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Le Président de la République se rend en Algérie les 19 et 20 décembre 2012, pour un voyage officiel qui revêt de nombreux enjeux pour l’avenir de la relation franco-algérienne. Un demi-siècle après l’Indépendance (la France a occupé l’Algérie de 1830 à 1962), ce déplacement est périlleux sur le plan diplomatique.

 

http://www.lematindz.net/news/10524-france-algerie-le-temps-de-la-reconciliation.html

François Hollande tient pourtant là une occasion unique d’endosser les habits d’un grand homme d’Etat s’il apporte en Algérie des mots de paix et de réconciliation. Mais il devra pour cela faire preuve d’audace, d’humilité et de vision. De l’audace, il en faudra pour aborder avec responsabilité cette page sombre et douloureuse de notre Histoire de France, dans un pays qui ne l’a pas encore complètement tournée. Le récent bras d’honneur à l’Algérie d’un ancien ministre français de la Défense en dit long sur ceux qui, au sein des élites françaises d’un certain bord politique, ne supportent pas d’entendre une autre vérité sur notre passé ; alors que, dans le même temps, d’autres Français vivent encore comme une plaie ouverte ces tensions entre le pays où ils vivent, qui est leur pays, et le pays où ils sont nés.

Oui, il faudra de l’audace. De l’humilité, aussi.

Un homme d’Etat doit parfois rappeler à tous ce qu’une Nation préfèrerait oublier. Pour construire une relation sans arrière-pensées et sans non-dits, l’Algérie ne demande rien d’autre à la France qu’un petit pas en avant. Le faux débat sur la repentance, entretenu ici et là-bas, n’est qu’un prétexte, utilisé par ceux qui veulent retarder notre réconciliation : reconnaître ce que la France a fait à l’Algérie au siècle dernier ne signifie pas se repentir aujourd’hui. Les erreurs du passé sont les erreurs du passé : un demi-siècle après l’Indépendance, elles appartiennent aux historiens, et elles ne peuvent en aucun cas rester un fardeau pour les générations d’aujourd’hui et celles qui viennent.

Notre Président devra donc trouver des mots difficiles, pour revenir avec dignité et humilité sur ce qui a noué cette relation si particulière entre nos deux pays, tantôt amoureuse, tantôt haineuse, et pour reconnaître cette Histoire pour ce qu’elle est, d’en évoquer la lumière sans craindre d’en évoquer les ombres. C’est à cela qu’on reconnaitra la grandeur de l’homme d’Etat.

Mais reconnaître ce qui s’est passé, je le répète pour nos amis algériens, n’est pas se repentir. A une France qui reconnaîtrait ce passé, personne en Algérie ne pourrait demander de ressentir une culpabilité actuelle, surtout pas au nom de la fierté nationale.

La France sera-t-elle capable de ce pas en avant ?

N’a-t-elle pas été grandie, sous la présidence de Jacques Chirac, en reconnaissant clairement et sans ambiguïté qu’une frange de sa population avait été complice de l’occupant nazi, dans l’extermination des Juifs ? Ce devoir de mémoire serait-il hors d’atteinte parce qu’il s’agit de l’Algérie ?

Nous, Français, sommes-nous incapables, encore et toujours, de revenir de manière apaisée sur une histoire vieille de cinquante ans ? Craindrions-nous réellement de voir François Hollande affirmer que l’empire français n’a nullement «civilisé» les Algériens, contrairement à ce qu’un de nos projets de loi prétendait affirmer en 2005 ? Pouvons-nous ignorer qu’après plus d’un siècle de colonisation les Algériens étaient des « indigènes », ne disposant d’aucun des droits qu’on accordait à l’époque aux "citoyens civilisés" ?

Je le répète une troisième fois, à mes compatriotes et à mes amis algériens : reconnaître ce qui s’est passé n’est pas se repentir. C’est respecter notre Histoire et ceux qui ont subi les conséquences des actes tragiques qui ont été commis, en laissant aux historiens le soin de décrire qui était responsable de ces actes, dans le contexte si particulier de cette époque.

François Hollande serait un homme d’Etat visionnaire s’il parvenait à accomplir ce pas en avant, au nom de la France. Cela nous projetterait dans l’avenir d’une relation franco-algérienne apaisée et permettrait de constituer un axe euro-méditerranéen dont cette région du monde a le plus grand besoin.

La France connaît l’Algérie comme aucun autre pays au monde ne la connait, et une part importante des enfants d’Algérie sont devenue de «bons Français». Face à cette réalité historique, démographique, économique, sociale, affective, culturelle, comment nos deux pays pourraient-ils se passer d’un traité d’amitié sincère et durable, basé sur le respect réciproque et une coopération volontariste, dans l’intérêt de nos deux peuples ? Dans un contexte de tension entre l’Orient et l’Occident qu’on théorise parfois comme un choc de civilisations, comment ne pas miser sur une relation de confiance entre nos deux peuples qui assureraient ensemble une lutte efficace contre toutes les formes de terrorismes et d’obscurantismes, en mettant l’accent sur nos valeurs communes ?

L’Algérie est un pays jeune, qui possède des ressources naturelles importantes. La France dispose d'innombrables atouts, qui lui permettent de figurer dans les premières puissances économiques mondiales. En pleine crise économique, comment ne pas imaginer que la France et l’Algérie, qui ont la Méditerranée et l’Histoire en partage, ne puissent construire cette plateforme d’échanges, de recherche et d’innovation ?

Je pense que le temps est venu pour que nos deux pays fassent ce pas en avant. Le temps est venu d’ouvrir nos archives aux historiens pour qu’ils apportent toute la lumière sur ce passé que nous partageons et qui doit servir de socle à notre avenir commun. Le temps est venu pour que les manuels scolaires, des enfants des deux rives de la Méditerranée, reconnaissent des faits vieux d’un demi-siècle, sans culpabilité et en toute responsabilité. Le temps est venu de nouer une alliance économique solide entre deux pays que tout rapproche, mais qui se cherchent sans se trouver depuis trop longtemps. Le temps de la réconciliation entre la France et l'Algérie est venu.

Karim Zéribi

Conseiller municipal de Marseille

Député européen

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