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Réalisé par : Alain Tasma

Acteurs : Smaïn (Saïd Benamar), Leïla Bekhti (Leila Benamar), Frédéric Pierrot (le capitaine Robert), Baya Belal (Aïcha), Carim Messalti (Youcef)

En 1962, alors que la guerre d'Algérie se termine, la famille Benamar arrive dans le Sud de la France avec ses maigres bagages. Saïd, harki, a quitté son pays pour échapper à la mort et se retrouve en pleine forêt avec les siens, dans un camp spécial où ils vont vivre désormais. Malgré le paternalisme affiché par le responsable du camp, les conditions de vie sont dures et la liberté quasiment nulle pour les harkis. Une vie de misère sous la tutelle des autorités françaises que refuse Leila, la fille aînée de Saïd. Pour cette adolescente révoltée, son père ne doit rien aux Français, qui ne les ont pas protégés en Algérie. Elle voudrait qu'il cesse de courber l'échine...

Notre avis : Un rôle à contre-emploi pour Smaïn dans un sujet délicat, trop longtemps passé sous silence. Alain Tasma apporte son éclairage sur une page de l'Histoire de France.

 

Justice pour les harkis par Dominique Schnapper 

  [extraits d’un texte paru dans Le Monde- le 4 novembre 1999]

Ceux que l’on appelle les harkis ne sont pas un groupe ethnique. On n’est pas harki de génération en génération. Ce sont des citoyens français. Mais ils ont été des victimes de l’histoire, ils ont été les prisonniers d’un piège historique. C’est ce destin particulier qui les a constitués en une collectivité historique.

Certains d’entre eux ont fait l’expérience douloureuse de la trahison et de l’injustice, d’autres, la plupart d’entre eux, maintenant que les années ont passé, ont hérité du souvenir de la blessure qui a été infligée à leur père ou à leur grand-père. Si l’on n’est pas harki de génération en génération, il n’en est pas moins vrai que le souvenir du malheur, lui, se transmet de génération en génération.

Or, que nous apprennent les travaux de Mohand Hamoumou, qui fut mon étudiant et dont les travaux m’ont sensibilisée au drame des harkis, et d’autres travaux historiques ? Que le choix en faveur de la France au cours de la guerre d’indépendance, qui fut aussi une guerre civile, fut souvent lié à l’adhésion à la France et aux droits de l’homme, parfois au hasard de la guerre et des liens familiaux, parfois au refus du terrorisme du FLN.

La vérité n’est jamais simple. Mais, supplétifs recrutés par l’armée ou cadres de l’administration coloniale, tous sont devenus des victimes, constitués en collectivité historique par ce destin tragique. Ce que nous apprennent aussi les travaux des historiens, c’est que le chef de l’Etat [le général de Gaulle] ne s’embarrassait pas de considérations morales.

Lorsque furent signés les accords d’Evian, malgré les engagements pris et après quelques semaines pendant lesquelles rien ou presque rien ne se passa, beaucoup d’entre eux (100 000, 150 000 ?) furent massacrés par le FLN victorieux. Les autorités militaires avaient reçu de Paris l’ordre de ne pas intervenir. C’est en désobéissant aux ordres du pouvoir politique qu’un certain nombre d’officiers, qui ne pouvaient pas accepter de renier leur parole, sauvèrent certains d’entre eux et les rapatrièrent en France. Ils y furent mal accueillis, pour parler en termes neutres.

C’est que leur existence même gênait pour relire glorieusement l’histoire de la guerre. Par leur seule existence, ils empêchaient d’oublier la sale guerre qui avait été menée en Algérie. [...] Les défenseurs des harkis n’étaient pas dans le bon camp, et toutes les victimes n’ont pas droit à la même solidarité.

L’installation de la majorité des familles dans des camps ne faisait qu’illustrer le refus de la France d’assumer son passé colonial. Quant au FLN, dans l’Algérie indépendante, il racontait son histoire sur le modèle de la Résistance française au nazisme et il attribuait une fois pour toutes le rôle de collaborateurs aux harkis. Le FLN, d’un côté, la France gaulliste de 1962, de l’autre, ont donc gagné aux dépens des harkis la bataille de la mémoire. [...]

II ne faut pas sombrer dans un misérabilisme plus ou moins intéressé [...] ; de nombreux enfants de harkis, par leur volonté et leurs efforts, soutenus par leurs parents, par l’action obscure et modeste des instituteurs, des travailleurs sociaux et de quelques-uns de leurs amis [...] se sont silencieusement intégrés dans la société française.

Et pourtant, tout n’est pas réglé. La blessure morale, elle, n’est pas guérie. La France s’est mal conduite. Elle n’a pas respecté sa parole pour des raisons politiques. Elle a abandonné à la vengeance de ses ennemis ceux qui étaient engagés pour elle. Elle n’a pas su accueillir sur son territoire ceux qu’elle avait recrutés pour mener la guerre. Elle n’a pas su reconnaître que, patriotes et victimes, les harkis devaient être d’abord pleinement reconnus comme citoyens français - et pas seulement au moment des élections, quand il s’agit d’obtenir leurs voix.

Les juifs resteront toujours reconnaissants à Jacques Chirac, président de la République, qui a reconnu la responsabilité de la France dans le statut des juifs d’octobre 1940 et dans les déportations. Jacques Chirac a compris que les fautes refoulées et les mensonges empoisonnent la vie de la démocratie. Ce que les juifs ont demandé et obtenu, les enfants de harkis le demandent.

Nous sommes tous heureux que les gouvernements algérien et français rapprochent aujourd’hui politiquement ces deux peuples qui ont été et sont toujours restés si proches. Veillons à ce que cette politique de réconciliation ne renouvelle pas le pacte honteux des deux mémoires nationales, qui se sont construites en 1962 en déniant l’existence et le destin de ceux qui s’étaient engagés aux côtés de l’armée française. Veillons à ce que cette réconciliation ne se réalise pas aux dépens de la vérité et des droits d’une partie des citoyens français.

La réconciliation entre l’Algérie et la France ne sera jamais complète si elle s’établit sur un déni de justice. C’est l’histoire qui a constitué les harkis et leurs familles en tant que collectivité historique, c’est en tant que collectivité historique qu’ils réclament la vérité.

Depuis 1962, les harkis ont été aidés et assistés, même si cela a souvent été de manière insuffisante. Mais ce n’est pas l’assistance qu’ils demandent aujourd’hui, c’est la reconnaissance, dans tous les sens du terme. Comme tous les citoyens d’une société démocratique, autant que tous les autres, ils ont droit à la vérité et à la justice.

Lettre de François Hollande

Paris, le 5 avril 2012

Madame, Monsieur,

J’ai eu l’occasion, dans une tribune récemment publiée dans El Watan et Le Monde, d’aborder le travail de mémoire que la France m’apparaît devoir mener sur son passé commun avec l’Algérie. J’y évoque la question des Harkis, de la dette morale que notre pays a envers eux. La mémoire des Harkis est une mémoire vive et souffrante. Elle impose à la France un retour sur elle-même et sur son histoire.

Comme je m’y suis engagé, si le peuple français m’accorde sa confiance, je m’engage à reconnaître publiquement les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, le massacre de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil des familles transférées dans des camps en France.

Au-delà de cette reconnaissance tant espérée et tant attendue, que l’actuel président sortant a refusé d’accomplir, je veux ici vous faire part de mon intention d’assurer aux Harkis et à leurs descendants la reconnaissance de la République.

Cela passe d’abord par l’attention portée à la réussite des enfants et petits-enfants de Harkis. Toutes les discriminations sont insupportables et doivent être combattues. Mais que dire de celles qui touchent les descendants de ceux qui se sont battus pour la France ?

Cela passe ensuite par une solidarité renforcée. A cette fin, une réforme de la mission interministérielle aux rapatriés et du Haut Conseil aux Rapatriés sera engagée dès ma prise de fonction.

Enfin, à propos du travail de mémoire que nous engagerons, je donnerai sa juste place à l’histoire et à la mémoire des Harkis, dans les programmes scolaires, dans les sites mémoriels et dans les centres de recherches. Les Harkis et leurs associations, devront également trouver toute leur place dans la Fondation sur la guerre d’Algérie.

La France se grandit en reconnaissant ses fautes. La France du XXIème siècle que je souhaite construire avec tous les Français a besoin d’une mémoire apaisée. Elle a besoin des Harkis et de leurs descendants.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

François Hollande

 

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