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Paris, 26 avril 2013.

En page 13 du n° 166 (mars-avril 2013) de La Lettre de Veritas, est reproduite la teneur d‘une requête adressée au grand chancelier de la Légion d’honneur par Mme Anne Cazal, directrice de la publication de cet "organe du combat des Français d’Algérie" et déléguée générale de Veritas ("Comité pour le rétablissement de la vérité historique sur l’Algérie Française").

Ce courrier a pour objet d’obtenir le réexamen, par le Conseil de l’Ordre, de l’avis sur lequel s’est appuyé le décret du Président de la République en date du 2 janvier 2013 aux termes duquel Jean-François Collin a été exclu de la Légion d’honneur.

 

Lettre à M. le Grand Chancelier

 

 

Monsieur le Grand Chancelier,

Par l'intermédiaire de votre Directeur de Cabinet, le Général Laporte Many, vous avez bien voulu répondre à ma lettre de protestation sur les raisons et conditions de l'exclusion de l'Ordre de M. Jean-François Collin, Chevalier de la Légion d'Honneur, et je vous en remercie.

Pour ce qui est des raisons de l'exclusion, en ayant pris connaissance, je constate que M. Collin a été exclu pour avoir exprimé son opinion personnelle sur le premier Président de la cinquième République et sur le Président de celle-ci en 2011, ce qui prouve indéniablement que le manquement à l'honneur que vous lui reprochez n'est, en fait, comme je l'avais pressenti et vous l'avais écrit, qu'un délit d'opinion.

En effet, Monsieur le Grand Chancelier, malgré tout le respect que je vous dois, et que je vous accorde volontiers, ainsi qu'à tous les membres du Conseil de l'Ordre de la Légion d'Honneur, il me semble que la sanction infligée à M. Collin est disproportionnée au regard de la faute commise, simple expression d'une opinion personnelle, et que, de plus, la procédure disciplinaire n'a pas été respectée puisque M. Collin n'a pas été appelé à faire valoir sa défense auprès du Conseil de l'Ordre, comme il se doit !

En effet, la radiation définitive, dite exclusion, est bien la sanction ultime en cas d'actes déshonorants tel le crime de sang, l'emprisonnement de plus d'un an, la déchéance de la nationalité française... Il me semble, en toute justice, que la faute commise par M. Collin : avoir exprimé son opinion personnelle sur deux Présidents de la République, pouvait entraîner un blâme, ou, au pire, une suspension, mais pas la sanction extrême.

Monsieur Collin a exprimé son opinion sur le Président De Gaulle, sans proférer aucune insulte, mais en qualifiant celui-ci de « traître », évoquant ainsi une page d'Histoire vécue. Il me semble que M. Duhamel l'avait déjà fait dans une édition spéciale de la revue Historia, précisant que, sans hésitation, il s'agissait du plus grand traître de l'Histoire et, que je sache, il n'a pas été frappé d'exclusion à la suite de cette affirmation...

Quand (sic !) au Président Sarkozy - car c'est bien de lui qu'il s'agissait en 2011 - M. Collin a prononcé le mot « paltoquet », ce qui signifie en termes familiers « homme grossier » (Littré)... Quel est le Français de bonne foi qui n'a pas partagé cette opinion lors du « Casse-toi, pauvre cou ! » dont le Président Sarkozy a gratifié publiquement un quidam ?

Monsieur Collin, lui, n'a commis que l'énoncé d'une opinion personnelle, certes, dans un moment inopportun, où, submergés par l'émotion, certains peuvent perdre le fil de leur discours, et tous les jours, nos dirigeants ou hommes politiques en donnent des exemples... Encourent-ils pour cela l'exclusion de la Légion d'Honneur ? Je n'en crois rien.

Par contre, Monsieur le Grand Chancelier, je suis certaine que vous êtes un grand soldat, doublé d'un homme d'honneur. A ce titre, je vous serais reconnaissante de bien vouloir prendre connaissance de la brochure jointe, dédiée à M. Jean-François Collin, victime d'une injustice qui, pour nous, Français d'Algérie, est flagrante et blessante.

En souhaitant de tout coeur, qu'après lecture, le Conseil de l'Ordre décide de réviser la sanction extrême qui frappe injustement M. Collin,

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Grand Chancelier, l'expression de ma respectueuse considération.

 

Anne CAZAL

Française d'Algérie

Descendante d'un officier d'ordonnance du Maréchal Bugeaud

 

PS. Je viens d'apprendre qu'un recours en annulation du décret d'exclusion a été introduit auprès du Conseil d'Etat.

P.J. LA RESISTANCE FRANÇAISE EN ALGERIE

 

Le propos est rédigé sur un ton obséquieux qui tranche avec celui, injurieux, utilisé par Jean-Pierre Papadacci dans sa correspondance de janvier 2013 au général Georgelin, dont une copie avait été insérée dans l’édition précédente (n° 165, janvier-février 2013) de La Lettre de Veritas.

 

LETTRE OUVERTE AU GENERAL GEORGELIN

 

Monsieur,

 

J'avais déjà peu considération pour l'officier qui, ayant fait principalement carrière dans les écoles, les états-majors, les cabinets de toutes sortes et peut-être même les loges, avait atteint le plus haut grade et la plus haute fonction de l'armée française.

 

J'avais ressenti de la honte lorsque, faisant fi de toute modestie et de toute dignité, vous aviez accepté de devenir le premier grand chancelier, d'origine militaire, dépourvu de tout titre de guerre.

 

Je pensais avoir tout vu mais je me trompais. A l'arrivisme et à l'outrecuidance, qui vous caractérisent, vous avez ajouté l'infamie d'une décision : l'exclusion d'un français exemplaire, de l'Ordre de la Légion d' Honneur.

 

Je vous tiens pour l'unique responsable de cette sanction injuste et partisane. Vous êtes responsable car, en décidant de saisir le conseil de l'ordre, vous avez obéi immédiatement à la délation d'un Gavoury qui vous sommait par communiqué de presse d'ouvrir une procédure disciplinaire. Vous êtes responsable car vous avez qualifié des propos libres et incontestables (déjà maintes fois tenus et écrits contre De gaulle Charles par de nombreuses personnalités appartenant à l'ordre, sans entrainer aucune sanction) en un acte contraire à l'honneur et vous avez choisi la sanction la plus grave envers un patriote irréprochable, OFFICIER décoré et blessé au combat.

 

Vous êtes responsable car vous n'avez pas eu pour Jean-François Collin, l'indulgence qui fut accordée à un ancien président de la république et à un ancien premier ministre, pourtant tous deux repris de justice. Vous avez attendu un an avant de rendre publique votre sanction infamante sans avoir eu la correction d'en informer auparavant le premier intéressé.

 

Bien que général, vous vous êtes dispensé d'une tradition et d'un vieil usage de l'armée qui demande que toute sanction soit notifiée à l'intéressé mais aussi clairement motivée. Et vous y avez ajouté la maladresse, pour ne pas dire la perfidie, de faire coïncider l'exclusion de Jean-François Collin avec l'annonce d'un wagon de promotions de « favoris » du pouvoir comprenant, entre autres , l'imam marocain de Bordeaux et une avocate qui s'était illustrée dans la défense des terroristes du FLN.

 

Certes votre sanction inique et sans appel, dans la droite ligne des tribunaux militaires d'exception gaullistes qui firent exécuter, emprisonner, limoger, dégrader et déchoir les Patriotes Résistants de l'Algérie Française, restera sans effet sur un HOMME qui a toujours fait passer l'HONNEUR avant les honneurs. Mais, elle constitue néanmoins une PROVOCATION et un véritable OUTRAGE envers les français d'Algérie et tous les patriotes qui cultivent encore une haute idée de la PATRIE et de L'HONNEUR.

 

Une telle décision, qui révèle parfaitement au grand jour, votre conception sordide et courtisane de l'HONNEUR, ne pouvait rester sans riposte c'est pourquoi je tiens à vous exprimer, par la présente mon indignation doublée de mon plus profond mépris.

 

Veuillez agréer, monsieur, les salutations françaises que m'impose la courtoisie.

 

Jean-Pierre PAPADACCI

 

Un élément retient plus particulièrement l’attention dans l’intervention de Mme Cazal : il consiste en l’indication, en post-criptum de dernière minute, d’un recours devant le Conseil d’Etat introduit à la suite de la notification à M. Collin de la mesure d’exclusion le concernant.

Rappelons, pour l’anecdote, que la haute juridiction administrative a déjà eu à connaître d’une action (infructueuse) engagée par Jean-François Collin, au nom de l’Amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l'Algérie française (Adimad). Par arrêt du 14 novembre 2011, la section du contentieux du Conseil d’État a constaté que la stèle dont l’association avait obtenu l’installation à Marignane, manifestant une prise de position politique et procédant à l'apologie de faits criminels, n’avait pas sa place dans un cimetière et était par ailleurs de nature à entraîner des troubles à l'ordre public. C’est sur ce site, objet de polémiques et contestations, que, quelques jours plus tôt (1er novembre 2011), M. Collin s’était vu remettre sa décoration par un ancien factieux. Ce dernier, délégué par le grand chancelier, s’était lui-même exposé à des sanctions disciplinaires en détournant les paroles prévues à l‘intention du récipiendaire en application de l’article R 56 du code de la légion d’honneur. Il avait en effet déclaré : « Au nom de l’État français et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais chevalier de la Légion d'honneur.»

 

  http://www.wat.tv/video/1er-novembre-2011-marignane-4etor_2iiil_.html

Jean-François Gavoury

Président de l’Association nationale

pour la protection de la mémoire

des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)

 

 

 

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