Avec cette émission, le grand reportage fait son apparition sur le petit écran et fascine les téléspectateurs.

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Pierre Desgraupes, Igor Barrère et Pierre Dumayet

dans les années 90 (Photo AFP)

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Le Sergent Charly Robert, de la première section de la 3e compagnie du 15e bataillon des tirailleurs algériens est devenu célèbre en moins de cinq minutes. C’est lui, fils d’une famille de douze enfants installée dans le sud de la France, que choisit l’équipe de «Cinq colonnes à la Une» pour son premier numéro de janvier 1959.

Ce jour-là, alors que toute la France découvre le quotidien de ce soldat anonyme en Algérie, personne ne se doute que « Cinq colonnes à la une » deviendra une émission mythique, restée dans l’inconscient collectif 45 ans après sa disparition.

Quatre journalistes devenus mythiques

La bande des quatre est restée célèbre : Igor Barrère, qui réalisait mais qui était bien plus que ça, et les trois Pierre (Desgraupes, Dumayet et Lazareff). Un trio qui partageait le même prénom, mais qui avait des personnalités bien différentes : Lazareff était très volubile, Dumayet était le silencieux qui tirait constamment sur sa pipe et Desgraupes était entre les deux. La combinaison de ces trois personnalités, alliée à celle d’Igor Barrère, a fait une émission dont la marque est encore connue aujourd’hui.

Pourquoi un tel succès ? Parce que le grand reportage arrivait sur le petit écran. Pierre Lazareff, alors patron de France Soir a utilisé les mêmes codes pour le reportage télévision que pour la presse écrite de grand tirage : il veut intéresser les gens et a le souci du grand public, quitte à être un peu sensationnaliste. Et il choisit le titre lié aux grandes manchettes de France Soir : « Cinq colonnes à la Une ».

Ce 9 janvier 1959, on voit donc le quotidien du sergent Charly Robert et l’on voit aussi, en direct en en duplex, sa mère, son père et l’une de ses sœurs pleurer d’émotion en voyant cet être cher qu’ils n’ont pas vu depuis longtemps. C’est très fabriqué et cela paraît terriblement désuet quand on revoit les images aujourd’hui. Mais à l’époque, le choc est énorme. Avec la famille du Sergent Robert, la France s’étrangle d’émotion : c’est parti pour dix ans d’hégémonie.

Première apparition d’Enrico Macias

« Il y avait en France une fascination nouvelle pour la télévision qui se démocratisait », témoigne Philippe Bouvard, qui a bien connu Pierre Lazareff. Les postes de télévision étaient de plus en plus nombreux dans les foyers et l’attractivité de cette émission était colossale. « J’étais à cette époque très investi dans les milieux du théâtre et j’étais secrétaire général du Théâtre Édouard VII. Les soirs où «Cinq colonnes à la Une» passait à la télévision, les recettes s’effondraient ». Philippe Bouvard raconte aussi que les organisateurs de manifestations diverses évitaient de monter un événement à cette date-là. « On a du mal à s’imaginer cela aujourd’hui, mais le lendemain de la diffusion, les gens ne parlaient que de ça ! ».

«Cinq colonnes à la Une» a permis aux spectateurs d’assister presque en direct à la décolonisation. Certes, à cette époque la télévision était très consensuelle, mais elle a joué son rôle d’ouverture sur le monde. C’est aussi grâce à elle que les téléspectateurs découvrent pour la première fois le chanteur Enrico Macias. « Il était à l’époque emblématique de ce que vivaient les rapatriés. «Cinq colonnes à la Une» en dehors du grand reportage a aussi beaucoup couverts les faits de sociétés. Et l’arrivée des Français d’Algérie en était un », confirme Philippe Bouvard.

La puissance des images de «Cinq colonnes à la Une» a opéré pendant un peu plus de dix ans sur les téléspectateurs. L’émission ne survivra pas à mai 1968, époque où la société aspire à un bouleversement des codes. Cette envie de nouveauté, s’applique évidemment à la télévision.

Nathalie MAURET

 

 

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