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Deux femmes, deux mères de trois jeunes enfants, deux parcours semés d’embûches pour être reconnue « veuve de guerre ».

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Sabrina Verrier et Odettes Chasserot, deux femmes, deux destins et à 40 ans d’écarts, les mêmes difficultés à faire valoir leurs droits. (Photos Eric THIEBAUT)

http://www.vosgesmatin.fr/vosges/2014/01/02/veuves-de-guerre-on-ne-vit-pas-on-survit

«Quarante ans plus tard, les choses n’ont pas beaucoup évolué. Nous portons la même peine et nous devons vivre les mêmes réticences pour faire reconnaître nos droits...» Sabrina Verrier a encore des sanglots dans la voix. Les larmes inondent son visage quand on évoque le drame qui s’est abattu sur sa vie il y 4 ans. Son mari Nicolas Verrier, militaire de carrière, alors en mission de quelques mois au Liban est déclaré mort. Il était en poste avec les casques bleus de l’ONU pour le 1er RT d’Epinal. Elle avait 25 ans et était maman de trois jeunes enfants âgés de 3, 4 et 7 ans.

Pour Odette Chasserot, la douleur a aujourd’hui fait place à la résignation avec les effets du temps. Mais la peine est similaire. Elle a perdu son mari, Marcel Chosserot, le 9 mai 1969 après une longue agonie. Il avait reçu une balle dans la tête qui est ressortie par l'oreille. Sur le papier presque usé qu’elle exhibe, on peut lire le compte rendu de ses blessures : « Défiguration, épilepsie, hypercaousie.» Il n’est décédé que quelques années plus tard, après une deuxième opération qui lui a été fatale. Sans jamais avoir vu l’ombre d’une guérison. Elle avait 35 ans et travaillait aux thermes de Plombières. Son époux, magasinier de métier, avait été réquisitionné en 1955 en Algérie, alors qu’il faisait ses classes à Nancy. La guerre d’Algérie débutait et demandait des hommes sur place. En 1958, on lui a demandé de rejoindre Constantine. Maman de jeunes enfants : trois filles de 4 à 8 ans lors de la disparition de son époux, elle n’a pas pour autant oublié « cette époque terrible.»

Trois mois sans revenus

Quand elles revisitent leur parcours, les points communs affluent. A commencer par la douleur indescriptible de perdre un être cher. Ajoutée à la difficulté de gérer seule une famille, le travail au quotidien compliqué et la solitude... Le tout renforcé par la non reconnaissance de leur statut de veuve de guerre en dépit de leur situation évidente. Odette Chasserot a été la première vosgienne veuve d’un combattant en Algérie et Sabrina Verrier, la première veuve Opex (opération extérieure). L’art d’ouvrir des brèches peut s’avérer lourd et douloureux...

«Dans un premier temps, j’ai été reconnue veuve hors- guerre » se souvient Odette Chasserot. «J’ai eu bien sûr une pension mais ce n’est que des années plus tard que le statut de veuve de guerre nous a été autorisé grâce au combat des associations. Pour Sabrina Verrier, les choses ont pris davantage d’ampleur. « Je n’ai jamais vraiment su de quoi Nicolas était mort. Coup violent, thrombose ou fait de guerre... La reconnaissance de mon statut et le versement de la pension ont été durs à défendre et à se concrétiser.» La suite est tout aussi éloquente : «J’ai du vivre trois mois sans revenus. Nos comptes étaient bloqués. Je n’ai pu m’en sortir que grâce à la solidarité des anciens collègues du 1er R.Tir qui ont fait une collecte de 5 000 euros pour mes enfants et moi.»

Deux ans d’attente

Après des mois d’attente et avoir beaucoup bataillé, la jeune femme a eu enfin gain de cause. Mais à quel prix ! « J’ai pris 20 kg, je ne vis plus que pour mes enfants et la mémoire de mon époux. Il a fallu attendre 2011 pour obtenir la reconnaissance comme veuve de guerre et la pension qui va avec (environ 400 euros par mois). Soit deux ans après la mort de Nicolas. Mes enfants ont été reconnus pupille de l’Etat un peu avant... en 2010. Heureusement ! » Mais Sabrina Verrier, dont le papa était déjà militaire, le clame haut et fort, elle n’a pas dit son dernier mot. «Mon mari était en mission pour la paix. Il n’a pas demandé à mourir. L’armée doit honorer et soutenir ceux qui s’engagent pour elle et leur famille. Quoiqu’il arrive !» Elle entend bien entretenir la mémoire de son mari défunt. «Pour mes enfants surtout. Et pour ceux à qui il arrive la même chose. J’ai même tenté de fonder une association de veuves Opex dans les Vosges mais comme je suis seule, ce n’est pas simple...» Quant à Odette Chasserot, elle avoue être soulagée d’avoir enfin obtenu que son mari soit reconnu «Mort pour la France». Même tardivement puisque c’était en 2006. Surtout pour ses trois filles « Cela va les aider à constituer leur capital retraite.» «Nous existons et nous voulons juste que nos droits soient reconnus», clame Sabrina Verrier qui aujourd’hui s’épuise encore rien que pour remplir sa déclaration d’impôts face à un statut qu’elle doit sans cesse réexpliquer... « Je porte la même peine qu’Odette Chasserot il y 40 ans mais aurais-je comme elle la force de me battre encore longtemps ? Je ne vis pas, je survie », conclut-elle alors que les fêtes de fin d’année s’achèvent. Et avec elles les rêves d’une famille unie. Ses rêves à elle ont volé en éclat le 17 février 2009. Le jour où son mari a disparu. Dans des circonstances encore troubles.

Sabine LESUR

Tag(s) : #Associations

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