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PAR CÉDRIC GOUT

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Voici le portrait d'un Quesnoysien parti faire son devoir là-bas qui a fait ressurgir des souvenirs dans l'esprit de Bernard Thery. Ce Nieppois de 75 ans a retrouvé dans une boîte qu'il n'avait pas ouverte depuis bien longtemps un extrait du journal « Le Bled » qui parle de la base d'aviation où il est resté un an.

Bernard Thery avait presque oublié qu'il avait gardé une coupure de ce journal et qui était en réalité remis à chaque appelé. Créé par le général Lorillot en 1955 pour informer les soldats sur le terrain et les motiver, ce journal tiré à 300 000 exemplaires présentait une action pacificatrice très orientée dans une optique militaire, voire très colonialiste. Ce journal était le seul accessible aux  jeunes du contingent.

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Bernard Théry tient la coupure de presse du «Bled»

 le journal des appelés

La coupure que Bernard Thery a conservée évoque la base aérienne 215 de la compagnie de défense 31/215 située à Ouargla, à 800 km d'Alger, dans une grande palmeraie entre Briska et Touggourt. Il a été écrit par Jacques Garot et il est illustré par quatre photos signées Gabriel Morin. Le journaliste évoque son arrivée en avion à la base avec un certain lyrisme, détaille les équipements avec une certaine fierté, notamment les bâtiments qui abritaient une partie des 450 hommes de cette base, tous neufs et construits en éthernit, il cite le commandant Constant, la grande palmeraie, etc. On sent, en effet, que l'article est orienté... Mais pour Bernard Thery, il est surtout le témoignage de son passage dans cette guerre d'Algérie.

Lui qui travaillait depuis l'âge de 14 ans dans l'entreprise de tissage Coisne et Lambert à Armentières, est appelé en juillet 1957 pour faire son devoir. Il fait son service militaire dans l'aviation. Comme beaucoup de Français, Bernard Thery n'a pas tiré une seule fois et n'a vu aucun fellaga. «  Ma mission, pendant vingt-quatre mois, a été de garder des stocks de munitions et des avions, indique-t-il avec un air désabusé.

À Ouargla, j'ai dû surveiller un stock d'obus de la guerre 40 et un avion allemand lui aussi qui datait de la guerre 40. C'était un vieux rossignol qui ne servait pas mais qu'on faisait tourner de temps en temps. » Après un an près du désert, Bernard Thery remonte à Alger dans une autre base où, là aussi, il va garder des avions, mais cette fois plus récents.

Porte-drapeau de la FNACA

Pendant tout son service, Bernard Thery s'est promené dans les marchés algériens, notamment à Ouargla, sans jamais pensé qu'il pouvait recevoir une balle. « Là-bas, les arabes étaient solidaires, avoue-t-il. On était bien vu par les habitants, c'était plutôt cordial. À Ouargla, il n'y avait pas de fellagas, pas de pieds noirs, on ne sentait pas de colère. » Il se rappelle cependant que Ouargla était située dans une zone où il y avait de grosses propriétés, des palmeraies qui appartenaient à des Français qui « faisaient travailler les Algériens pour un salaire de misère ». Après son retour, Bernard Thery a été le porte-drapeau des anciens de la FNACA pendant très longtemps.

Et même si le patriotisme n'est pas sa tasse de thé, quand il dit qu'il aimerait bien revoir des copains, ses yeux se brouillent légèrement. 

  La Voix Du Nord

 

« On a fait la traversée sur le Ville d'Alger dans la câle et les odeurs de vomis »

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Gérard Delannoy regarde la photo du piton d'Ain Terzine qui fut son premier poste en Algérie.

PAR CÉDRIC GOUT

armentieres@lavoixdunord.fr

Gérard Delannoy n'a rien ramené de son séjour en Algérie, si ce n'est quelques photos et une baïonnette en acier trempé dans le cyanure... «  J'ai surtout l'impression d'avoir gâché deux ans de ma jeunesse. » Comme beaucoup d'appelés, il a fait « son devoir  » mais pas avec le même patriotisme que son grand-père qui a fait 14-18 et que son père resté cinq ans prisonnier en Allemagne.

Tout a commencé le 4 mai 1960. À l'âge de 20 ans, il quitte Frelinghien où il travaillait avec ses parents maraîchers et rejoint le 7e cuirassier à Noyon. « Là, je me suis dit que j'allais être pilote de char ! Je fais mes classes et une formation de grenadier voltigeur. Mais on voit que j'ai des aptitudes pour les transmissions et la mémorisation du morse. » En décembre, il est envoyé en Algérie. «  On est d'abord passés à Marseille, par le camp Sainte-Marthe où il y avait une pagaille indescriptible. C'était insalubre ! On a embarqué le 7 janvier sur le Ville d'Alger. On a fait la traversée dans la cale, et les odeurs de vomis... » Deux jours plus tard, lui qui pensait conduire un char se retrouve sur un piton, en face d'une zone de 1 000 hectares, interdite et calcinée non pas par le soleil algérien mais par le napalm français. « On était quatre opérateurs radio et quatre gardes dans un bâtiment de 50 m², protégés par une mitrailleuse 12/7. Notre mission était de surveiller la zone et de correspondre avec les villes d'Aumale, Bouira et Jelfa. J'y suis resté deux mois.

 » Quand son sergent part en retraite, on le désigne pour prendre la relève. Gérard part alors en formation de sous-officier, cette fois sur la côte. « On est en avril 61, c'est le putsch. On nous dit que les rebelles ont pris le pouvoir et que l'armée s'est rendue. On n'a plus aucune nouvelle de la France. Un jour, un capitaine nous réunit pour nous dire qu'on resterait fidèle à De Gaulle et que s'il le fallait on irait déloger les paras et la légion. On n'y comprenait plus grand-chose. Mais on n'était pas motivés pour aller se battre contre les nôtres... Et quelques jours plus tard, tout a repris comme avant. » Le 8 mai, Gérard Delannoy est muté dans la région de Bouira, aux limites du Sahara. Il est responsable de la station radio. Un poste calme, loin de tout, des fellagas comme de l'OAS. Le 19 mars 1962, c'est le cessez-le-feu. « Tout le monde s'est pris une bonne cuite. On savait qu'on rentrait chez nous. » Mais le retour n'est pas de tout repos. C'est la pagaille. « À Alger, pour embarquer sur le Ville de Tunis, on est obligé de passer en force. En reprenant le refrain, "Les Gaulois sont dans la plaine", on chantait "Les pieds noirs sont dans la m..." On les aimait pas. Les harkis, c'était nos copains. Mais on pensait plus à sauver notre peau, alors s'ils décidaient de rester c'était pas notre problème. » À Marseille, c'est la même pagaille que deux ans auparavant. Idem dans les camps (Sissonne et Mormelon) où se retrouvent Gérard Delannoy et les autres appelés, mais aussi des familles algériennes. Il reçoit le galon de sergent la veille de partir en permission libérable, le 1er  juin, et le 10 juin 1962 il est de retour à Frelinghien. Il n'a plus jamais mis les pieds en Algérie. 

 

La Voix Du Nord

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