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Le 6 avril 1944, la Gestapo, mandatée par Klaus Barbie, raflait 44 enfants juifs et leurs 7 accompagnateurs dans la colonie d’Izieu où ils s'étaient réfugiés. | DR.

Ce dimanche 6 avril 2014 ont eu lieu à Izieu les commémorations des 70 ans de la rafle des 44 enfants juifs réfugiés dans cette colonie de l'Ain. A cette occasion, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, ainsi que le président du Parlementeuropéen Martin Schultz, sont venus se recueillir devant le mémorial, en présence de six anciens pensionnaires de la maison d'Izieu. Entre mai 1943 et avril 1944, l'établissement avait accueilli une centaine d'enfants orphelins.

BkhxmGOIIAA28Jr.jpgAurélie Filipetti ministre de la Culture

«Dans cette traversée de la nuit que le nazisme imposa au monde, Izieu porte la mémoire particulière du crime le plus abominable, celui perpétré contre les enfants», a déclaré la ministre de la Culture Aurélie Filipetti, avant de poursuivre : «Ce crime est de ceux qui ne peuvent, qui ne doivent jamais être effacés. Mais je veux voir dans l'évolution de ce lieu, dans son ouverture à la jeunesse, un signe d'espérance».

Parmi les anciens pensionnaires présents, Samuel Pintel, 77 ans, arrivé à Izieu en novembre 1943, à l'âge de six ans, est le dernier à en être parti quelques mois avant la rafle. «Cette 70e commémoration va être l'événement le plus marquant, car on a encore une présence forte des acteurs de l'Histoire, même si entre 2002 et aujourd'hui cinq ont disparu», déclare la directrice du mémorial, Geneviève Erramuzpé, ajoutant qu'«avec les années, on arrive vers un épuisement des témoins et des personnes en état de se déplacer».

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La commémoration coïncide en outre avec les 20 ans du mémorial, inauguré le 24 avril 1994 par le président François Mitterrand, et qui deviendra en 2000 «Maison d'Izieu, mémorial des enfants juifs exterminés». «Quand on vient à Izieu on voit les lettres de ces enfants, leurs dessins, leurs portraits, c'est parce qu'ils sont présents qu'on réalise à quel point c'est monstrueux ce qui est arrivé», déplore Geneviève Erramuzpé.

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C'était le 6 avril 1944. Dans cette jolie maison blanche, où Miron Zlatin et son épouse Sabine Zlatin accueillent des enfants juifs de différentes nationalités, la Gestapo fait violemment irruption sous les ordres de Klaus Barbie et rafle les 44 enfants de 5 à 17 ans et les 7 adultes juifs qui les encadrent. Après 3 jours de trajet dans des conditions inhumaines, quarante-deux enfants sont gazés à leur arrivée à Auschwitz. Deux adolescents et Miron Zlatin sont déportés par le convoi 73 à destination de Tallinn où ils disparaissent. Léa Feldblum, éducatrice, est la seule survivante.

 

Gabrielle Perrier ou le regret de ne pas avoir été là

gabrielle-tardy-perrier-n-est-jamais-partie-loin-de-la-mais.jpgL’histoire a retenu les noms et les prénoms des 44 enfants juifs raflés par la Gestapo à Izieu (Ain) le 6 avril 1944. Elle se souvient un peu moins de Gabrielle Perrier l’institutrice qui leur fit cours d’octobre 1943 à la veille de la rafle. Dominique Missika lui consacre un livre : “L’institutrice d’Izieu”.

Aujourd’hui, Izieu se souvient. Encore. C’est le 70e anniversaire de la rafle de la colonie des enfants juifs. Tant de fois, Gabrielle Perrier (épouse Tardy) est venue, elle aussi se recueillir. Tant de fois, sur son visage, discrète dans les rangs des présents, on a pu déceler que la douleur ne s’estompe pas dans le devoir de mémoire. Elle est décédée en 2010, emportant avec elle probablement tant de sentiments et de colère jamais exprimés. Parce que ce maudit 6 avril 1944, Gabrielle Perrier n’était pas à la maison d’Izieu. C’était le premier jour des vacances de Pâques. La veille, elle était rentrée chez ses parents à une vingtaine de kilomètres à Colomieu. Gabrielle Perrier a été l’institutrice des enfants d’Izieu. Nommée en octobre 1943 alors qu’elle n’a que 21 ans. La classe de la maison d’Izieu sera son premier poste.

Chargée de recueillir des témoignages pour la Fondation de la mémoire de la Shoah, Dominique Missika raconte sa rencontre avec Gabrielle Perrier : « C’était en 2005, lors de la commémoration annuelle de la rafle. Elle m’a répondu qu’elle ne souhaitait pas me parler et s’en est allée ». Cette présence, ce silence, cette réserve… Voilà résumée la personnalité de l’institutrice. Bien plus tard, au terme de trois années d’enquête, Dominique Missika, écrivain membre du comité scientifique du mémorial d’Izieu, vient d’écrire “L’Institutrice d’Izieu” : « Une enquête de mémoire et d’histoire pour restituer au plus près ce qu’a été sa vie ». « Elle a emporté avec elle une part du drame » certifie Dominique Missika. Elle ajoute : « Sa raison d’être était d’instruire les enfants. Leur disparition est un chagrin qu’elle a porté toute sa vie ».

Ne pas savoir, pour ne pas les trahir

Tant d’années de silence. Comme les déportés qui sont revenus des camps, brisée, Gabrielle Perrier n’a pas raconté les enfants. Jusqu’au procès Barbie, en 1987, elle s’est tue. Appelée à témoigner, la petite institutrice qui un jour d’octobre avait débarqué sur son vélo à Izieu s’est attachée à décrire des enfants comme les autres : « Ils avaient tous les âges. C’était des enfants intelligents et doués. Il y en a quelques-uns que je pensais emmener en 6e et d’autres au certificat d’étude ». Gabrielle Perrier a fait son travail. Une institutrice républicaine, qui a compris qu’il ne fallait pas poser de questions à ces enfants réfugiés qui avaient déjà un lourd passé. Ne pas savoir, pour ne pas les trahir. Au point, le jour de la venue de l’inspecteur d’académie dans la classe, d’expliquer qu’ici, il n’y a pas de registre. Ce jour-là, l’inspecteur a aussi fermé les yeux.

Serge Klarsfeld, président du comité scientifique du mémorial d’Izieu l’a côtoyée lors du procès Barbie alors qu’il représentait les victimes d’Izieu et l’Association des fils et filles des déportés juifs de France : « J’avais l’impression qu’elle regrettait de ne pas avoir été à la colonie au moment de la rafle. Elle y avait vécu les moments les plus importants de sa vie. Il y avait chez elle, une sorte de sentiment de culpabilité. Elle se disait peut-être qu’elle aurait pu réconforter les enfants, empêcher l’arrestation… »

Gabrielle Perrier, n’était pas à Izieu le 6 avril 1944. Elle n’a rien pu faire pour les enfants. Mais qu’aurait-elle pu faire ? Le 6 avril 1944, c’est le diable qui a frappé à la porte de la colonie.

 

 

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