Il habite la Bourgogne, comme moi, je ne le connais pas, je ne sais pas s'il est adhérent de la FNACA, je ne sais pas s'il participe à la commémoration du 19 mars 1962, je ne partage pas tout-à-fait certains passages de son témoignage, mais ce qui me touche c'est qu'il était en Algérie dans la petite ville d'Aïn Sefra (moi aussi) et dans la même période. Michel Dandelot.

Témoignage. Appelé du contingent, Stéphane Bernoud a servi durant la guerre d’Algérie. «J’en veux à ceux qui nous ont plongés là-dedans »

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«Je considère que j’y ai perdu du temps et une partie de ma jeunesse. Par contre, j’ai trouvé une ambiance avec les copains qui est restée un sentiment de camaraderie. On se serrait les coudes. Mais si je ne l’avais pas vécu, je n’en serai pas troublé», déclare Stéphane Bernoud, 50 ans après. Photo J. B.

Parti début 1961 dans le sud Oranais, Stéphane Bernoud a vécu la fin de la guerre d’Algérie et ses conséquences.

Quand il évoque ceux qui comme lui ont eu à vivre la guerre d’Algérie, Stéphane Bernoud ne parle ni de camarades, ni de frères d’armes, mais bien de «copains». Tout un symbole, celui de gamins de 19 ans, appelés à prendre part à un conflit qui ne disait pas son nom. «J’avais à peine 20 ans, je n’avais pas le droit de voter mais j’avais déjà celui de mourir», lance aujourd’hui le natif de Pierreclos, parti début 1961 dans le sud Oranais, à Aïn Séfra. «Nous nous sommes retrouvés projetés devant des tas de choses, surtout qu’il s’agissait de la fin de la guerre d’Algérie. Ce n’était pas dangereux au point des opérations jumelles, des Gorges de Palestro… Mais les haines étaient exacerbées […]. On était chauffé à blanc et le FLN chauffé à rouge», détaille le Mâconnais.

50 ans après le Cessez-le-feu, Stéphane Bernoud se remémore encore la chaleur algérienne, l’ennui qui pouvait parfois le saisir, lui et ses copains. Et surtout «ce sentiment diffus de peur presque permanente, car il n’y avait ni front, ni arrière».

Ce conflit, le Mâconnais en aura donc vécu le tournant, des images encore gravées dans sa mémoire. Comme celle de se réveillon 1961-1962, dans le foyer de sa caserne : « Je revois encore notre colonel, qui avait fait mettre un immense drapeau tricolore dans notre foyer, qui nous disait “l’Algérie, c’est la France. Grâce à vous, on a gagné la guerre, les Fells sont désormais derrière les barrages, on ne partira pas” ».

« Qu’était-on venu faire là ? »

«Et deux mois et demi plus tard, quand on a pris dans la gueule qu’on avait signé avec le FLN les accords d’Évian, je dois dire que c’était un coup de bambou. Il y a eu de la joie, du soulagement – ‘‘c’est la quille’’ – et puis aussi de l’incompréhension suite à notre conditionnement par nos chefs. En résumé, qu’était-on venu faire là ?»

«Après cela, on a nous obligés à aller ouvrir le réseau pour laisser passer les glorieux combattants de l’ALN qui étaient de l’autre côté de la frontière. Un souvenir impérissable et douloureux : les mecs rentraient en Algérie en vainqueurs et certains n’avaient jamais vu une demi-journée de combat».

Au cœur des événements, Stéphane Bernoud revoit les fêtes de l’indépendance, trois jours et trois nuits sous les fenêtres de la caserne, le déménagent de son régiment à Nouvion, « un camp entouré de barbelés au milieu de nulle part. Malheureusement, nous avions un officier perturbé par la fin de la guerre. On nous appelait à cette époque ‘‘force de représentation’’. Il nous avait envoyés faire un tour à Mostaganem, on faisait des patrouilles en ville, en tenue de combat, assis dans des camions débâchés, le fusil entre les jambes mais sans culasse. Et on tournait. Les gens nous attendaient et nous balançaient tout ce qu’ils pouvaient trouver chez eux : tomates, œufs pourris… Et quand le camion était bien plein, on nous ramenait à la caserne en passant par le dépôt d’ordures. Ça s’est passé trois jeudis. On estimait qu’on n’avait pas mérité ça. »

Les Harkis : « Un souvenir épouvantable »

Des actes qui ne seront malheureusement pas les seules sources d’amertume, entre l’exode des pieds-noirs, et l’abandon des Harkis qui avaient combattu à ses côtés. «C’est un souvenir épouvantable qu’on ait pu abandonner des mecs qu’on avait retournés pour qu’ils luttent avec nous.» Il en sauvera un, le conduisant à la base de Mers-el-Kébir.

« J’en ai aussi voulu au Général de Gaulle pour une raison simple. Pas sur le fonds mais sur la forme. Qu’on ait quitté l’Algérie, signé l’indépendance, ça peut se comprendre, mais c’est la façon. Nous pouvions partir progressivement, quitter un département du sud saharien, puis un deuxième un mois après, un troisième. Puis on regarde ce qui se passe de ces coins-là, puisqu’on tenait le terrain. C’était tellement brutal – on s’en va, faites ce que vous voulez. Faut pas oublier qu’il y avait un million de pieds noirs en face, qui sont partis en l’espace d’un mois, il y avait plusieurs centaines de milliers de Harkis. La façon dont on les a accueillis m’a outré. »

Mais dans sa rancœur, Stéphane Bernoud n’oublie pas ceux qui ont été à l’origine de tout cela. « J’en veux à ceux qui nous ont plongés là-dedans. C’est un homme de gauche, Guy Mollet, qui a lancé ça alors que tous les militants nous traitaient de tortionnaires. »

Sur ce chapitre, l’ancien d’AFN n’a aucun tabou. Si lui n’y a pas été confronté, il préfère préciser : « Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de torture, je dis simplement qu’il y a certainement beaucoup plus de victimes, des centaines de milliers d’Algériens, qui ont été liquidés pas le FLN qui voulait vraiment prendre le pouvoir. »

Il conclut : « Ce n’est pas les soldats qui ont fait des conneries, que ce soit en Algérie, au Vietnam ou ailleurs qu’il faut punir. Il faut punir les États qui les envoient faire la guerre. »

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La chanson fétiche des appelés de la guerre d'Algérie

 


 

 

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