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Un article de l’ancien député Bernard Deschamps

 

   " FAUT-IL HONORER LES HARKIS ? "

 Harkis-du-Bachaga-Boualem.jpg

 

Oui, je sais, simplement poser la question est déjà en soi sacrilège, aux yeux de certains. Entendons-nous bien. Les harkis, à part une minorité, furent eux aussi des victimes d'une guerre atroce  poursuivie par la puissance coloniale au mépris des aspirations légitimes du Peuple algérien. Le vocable de harki, recouvrait une grande diversité de situations, du fellah qui mourrait de faim au Bachaga Boualam, auxiliaire des autorités coloniales. La plupart furent contraints de s'engager, soit en raison de la misère, soit sous la menace. Beaucoup furent cantonnés dans des tâches de services, certains participèrent aux combats aux côtés de l'armée française. Quelques-uns furent des tortionnaires. Les "bleus" de Papon à Paris, par exemple, où les équipes qui procédaient aux interrogatoires de patriotes algériens à Saint-Hippolyte-du-Fort ou dans d'autres lieux de détention en France.

C'est une constante des armées d'occupation d'enrôler des autochtones afin de diviser les populations qu'elles veulent soumettre. Les exemples abondent dans l'histoire et dans le monde. Ajoutons que, dans le cas des harkis, les conditions dans lesquelles ils ont été hébergés en France, en 1962 - nous en avons eu un exemple avec le camp de L'Ardoise - furent immondes et indignes de la France et ceux qui n'ont pu quitter l'Algériest-maurice-l-ardoise-.jpg indépendante furent souvent victimes de la vindicte populaire, comme ce fut le cas aussi en France en 1945. Et souvent ce furent ceux qui n'avaient pas participé à la lutte de libération qui furent les plus féroces.

Mais qui est responsable des massacres qui eurent lieu en Algérie et des conditions d'accueil honteuses en France ? Ce n'est pas l'Algérie, ce n'est pas le Peuple algérien. Ce sont les gouvernants français qui se sont entêtés de façon criminelle dans une guerre injuste et qui, après avoir recruté des supplétifs de l'armée française, les ont ensuite abandonnés. Par racisme antiarabe. La France - la France et non l'Algérie - a donc un devoir de réparation à l'égard des anciens harkis.

Cela implique-t-il qu'hommage leur soit rendu ? La "Journée nationale d'hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives" a été instituée par un décret du 31 mars 2003 signé du Premier Ministre de l'époque JP Raffarin. L'article 1 du décret précise: "en reconnaissance des sacrifices qu'ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d'Algérie." Les harkis sont en l'occurrence un prétexte. Le but du décret est, en définitive, de rendre hommage à l'action de la France lors de la guerre d'Algérie. Il s'agit d'une véritable escroquerie intellectuelle. Prenant appui sur la légitime compassion que l'on éprouve pour les harkis et pour toutes les victimes de cette guerre, on nous conduit, par une voie détournée, à justifier une guerre coloniale condamnée par l'histoire. Une guerre à laquelle ont mis fin les Accords d'Evian du 18 mars 1962  ratifiés par plus de 90% des Français lors du référendum du 8 avril 1962.

Il n'est donc pas étonnant que tout ce que la France compte de revanchards n'ayant toujours pas accepté l'indépendance de l'Algérie, se soient engouffrés dans la brèche.

En cette année du 51e anniversaire de l'indépendance, l'ancien élu que je suis livre cette réflexion aux élus d'aujourd'hui qui participent aux cérémonies d'hommage en croyant bien faire.

Bernard DESCHAMPS

Ancien député.

Photos:

- La harka du Bachaga Boualam responsable de la mort du patriote algérien communiste Henri Maillot.

- Une vue du camp de Saint-Maurice-L'Ardoise dans le Gard, un camp de 25 hectares  créé en 1958 pour y interner des patriotes algériens qui luttaient pour l'indépendance de leur pays et qui ensuite fut utilisé pour loger des harkis et leur famille.)

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