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Le 19 mars est devenu la "journée nationale du Souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats de Tunisie et au Maroc". Le maire de Nice, Christian Estrosi, a annoncé qu’il ne la célèbrerait pas. Pourtant, elle se veut synonyme de réconciliation entre les deux rives.
Michel Remaggi, ancien d’Algérie avait écrit au maire de Nice concernant ses célébrations de la fin de la guerre d’Algérie et les grands oubliés. Entretien.

Pourquoi cette date du 19 mars est-elle importante pour vous ?
Comme toutes les dates concernant la fin d'une guerre, un armistice, le 19 mars inscrit dans le marbre de l'Histoire la fin d'un conflit qui a eu son lot d'atrocités, d'exactions, de morts, de destructions, d'atteintes physiques et psychologiques, de blessures morales durables et dont, à l'instar de toutes les guerres, l'Humanité se serait passée.
Pour l'ancien appelé que je suis, j'ai de la guerre en Algérie une persistance profondément marquée du refus de toutes répressions à l'égard d'un peuple qui a beaucoup sacrifié pour obtenir, ce qui était son droit, hélas par les armes, l'indépendance de son pays.
Mais aussi, afin que nul n'ignore. Cette guerre, colonialiste et des plus injustes, c'est 30 000 conscrits morts sur le sol algérien dont près de 400 pour les Alpes-Maritimes (appelés et ne faisant pas partie d'une armée de métier) Cela doit participer de la mémoire collective.
Vous avez écrit au maire de Nice suite à la plaque déposée sur la Promenade. Vous dénonciez notamment l'oubli de ces 30 000 conscrits 2368_RESEAU19mars.jpgmorts... Que lui avez-vous écrit exactement ?
C'est avec colère et indignation  que j'ai écrit le 1er mars 2012 au maire de Nice pour lui signifier qu'en tant qu'ancien appelé «  les souvenirs les plus atroces qui me tiennent à cœur sont ceux des appelés qui n'en sont pas revenus. Pour l'essentiel d'entre eux c'est contre leur volonté et parfois en contradiction avec les motifs de cette guerre qu'ils y ont laissé leur peau. Pour l'heure je ne m'étendrai pas sur tant d'autres qui en portent encore aujourd'hui les stigmates physiques et mentaux. Certains ont séjourné dans des hôpitaux psychiatriques durant de longues années avant d'y finir leur vie sans avoir pu reprendre le dessus »
Après avoir fait état des polémiques et de la discorde interne aux mouvements ou associations de pieds-noirs , à propos du mémorial en hommage aux Français d'Algérie ou de la statue du Général de Gaulle et souligner « qu'ils sauront régler cette affaire entre eux », j'ai précisé au Maire de Nice que ce qui m'interpelle « c'est l'inauguration par vous même, le 30 juin, d 'un monument en hommage aux Français d'Algérie et aux Harkis et selon le mot du Président du Collectif du Centenaire » pour ce qu'ils ont fait pour la France, « Et ceci m’amène, Monsieur le député-maire à vous poser la question : à quand un Mémorial en l’honneur des 30 000 jeunes du contingent dont 400 (vos services rectifieront s'il y a erreur) des Alpes Maritimes qui ne sont pas rentrés chez eux ! Je revendique pour ceux qui n'avaient aucune attache en Algérie. Étrangers à une terre où ils n'avaient rien à faire sinon d'y laisser leur corps et leur âme. Ce qui fut. »
« M. Estrosi, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre en Algérie allez-vous vous saisir de cette opportunité : ériger, sur la Promenade des Anglais, un monument à la mémoire du Souvenir, le dos à la mer et la face orientée vers les Alpes et par delà jusqu'aux frontières de l'hexagone. Lou païs ! » Pour ne pas oublier. Pour ne pas les oublier.
Et que vous a-t-il répondu ?
La réponse du Député Maire porte, pour l'essentiel, sur les raisons pour lesquelles a été érigé un monument aux Français d'Algérie et aux Harkis . Sur le fait que « l'œuvre projetée vise à commémorer les 130 années de présence française »  où selon ses propos, « beaucoup fut accompli par des compatriotes de toutes conditions sociales et de toutes origines » Et de se justifier sur la statue du Général de Gaulle « qui avait en son temps suscité des réactions parfois vives ». Toutes choses que je ne lui avais pas demandées.
Enfin, concernant le Mémorial à la mémoire des 30.000  du contingent tués sur le sol algérien, le Député Maire a fait référence aux morts de toutes les guerres. Cet amalgame qui s'inscrit dans le droit fil du souhait de Sarkozy entremêlant dans une même date anniversaire les morts de toutes les guerres, « révisionnant » ainsi l'histoire de France. Tentative reprise aujourd'hui par l'Élysée (de gauche) qui transforme la commémoration de l'armistice de 1918 en hommage à tous les morts des guerres menées par la France.  «  cette journée hommage à tous les morts accrédite l'idée au final que peu importent (pour ces révisionnistes) les raisons pour lesquelles ces civils ou ces militaires ont perdu la vie »
En tant qu'ancien d'Algérie comment avez-vous vécu cette guerre et comment en êtes vous revenu ? Et comment vivez-vous les commémorations qui se sont déroulées ?
J'ai eu la chance de revenir intact de ce séjour de 13 mois qui n'a pas été le plus difficile de cette guerre (j'ai terminé ma période en septembre 1961) que les appelés de 20 ans ont dû subir, les années de guerres antérieures. Du fait que j'ai été incorporé au titre de conducteur, je n'ai pas eu à crapahuter durant des jours et des nuits à la merci de confrontations possibles et souvent meurtrières ; j'en suis revenu bousculé mais intact physiquement. Il faut dire que lors de mon incorporation à 20 ans, je cumulais  trois années d'engagement politique dans le quartier Riquier à Nice et nombre de manifestations pour la Paix en Algérie. Cette activité n'a pas compté pour rien dans mes prises de position sur la guerre à même le sol algérien et la clairvoyance des véritables raisons de celle-ci. Ce qui ma aidé à tenir le coup lorsque parfois le moral défaillait.
Pour conclure je fais mien un extrait de la déclaration du 11 janvier 2012  de Jacques Desallangre Député  qui va tout aussi bien pour l'armistice du 11 novembre que pour la date du 19 mars : « Comment penser le présent et envisager l'avenir si nous oublions progressivement d'où nous venons. En ne distinguant plus les choses, en confondant les conflits, on s'interdit d 'apprendre de notre histoire »
C'est le sens de ma lettre au Député Maire de Nice. Pour ne pas les oublier.

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