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Jean-Marie Levast (sur la photo) et Claude Cleton. Deux hommes qui ne se connaissent pas, deux parcours, mais un point commun : le traumatisme de la guerre d'Algérie.

 

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L'Algérie célèbre cette année le cinquantenaire de son indépendance, acquise au prix d'une guerre sanglante. Deux millions de jeunes Français y ont participé. Parmi eux, de nombreux Nordistes, dont Jean-Marie Levast, de Loos, et Claude Cleton, de Sainghin-en-Weppes.

PAR VICTOR SAISON-WILLOT

lambersart@lavoixdunord.fr  > Pourquoi avez-vous décidé de témoigner, cinquante ans après ?

C. Cleton : « Je voulais rétablir la vérité. Ma vérité. Ici, certains pensent encore qu'on est parti se promener, là-bas. C'est ce qui me choque le plus aujourd'hui. »

J-M Levast : « Pour rendre hommage à mes amis disparus. Le 29 octobre 1956, sept de mes compagnons d'armes, tous du Nord, ont sauté sur une mine, en Oranie. J'étais dans le véhicule derrière. Mon témoignage est pour eux. »

> En arrivant en Algérie, quel était votre état d'esprit ?

C. Cleton : « Je suis né en 1937, j'avais donc 20 ans à l'époque. Je m'attendais à ce qu'on m'appelle, tout le monde était appelé. Le problème, c'est qu'en France, personne ne nous disait vraiment ce qu'il se passait en Algérie. Un matin, j'ai vu mon nom sur une affiche, je suis parti une semaine après. À l'époque, l'Algérie, c'était trois départements français, pas plus différents que la Corse.

J-M Levast : « Ce n'était pas de gaieté de coeur. En tant que rappelé, j'avais déjà effectué mon service, deux ans auparavant, et commencé à travailler. Mais je répondais à l'appel de la nation, voilà tout. »

> Une fois sur le terrain, comment cela s'est-il passé ?

C. Cleton : « Dès le départ, ça a été le bordel. Des valises, des sacs à dos qui disparaissent, Nous nous sommes installés à Larba, à 15 km de l'aéroport de Maison-Blanche, à Alger. Les premières opérations furent tranquilles. Mais ça n'a pas duré. Je devais faire partie d'un peloton d'exécution. J'ai refusé. Je ne pouvais pas me résoudre à tirer sur des gens. Je voulais me comporter comme un être humain. D'ailleurs, je n'ai presque jamais tiré. Que lorsque c'était absolument nécessaire. Parfois, c'était eux, ou nous... Quand nous tombions dans une embuscade, il fallait bien se défendre. D'ailleurs, j'ai vu plusieurs de mes camarades mourir à côté de moi. Au total, l'armée française a perdu 26 255 soldats.

» J-M Levast : « Ma période algérienne est marquée par ce drame du 29 octobre 1956. Nous escortions un lieutenant, et connaissions bien la route, pour l'avoir empruntée à plusieurs reprises. Normalement, j'aurais dû être dans le premier camion, celui qui a sauté... Tous mes copains sont morts. Quand j'y pense, j'en ai encore les larmes aux yeux. C'était notre dernière mission, nous devions rentrer la semaine suivante. »

> Comment s'est passé le retour en métropole ?

C. Cleton : « J'ai tenté de recommencer ma vie d'avant. Je me suis remis au football, je n'étais pas mauvais ! Puis, je suis devenu professeur de dessin. Mais je ne pouvais pas ne pas prendre en compte ce que je venais de vivre. Lorsqu'on est confronté à la mort, il en faut beaucoup pour s'émouvoir, ensuite. On réagit avec plus de sagesse. Lorsque l'indépendance a été proclamée, je me suis dit que tout cela n'avait servi à rien. Le pays a été livré au FLN, alors qu'une solution négociée aurait été plus judicieuse. »

J-M Levast : « J'avais promis à Roger, un de mes camarades, de ramener à ses parents ses affaires personnelles, ce que j'ai fait. Il y avait des photos, des films. Je leur ai dit que leur fils n'avait pas souffert, ça leur a fait du bien. Ensuite, j'ai commencé à travailler, chez EDF. Et puis la vie a suivi son cours, je me suis marié... »

> Vous avez tous les deux éprouvé le besoin de mettre vos souvenirs par écrit...

C. Cleton : « J'ai rassemblé mes souvenirs, et les lettres écrites à ma femme. Nous étions déjà mariés, à l'époque, et je lui écrivais chaque matin. Alors j'ai rédigé un manuscrit, pour la famille. »

J-M Levast : « Oui. S'il y a les souvenirs, présents dans ma mémoire, que je ne peux oublier, il y a aussi mon petit carnet, gardé précieusement, qui m'a donné des précisions sur ce que j'ai vécu en 1956. Les paroles s'envolent, les écrits restent, comme on dit. Alors j'ai écrit. »    

 

La Voix Du Nord

 

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