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Un traumatisme qu'il ne faut pas sous-estimer, et dont le tabou apparaît très fortement, notamment lorsque l'on se penche sur sa représentation au cinéma. Avoir vingt ans dans les Aurès est un film de René Vautier, réalisé sur la guerre d'Algérie, dix ans après la fin de celle-ci. Le film est une fiction réalisée sur air de documentaire, il dénonce l'absurdité de la guerre. « Les individus, les peuples doivent témoigner de la façon qu'on a eu de les dresser les uns contre les autres » explique Vautrin, cinéaste engagé dans l'histoire. S'il y a bien une phrase à retenir après avoir vu ce film, c'est celle là.

Avoir 20 ans dans les Aurès explique l'histoire d'un commando entièrement composé d'éléments réfractaires à la guerre en Algérie. Des antimilitaristes, refusant de tuer un être humain, des fils de prolétaires, pour qui la condition de l'homme prime sur l'identité nationale. Ce commando, pris en main par un lieutenant fort en gueule, incarné par Philippe Léotard, va vivre la guerre et y participer malgré lui, mettant le doigt dans un engrenage complètement absurde. « Au début, on tire un peu partout parce qu'on a la trouille... Et après on vise, et on y prend goût » expliquent deux militaires, interrogés comme dans un documentaire. Avoir vingt ans dans les Aurès nous rapporte le témoignage de militaires français, leur implication impersonnelle et sanguinaire dans un conflit qui dépasse l'homme. « Ici, les petits copains, c'est des tueurs, des violeurs, des voleurs... Enfin, ça changera quand ils reviendront au civil... Ca changera peut être » lance le lieutenant. On relève de multiples scènes traumatisantes de vérité et de réalisme, comme celle du passage à tabac d'un jeune algérien, coupable d'avoir été là au mauvais moment. Avoir 20 ans dans les Aurès est un film résolument moderne, avec des flash-back, des confessions face à la caméra, des scènes paysagères et contemplatives, succédant à des plans sur lesquels on a apposé quelques chants antimilitaristes de l'époque. L'absurdité de la guerre est dénoncée. Un homme qu'on a tué, c'est cent autres qu'on se promet de massacrer pour le venger. L'Algérie est meurtrie, dépecée, violée, pillée, massacrée. Contestataire et libertaire, le commando raille un discours de De Gaulle à la radio félicitant « la magnifique armée d'Algérie ». « On veut foutre le camp ! », « La quille ! » ripostent les militaires, à l'écoute du grand Charles...

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Le scénario d'Avoir 20 ans dans les Aurès s'est construit à partir de témoignages d'anciens de la guerre d'Algérie : lettres écrites aux proches, révélations des actes de torture, de viol et de pillage... La diffusion du film dans les cinémas a longtemps été interdite, combattue, par des partis politiques comme le Front National, mais aussi le RPR et l'UDF. On retrouve encore des affaires de conflits, autour de sa projection, dans les années 1990. René Vautier a été parti prenante dans l'histoire. Poursuivi pour atteinte à la sécurité intérieure de l'état Français en 1955, pour avoir déclaré que l'Algérie serait un jour indépendante, Vautier a été le premier cinéaste à braver l'interdit pour faire un cinéma en se plaçant du point de vue Algérien. Dans la deuxième partie du film Avoir 20ans dans les Aurès, le soldat Noël libère un prisonnier algérien crucifié, et prend la fuite avec lui. Avec l'énergie de son humanisme, le jeune homme se bat pour faire recouvrer au prisonnier toute sa liberté, mais, traqué par l'armée française, finit au sol avec une balle dans le dos. Sa mort est bien évidemment récupérée au compte de la propagande de l'Algérie française. Avoir 20ans dans les Aurès remue le spectateur, à la fois pour la vision d'horreur de la guerre d'Algérie, et par la preuve de son absurdité. Vautier nous représente une force, qui pousse les hommes, déformés par l'incompréhension, la peur, voire même le malentendu, à s'entretuer.

Avoir 20ans dans les Aurès est un film indispensable, une « fiction de faits réels», une réalisation contre les tabous de l'Histoire.

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Les paroles d'une chanson du film

que vous pourrez entendre à la fin de la vidéo

« Fous pas ton pied dans cette merde,
C'est une vraie histoire de fou,
Pas ton pied dans cette merde,
Ou bien t'y passeras jusqu'au cou

On te foutra une veste militaire,
Un bout d'treillis, pour cacher ton derrière,
A c'moment là, plus de machine arrière,

Fous pas ton pied dans cette merde,
C'est une vraie histoire de fou,
Pas ton pied dans cette merde,
Ou bien t'y passeras jusqu'au cou

On te mettra un fusil dans les mains,
On t'apprendra à faire le pantin,
Et même si, tu t'crois le plus malin,
On t'emmènera tuer des copains,
Comme si c'était de vulgaires lapins.

Fous pas ton pied dans cette merde,
C'est une vraie histoire de fou,
Pas ton pied dans cette merde,
Ou bien t'y passeras jusqu'au cou »

 


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