Aujourd'hui, « La Voix du Nord » publie un hors-série spécial sur la guerre d'Algérie. Il donne la parole à des historiens, des avocats, et bien sûr à d'anciens appelés qui ont vu de près l'horreur de ce conflit qui ne disait pas son nom. À l'image de Martial Du Buysscher, un habitant de Courchelettes qui a passé deux ans et demi en Algérie, entre 1960 et 62. Et voudrait que la mémoire de cette guerre soit transmise aux jeunes générations.

 

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Martial Du Buysccher (au premier plan) et Georget Bochinski, devant les panneaux de l'exposition.

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PAR ANNE-LISE TENEUL

douai@lavoixdunord.fr PHOTO SAMI BELLOUMI

Ça lui est venu comme ça, un jour. Le déclic. « Pour ma retraite, on m'a offert un livre sur l'Histoire du XXe siècle. » Les chapitres consacrés à la guerre d'Algérie retiennent toute son attention. « J'avais vécu tous ces événements en vrai, parfois en direct ! » Martial décide de se lancer dans la rédaction d'une biographie des événements de la guerre d'Algérie. Deux ans de travail et au final, 163 pages où se côtoient articles de presse, témoignages et photographies (dont bon nombre qu'il a prises lui-même lorsqu'il était soldat). Ses recherches lui ont aussi permis de réaliser une vingtaine de panneaux d'information consacrés à la guerre d'Algérie, que sa section d'anciens combattants expose à l'occasion. « Ce n'est pas un travail politique. Je ne prends pas parti. Je présente juste des informations, des faits. Je laisse le soin aux gens d'analyser. » Son opinion à lui, il n'en fait pas mystère : « Pourquoi tout ce gâchis ? Pourquoi nous envoyer là-bas, pourquoi mourir à 20 ans ? » Martial s'arrête sur la photo d'un jeune homme souriant. Lucien Simmonot. Son copain mort dans une embuscade en 1961. « Il est enterré à Honfleur. Je suis allé deux fois sur sa tombe. J'espère y retourner. » Après le cessez-le-feu, lorsqu'il a enfin retrouvé son foyer, Martial parlait peu de ce qu'il avait vécu. Comme beaucoup d'autres de ses camarades.

Aujourd'hui, il juge que la parole est nécessaire. « Cinquante ans après, on a le devoir de dire la vérité. De dire que tout ça aurait pu être évité. Moi, je trouve qu'il faudrait faire le procès des hommes politiques, qui n'ont pas été à la hauteur. » De ces élus « bien planqués à Paris » qui avaient à coeur de défendre leurs intérêts : compagnies maritimes, domaines viticoles... « On a sacrifié 27 000 jeunes soldats pour protéger leurs richesses. Ça, ça me révolte ! » Sur la torture aussi, pas de langue de bois : «  Bien sûr, elle a existé. J'ai vu des choses horribles. » Quant au sort des harkis, « que la France a abandonnés », il continue de lui serrer le coeur.

Comme Martial Du Buysscher, Georget Bochinski, lui aussi ancien combattant d'Algérie et porte-drapeau depuis 40 ans à la section de Courchelettes, estime nécessaire de raconter aux jeunes générations ce que fut « leur » guerre. De ce que fut le quotidien de ces milliers de jeunes Français appelés au combat. Les sorties en opération, les parties de foot contre les soldats des autres régiments, les soirées autour du transistor à écouter les informations... Martial se souvient aussi de l'incroyable confusion qui a régné lors du putsh d'Alger. Le jeune Nordiste, lui, a continué d'arborer à son revers le badge du général de Gaulle. « C'est à ce moment-là que je suis devenu gaulliste. Car pour nous sortir de ce merdier, il n'y avait que lui !

La Voix Du Nord

 

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