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C’est le titre, et le sous-titre, d’un livre publié aux éditions Autrement. L’auteur, Jean-Charles Jauffret, y fait une étude sur les officiers qui ont dit non à la torture pendant la guerre d’Algérie. Il examine les documents officiels, les témoignages ou la correspondance privée… Bref je ne doute pas du sérieux de sa recherche.

La torture était une réalité, connue de tous et il est probable que cette pratique devait poser des problèmes de conscience à certains : les chrétiens, les communistes aussi, mais oui il y en avait quelques-uns qui étaient officiers !

Ce n’était pas mon cas, je l’ai expliqué par ailleurs, j’ai réussi à être dans mon régiment, le 1/66ème RA, le plus ancien dans le grade le moins élevé. J’ai fini mon temps comme 2ème Canonnier Servant Tireur, même pas 1er Canonnier !

On nous rebat les oreilles avec l’armée de la République, je n’en ai pas vu trace sur le terrain. Elle a quand même fomenté le Coup d’Etat du 13 mai 1958, la semaine des barricades en janvier 1960, le putsch des généraux en avril 1961 et fourni des cadres à l’organisation fascisante qu’était l’OAS !

Dans le contexte de cette guerre coloniale la majorité n’avait pas de problème excessif de conscience. C’est vrai qu’il y avait une certaine contradiction dans les objectifs affichés : on faisait du social avec les Sections Administratives Spécialisés ou autres structures de ce style et on ne faisait pas de cadeau à la population indigène qui pour l’essentiel était tenue au mépris par l’idéologie raciste ambiante.

Y a-t-il eu des crimes de guerre ? Mais c’est la guerre elle-même qui est un crime, et ce en toute circonstance d’ailleurs ! Alors finasser ici ou là pour savoir si X, Y ou Z est resté dans l’honneur en respectant les règles de la guerre, ça m’indispose !

Je n’ai pas assisté à des séances de torture, j’ai simplement eu à garder ceux qui avaient été tabassés toute une nuit. Je n’ai pas fait de zèle et ne me suis jamais exposé.

En fait mon ennemi c’était l’armée française elle-même qui, dans sa mission de maintien de l’ordre (de l’ordre colonial, je le répète à satiété), était en opposition avec mes convictions démocratiques et mon engagement dans ce sens.

Ce dont j’ai souffert, c’est de cette armée là, que l’on prétendait être une armée républicaine, alors qu’elle était à des années lumière de ce que j’étais et de ce que je suis toujours d’ailleurs. J’avoue d’ailleurs être inquiet devant le défilé du 14 juillet. Drôle de république, bien guerrière et peu pacifiste !

C’était une machine à broyer les gens de vingt ans qui n’avaient pas une conscience suffisante de ce qui était en cause. La tendance des appelés c’était de se venger sur ce qu’ils avaient sous la main. Jauffret donne une liste de noms par lesquels on désignait les Maghrébins de manière méprisante « bougnouls, ratons, melons, troncs de figuier, crouilles… » Tiens il a oublié « citrons et indiens » !

Hélas l’expérience de la guerre contrerévolutionnaire a été exportée, en Argentine notamment, et ce sans attendre 1962 ! Il paraît que nous avions une certaine avance en la matière.

Et on peut penser qu’en Irak, en Afghanistan ou ailleurs, les soldats de métier qui ont succédé aux soldats de conscription ne doivent pas avoir radicalement modifié leurs comportements.

Comme dit la chanson Giroflé, Girofla , « Tant qu'il y aura des militaires
Soit ton fils, soit le mien, on n'verra, par tout’ la terre jamais rien de bien !
 »

 

                                                                                           Jacques Cros

 


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