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http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5402


Invité par l’Association des Anciens Elèves des Lycées Malika Gaid et Mohamed Kerouani, Benjamin Stora a animé un débat à Sétif le 6 avril 2013. A cette occasion il a déclaré que « le moment est venu pour les Algériens et les Français de regarder leur histoire commune en face ».

Il a poursuivi : « Il faut en outre se pencher sur la question de l’enrôlement par l’armée française de la paysannerie algérienne (harkis), celle du statut des minorités qui ont quitté l’Algérie (pieds-noirs). On doit savoir qu’après l’indépendance, plus 200000 Européens sont restés en Algérie jusqu’aux années 1970. Côté français, beaucoup d’archives sont à ouvrir, notamment celles inhérentes aux champs de mines, aux essais nucléaires français au Sahara, aux disparitions de milliers d’Algériens et à l’utilisation du napalm, pour ne citer que ces sujets. » [1]

 Benjamin Stora pour le "déverrouillage" du débat sur la colonisation française en Algérie

[APS – le 6 avril 2013]

 

L’historien Benjamin Stora s’est prononcé, samedi à Sétif, en faveur de l’ouverture des archives et le "déverrouillage" du débat sur la colonisation française en Algérie, notamment concernant des sujets "aussi importants" que les expérimentations nucléaires, les mines antipersonnel, les disparus algériens pendant la bataille d’Alger ou encore l’utilisation du napalm.

S’exprimant à la maison de la Culture Houari-Boumediene, à l’invitation de l’Association des anciens élèves des lycées Mohamed-Kerouani et Malika-Gaïd, l’auteur de La gangrène et l’oubli et d’une quarantaine d’ouvrages sur la guerre de libération et le mouvement national en Algérie, a considéré que l’"on assiste, de nouveau, à un verrouillage du débat sur l’histoire de la présence française en Algérie".

Un verrouillage qu’il attribue spécifiquement au "discours prononcé à Toulon (France) par l’ancien président français Nicolas Sarkozy" [2], ainsi qu’à la loi du 24 février 2005 qui fait état d’un "bilan positif" de la colonisation.

M. Stora a écarté la possibilité, à l’heure actuelle, d’envisager une "histoire commune", écrite par les Algériens et les Français, comme cela s’est fait entre l’Allemagne et la France, soulignant à ce propos que les deux pays n’entretiennent pas les mêmes rapports à cette histoire, et qu’il y a un "décalage net" dans la commémoration des dates.

L’historien français a expliqué, dans ce contexte, que pour le côté français, le 19 mars 1962 représente "la fin d’une histoire, la France perdant l’Algérie qui constituait le centre de l’empire colonial, une colonie de peuplement qui devait rester +éternellement+ attachée à elle, alors que pour les Algériens le cessez-le-feu marque le début d’une histoire, celle de la reconstruction de l’Etat-nation, c’est le début de la liberté, aboutissement d’un long processus de résistances et de luttes". Abordant le processus de réappropriation des Algériens de leur histoire, M. Stora a rappelé que durant cette première période d’indépendance, "la priorité a été donnée à l’affirmation historique de l’unité de la nation, sans se soucier de la diversité des acteurs du mouvement national et de la guerre d’indépendance, ni du pluralisme qui avait caractérisé ce mouvement".

Il a cité les historiens, chercheurs et écrivains, tels que Mohamed Harbi, Mahfoud Kaddache, Mohamed Teguia, Slimane Cheikh qui ont apporté très tôt des contributions et ont réalisé des travaux ayant permis de dépasser une "vision simplifiée" de l’histoire nationale, ouvrant la voie au retour de figures historiques, longtemps occultées, notamment Messali Hadj et Ferhat Abbas.

M. Stora a, dans ce contexte, mis en exergue le rôle de la presse algérienne, depuis l’instauration du pluralisme, dans la promotion du débat sur l’histoire, soulignant également l’importance des publications de nombreux témoignages d’acteurs qui apportent "de la matière" pour l’écriture de l’histoire et nourrissent les travaux des historiens.

Notes

[1] http://www.elwatan.com/actualite/le..., El Watan le 7 avril 2013

[2] [Note de LDH-Toulon] – Il s’agit sans doute du discours de campagne prononcé par Nicolas Sarkozy le 7 février 2007 à Toulon.

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