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« Un grand-père dans les tranchées, un père dressé contre l’envahisseur et occupant nazi, appelés sous les drapeaux à leur tour, ils vont remplir avec courage leurs obligations militaires, lesquelles méritent d’être mieux connues.
Sans nulle autre richesse que leur Jeunesse et des lendemains pleins de promesses, sur un bateau de misère, ils embarquent pour une malaventure dont ils ne voulaient pas ». Ecrit par la FNACA dans son message pour le 19 mars 2014 est le préambule idéal pour présenter le livre d’Hervé Le Corre « Après la guerre »

Les guerres de Le Corre

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Après la guerre... encore la guerre. Après les fours crématoires et les corps des suppliciés aux formes «d'énormes insectes à la carapace rugueuse, excoriée», l'Algérie, et «dans les ruines d'une mechta, deux paysans égorgés sur lesquels les tueurs avaient jeté un chien le ventre ouvert». Entre les charniers d'Auschwitz-Birkenau et les katibas du FLN, quoi de commun ? L'histoire de la belle France, fière d'ouvrir les portes de son Panthéon glorieux.
Compliquée, trébuchante, cette histoire, oublieuse par nécessité de ses collabos et résistants de la dernière heure montés en grade, flics ou préfets, comme du destin tragique de leurs enfants perdus, partis «pour les mater, tous ces ratons». Tout ce dont cette histoire ne veut pas ou ne sait comment parler, les trahisons, les fortunes conquises sous l'occupant, l'odeur de la peur et de la mort, l'usage additif des armes et l'usure de la conscience à l'épreuve du combat, l'instinct de survie, presque malgré soi, et le goût, appris, de tuer, constituent la matière du nouveau et exceptionnel roman d'Hervé Le Corre, récit du destin croisé d'un homme et de son fils, et à travers eux celui d'un passé national tapissé d'ombres et de fantômes, si proches et déjà si lointains.
Le Corre est de Bordeaux, ville étrange, tout à la fois bourgeoise et prolétaire, humide et suffocante, grise de pluie et aveuglante de soleil blanc, collet monté et canaille.

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Lien maléfique et impur

C'est à Bordeaux que, à l'orée des années 60, Daniel, qui a 20 ans, hésite entre déserter et s'engager dans une guerre coloniale qu'il n'approuve ni ne condamne vraiment, embarrassé d'une liberté dont il ne sait que faire et de trop de questions auxquelles il n'a pas les réponses, se demande souvent «ce qu'il fait là» quand «malgré les rires et les copains [...] il écoute sans comprendre les humains qui l'entourent».
Un homme, une vague silhouette vient un jour l'observer dans le garage où il travaille avant finalement d'aller jouer sa partition indécise dans les «événements». C'est son père - il ne l'apprendra que bien plus tard -, Jean Delbos, devenu André Vaillant, revenu des camps solder les vieux comptes de l'autre guerre, au prix du sang versé des crapules mais aussi, car les personnages exemplaires n'existent pas chez Le Corre, celui des innocents.
Entre eux, lien tordu, maléfique et impur, Albert Darlac, inspecteur collabo puis commissaire véreux en cheville avec les truands, passé aussi aisément des rafles de juifs et de résistants à la défense musclée du nouvel ordre triomphant.
Le Corre organise la rencontre et le choc entre ces trois personnages, surgis d'un temps perdu ou d'un présent incertain comme un opéra ébouriffant de virtuosité, alternant plan large et courte focale, visitant toutes les pièces obscures de la saloperie humaine comme les petits bonheurs de la vie, «plus forte que tout», passant des dialogues dignes des meilleurs polars au lyrisme désabusé d'un Raymond Guérin, autre Bordelais auquel son livre précédent, les Cœurs déchiquetés, nous faisait déjà songer, et emporte le tout avec une attention jamais prise en défaut au moindre détail et au plus humble personnage.
Son Après la guerre est un tout, une somme foisonnante de sensations, d'idées, de questionnements mais peut aussi se résumer à cette simple plaisanterie qu'énonce un mort en sursis : «Dieu existe mais, le salaud, il n'est jamais là.»

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