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René Bourgeon raconte

sa douloureuse

expérience

lors de la Guerre d’Algérie

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René Bourgeon était radio en Algérie, où il a passé 24 mois au sein du 47e Régiment d’Artillerie de l’Armée de Terre

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Aujourd’hui plus de 54 ans après son départ de l’enfer algérien, il est installé à Devrouze (Saône-et-Loire-Bourgogne) et préside la FNACA de Simard et Vincelles. Photo P.A.

« On était comme du gibier »

Alors que la France va commémorer le 19 mars 2014 les victimes de la guerre d’Algérie, René Bourgeon, ancien radio de l’armée de terre, se souvient.

À 77 ans, René Bourgeon est un survivant. Cet habitant de Devrouze, natif de Mervans, a connu, alors qu’il n’avait que 20 ans, l’horreur de la guerre d’Algérie. Le Bressan, aujourd’hui président de la section Fnaca de Simard et Vincelles, a foulé le sol de la Kabylie durant 24 mois, entre janvier 1957 et décembre 1958. Et plus de 54 ans après son retour de l’enfer, il en conserve des souvenirs intacts.

Débarqué en Algérie après avoir effectué ses classes en France durant quatre mois, il intègre, en tant que radio, le 47e régiment d’artillerie. De Tizi Ouzou à Guelma, séparées par 500 km le long de la côte méditerranéenne, René Bourgeon a crapahuté des jours et des jours durant, à la recherche de l’ennemi, avec son poste 300 de 18 kg sur le dos. « On ne tombait que sur des enfants et des vieillards. Le jour, nos ennemis se cachaient. Ils nous attendaient, nous harcelaient, puis se taillaient. On était comme du gibier. »

Des camarades perdus

René Bourgeon se souvient notamment de la souffrance physique. « Nous avons marché des heures. On souffrait de la soif, le soleil vous secouait l’organisme. Je buvais 9 litres d’eau par jour. On passait de 42 degrés à l’ombre à 10 degrés une fois le soir tombé. On aurait dit qu’il gelait. »

De la guerre, René Bourgeon conserve surtout le souvenir de ses camarades tombés au combat. 74 membres de son régiment sont morts. « C’était très dur de les voir partir. Il y avait un esprit de camaraderie très fort. On partageait tout. » Lui aussi aurait pu y passer. « Un jour, je me trouvais avec le colonel Bigeard, on venait d’être déposés en hélico, et ils ont commencé à nous mitrailler. Un copain, à 10 m devant moi, est tombé, raide mort. J’étais dans la ligne de mire. J’ai juste eu le temps de donner notre position, je me suis caché, et j’ai balancé deux grenades. Mon poste a reçu deux balles. Puis les renforts sont arrivés. »

Ces images qui restent

Aujourd’hui encore, René Bourgeon est hanté par certaines images. Comme celle de cet enfant de 12 ans, guetteur pour les rebelles, interrogé violemment par un officier français. Le lieutenant dit alors au maître-chien de lâcher son animal pour lui faire peur. Le chien saute alors à la gorge du gamin, le tuant sur le coup. « Ça a duré une fraction de seconde. Je vous jure, ça coupe les jambes. J’en ai voulu à cet officier. » Comme à cet autre, qui a fait fusiller 13 prisonniers pour se venger de la mort de 13 soldats français tués lors d’une embuscade. Pour René Bourgeon, la souffrance de l’ennemi n’était pas une victoire. C’est ce qu’il confiait il y a quelques années à Claude Herbiet, auteur du livre de témoignages d’anciens soldats Ni héros, ni salauds : « Bien qu’ils fussent des rebelles, des ennemis, il y avait parmi eux des garçons de notre âge qui auraient certainement préféré faire autre chose que la guerre. » Comme il le dit encore aujourd’hui : « ils voulaient leur indépendance. C’était normal. »

Tag(s) : #Associations

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