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 Les autorités ont suspendu l’inauguration d’une stèle révisionniste

à Polop (région d’Alicante)

 

Paris, 2 juin 2014.

Madame, Monsieur,

Si vous n’étiez pas à l’écoute, ce lundi à 8 h 30, de la revue de presse sur France Inter, en voici un extrait, retranscrit ci-après :

« Les enjeux de mémoire encore dans L'Humanité. Les nostalgiques de l'OAS n'ont pas renoncé à célébrer leurs héros, jusqu’en Espagne. L'Huma raconte l'histoire d'une stèle qui devait être inaugurée, dans la commune de Polop en Espagne. Stèle en hommage aux victimes de l'Algérie française et notamment Bastien-Thiry, l'homme qui avait essayé de tuer le général de Gaulle. Inauguration suspendue après quelques hésitations du maire. »

Afin de compléter utilement votre information sur cette affaire, je vous propose en pièce jointe la teneur de l’article de L’Humanité dont il a été question ce matin.

Jusqu’alors, seules la presse algérienne et la presse espagnole avaient bien voulu s’intéresser à l’alerte émanant de l’Association pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS.

Puissent d’autres journaux, aussi éminents, porter attention aux liens entre le développement des actes de réhabilitation de l’OAS et les fascismes renaissants.

Bien cordialement,

Jean-François Gavoury

Président de l’Association nationale

pour la protection de la mémoire

des victimes de l’OAS (Anpromevo)

MÉMOIRE

 

L’Espagne faceau spectre de l’OAS

 

 

  Correspondance

« Suite à une campagne de pressions des gaullos/socialauds/cocos et ex-porteurs de valises, le maire de Polop a décidé de suspendre l’inauguration de la stèle ! » Ainsi s’insurge dans un communiqué Jean-François Collin, ex-conseiller municipal FN, ancien de l’OAS et président de l’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l’Algérie française (Adimad), la vitrine légale de ces anciens terroristes.

Plus d’un demi-siècle après les accords d’Évian qui mirent fin à la guerre d’Algérie, les seniors du crime organisé concentrent désormais leurs efforts sur un intense travail de lobbying auprès d’élus locaux - qui jusqu’à présent n’étaient que français - avec pour objectif d’édifier des monuments glorifiant l’Algérie française et la lutte armée de ses partisans. Certaines stèles, comme celle de Marignane (Bouches-du-Rhône), ont fait l’objet d’intenses batailles juridiques entre l’Adimad et l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo), présidée par Jean-François Gavoury, fils du commissaire central d’Alger Roger Gavoury, assassiné par l’OAS en 1961.

 Gravés dans le marbre 

Mais cette fois, ce n’était pas en France mais en Espagne que l’Adimad avait l’intention d’inaugurer un nouveau monument d’hommage à ses « résistants de l’Algérie française », dans l’enceinte du cimetière municipal de Polop (région d’Alicante). L’Espagne franquiste fut un soutien inconditionnel de l’OAS, depuis sa naissance à Madrid le 11 février 1961, jusqu’à l’accueil, un an plus tard de terroristes ayant pris le chemin de l’exil pour échapper à la justice française. L’OAS est à l’origine de plus de 2500 assassinats ayant visé en particulier des fonctionnaires de la République. Plus de 3000 factieux ont été condamnés, pendant et après la guerre d’Algérie, pour avoir apporté leur concours ou leur soutien à ses actes criminels. Parmi les condamnés, 41 l’ont été à la peine capitale mais celle-ci ne s’est appliquée qu’à quatre d’entre eux. À l’encontre du lieutenant déserteur Roger Degueldre, créateur des commandos Delta, le bras armé de l’OAS ; de Claude Piegts et Albert Dovecar, assassins du commissaire Gavoury ; et de Jean Bastien-Thiry, responsable de l’attentat du Petit-Clamart dirigé contre le général de Gaulle. Et c’est en quoi le mausolée ibérique souhaité par l’Adimad s’avérait cette fois plus polémique encore que les stèles jumelles d’outre-Pyrénées. Dans une lettre confidentielle que l’Humanité a pu consulter, le président de l’Adimad affirme à ses membres que : « Les noms de Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegts et Jean Bastien-Thiry sont gravés dans le marbre de la stèle de Polop. » Une stèle qui aurait donc été, selon la jurisprudence de Marignane, illégale en France. « Ce mausolée permettra de remercier chaleureusement, le peuple espagnol pour son accueil en 1962 » ajoutait le président de l’Adimad, exprimant ainsi son intention d’honorer les autorités franquistes de jadis.

Le maire socialiste recule

« Ils ont simplement demandé le permis pour cette stèle, et ils l’ont obtenu », explique Gabriel Fernandez Fernandez, le maire socialiste (PSOE) de la commune de Polop qui compte près de 4 000 habitants dont une centaine de rapatriés d’Algérie. L’édile, parfaitement informé de l’hommage prévu le 7 juin - date anniversaire de l’exécution de Dovecar et Piegts - comptait dans un premier temps y participer. « Je ne veux pas savoir s’ils sont de droite ou de gauche, je ne cherche pas la polémique. C’est simplement un hommage à ceux qui sont tombés en Algérie, un monument pour les rapatriés de la région », affirmait-il encore avant que l’affaire ne suscite une polémique dans la presse castillane et n’embarrasse les diplomates espagnols. Tandis que la diplomatie française restait silencieuse. Bien qu’une ville espagnole s’apprêtât à rendre hommage à Bastien-Thiry qui mitrailla, le 22 août 1962, la DS du général de Gaulle, l’ambassade de France répétait à l’unisson avec les diplomates du Quai d’Orsay que « l’initiative semble être totalement privée et n’associe en aucune manière les autorités françaises ». C’est seulement samedi dernier que le maire de Polop a annoncé que l’hommage était finalement suspendu, niant avoir reçu des consignes et assurant vouloir éviter... toute polémique. Hasard du calendrier, Jorge Fernandez Dias, ministre de l’Intérieur espagnol, est en visite officielle aujourd’hui en France pour une rencontre avec son homologue Bernard Cazeneuve.

L’Espagne franquiste fut un soutien inconditionnel de l’OAS,

depuis sa naissance à Madrid le 11 février 1961

Déjà interpellé dans son pays par les forces de gauche espagnoles sur cette affaire, le ministre le sera assurément aussi par la presse. En attendant, du côté de l’Adimad, le frontiste Jean-François Collin ne décolère pas. Menaçant, il assure que son association est « déterminée à continuer son combat pour la mémoire de la résistance Algérie française et à mener à bien ses projets, déjà avancés, dans deux autres pays méditerranéens ayant accueilli en 1962 les victimes de De Gaulle Charles ». Une intention que ne contredit pas le nouveau député européen FN Louis Aliot - dont la mère est une amie intime de Jean-François Collin - qui a récemment affirmé : « L’OAS, pour moi, ce sont des héros. Ils ont été durant la guerre d’Algérie ce qu’ont été les FTP et les FFI durant l’Occupation. »

 JEAN-BAPTISTE MALET

 

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