattants de la guerre d'Algérie. Dès lors, les travaux menés par la fondation ne pouvaient que s'éloigner fortement de son objet. Même si les deux colloques réalisés en 2011 et 2012, l'un sur le peuplement de l'Algérie, l'autre sur Abd el-Kader, ont rencontré un vif succès, cette fondation n'est pas à la hauteur des espoirs qu'elle a suscités. L'orientation qu'elle a prise jusqu'à présent est contestée par les acteurs de la mémoire de la guerre d'Algérie ainsi que par des parlementaires. Se pose donc la question de savoir comment redéfinir ses missions ainsi que celle d'une meilleure reconnaissance à l'égard des harkis. C'est pourquoi, lors du débat budgétaire à l'Assemblée nationale, un amendement a été voté afin qu'un rapport soit rédigé sur le fonctionnement de la fondation. En parallèle de cette disposition, le Gouvernement a décidé de réorienter les travaux de la fondation - qui devra en particulier se consacrer à la sauvegarde de la mémoire des harkis en France - tout en favorisant la participation aux travaux et à la direction de la fondation des acteurs de la mémoire de la guerre d'Algérie. Le bilan de cette réorientation sera effectué à la fin de l'année 2013 et des décisions définitives seront prises".

Il ressort du rapport remis au Parlement que le ministre délégué aux anciens combattants a finalement renoncé à réformer la Fondation.

A défaut de vouloir réformer la Fondation par une initiative gouvernementale, le Premier ministre Jean-Marc AYRAULT pourrait être contraint et forcé prochainement à devoir mener cette réforme de la Fondation sous la contrainte du Conseil d'Etat. La Haute juridiction doit rendre prochainement un arrêt sur ce point très prochainement.

Si le Conseil d'Etat annule le décret du 3 août 2010 ayant reconnu d'utilité publique cette fondation, cette annulation entrainera automatiquement la dissolution de la Fondation pour la mémoire de la Guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie telle qu'elle existe actuellement.

 

 

 

 

 



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