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A 75 ans, les souvenirs de Robert Létang restent instacts. Photos DR

Pour le cinquantenaire du Cessez-le-feu de la guerre d’Algérie, Robert Létang, vice-président départemental de Saône-et-Loire de la FNACA  et responsable du GAJE (Guerre Algérie Jeunesse Enseignement) habitant du Breuil, revient sur ce conflit qui a marqué sa vie.

À 75 ans, les souvenirs sont encore intacts. Robert Létang, habitant du Breuil, se souvient très bien de cette journée de février 1958. En rentrant des usines Schneider, dans lesquelles il exerce la profession de modeleur, sa mère l’accueille avec une petite feuille rose, déposée quelques heures plus tôt par les gendarmes. Il s’agit de sa lettre de convocation. Le départ pour l’armée est prévu pour dans 15 jours pour une durée de 18 mois.

« Vexé si je n’avais pas été appelé »

« À l’époque, je savais que j’allais être appelé, se rappelle Robert Létang, qui à l’époque habitait Montchanin. J’aurais été vexé de ne pas l’être alors que toutes mes connaissances partaient. Je n’ai pas eu peur, même si je ne savais pas trop ce qui allait a-75-ans-les-souvenirs-de-robert-letang-restent-instacts-ph.jpgse passer, car nous n’étions pas au courant des événements qui se déroulaient de l’autre côté de la Méditerranée. »

Le 1er mars est le jour du départ. Direction Belfort pour rejoindre le 35e Régiment d’infanterie. Pas vraiment un choix car un an plus tôt, lors du conseil de révision, il avait demandé à être incorporé en cas de besoin, dans l’armée de l’air ou au service infirmerie. Après six mois de formation en France, dont deux pour se spécialiser en radiographie, Robert Létang part pour l’Algérie.

Après une traversée en bateau sur le Djebel-Dira, son régiment débarque à Philippeville (aujourd’hui Skikda), sur la côte Est du pays. Envoyé à Oum Toub, à 100 km à l’intérieur des terres, il découvre ce qui est alors un département français. « Tout de suite, les enfants m’interpellent, explique-t-il. Ils vivaient dans une extrême pauvreté et étaient à peine habillés. Les familles n’avaient pas de table pour manger, pas de lit pour dormir. Si l’Algérie était française, on peut se demander ce que la France avait fait depuis la colonisation en 1830 ».

« Notre baptême du feu »

Mais le jeune homme, âgé de 19 ans, n’a pas vraiment le temps pour ces considérations. Sa mission est d’envoyer, de crypter ou de décrypter les messages du commandement. « Nous étions deux. Nous nous relayions jour et nuit, toutes les deux heures ». Dès ses premiers jours sur place, il se retrouve confronté à la réalité du terrain. « Nous étions harcelés par les “Fellouzes”, les rebelles. Nous entendions le bruit des balles toute la nuit. C’était notre baptême du feu. »

Dans le camp, la vie est dure. Les soldats dorment sur de la paille dans leur tente. La nourriture est tout juste « supportable ». En opération, la ration est composée de « café, de singe (du bœuf en gelée), et de maquereaux. Mais avec la chaleur, souvent insoutenable, je vous laisse imaginer l’odeur. »

Assez rapidement, en mai 1959, sa mission en Algérie va s’interrompre. Lors d’un déplacement, Robert Létang va se casser le bras. Il sera rapatrié en France les jours suivants. De retour au Creusot, vient le temps du silence. « Personne ne parlait de cette guerre. Le sujet était tabou ». Avec le recul, il juge cette guerre « inutile ». Quant aux tortures, il n’a jamais rien vu. « Mais par contre, je me rappelle souvent des cris des prisonniers ». Des cris restés gravés dans sa mémoire.

Quelques extraits d’un discours de Robert Létang

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La plaque  du 19 mars 1962 à Morey en juillet 2010

 

En déposant, à MOREY et avec l’accord de la municipalité, une plaque sur le monument aux morts rappelant les dates de la guerre en Algérie et celle du cessez-le-feu, la FNACA a adressé le double message du respect envers ceux ayant combattu et laissé leur vie en Afrique du nord et leur attachement à la date du 19 mars 1962, la seule qui vaille pour, chaque année commémorer ce conflit meurtrier.

 

Dès le début de son discours, Robert LETANG rappela que le choix de la date du 19 mars remontait  au 19 mars 1963 et signifiait une écriture correcte de l’Histoire encore aujourd’hui trop occultée ou déformée. Des cérémonies comme celle de ce samedi contribuent  près de 50 ans après à officialiser cette date.

Poursuivant, l’orateur remercia l’ensemble des présents en premier lieu le Maire et l’ensemble de son conseil municipal ainsi que la section FNACA d’ECUISSES très active dans son action au profit du devoir de mémoire. Rappelant qu’en 2009, 32 lieux rappelant  la date du 19 mars ont été inaugurés dans notre département portant leur nombre à environ 600.

Il indiqua que la FNACA n’abandonnerait jamais la date du 19 mars 1962 avec cette phrase forte de sens : « Pour nous, il ne s’agit pas de  fêter une victoire ou une défaite, mais simplement de commémorer le souvenir des morts en Afrique du Nord. » Il rappela que la date du 5 décembre avait été choisie de manière arbitraire par le Président de la République en 2003 (Jacques CHIRAC) et n’était lié à aucun fait historique. Il indiqua ensuite, que 9 français sur 10 sont attachés au maintien de la date du 19 mars et soutiennent ainsi dans leurs démarches les 350 000 adhérents de la FNACA au plan national parmi lesquels 9200 « Saône-et-Loiriens ». Il poursuivit en précisant que dans notre département, 552 municipalités  dont MOREY sur 573 ont adopté le vœu de la FNACA demandant la reconnaissance officielle de la journée du 19 mars 1962, ni fériée, ni chômée évidemment

« La vérité n’accepte pas d’être arrêtée par une quelconque frontière ». Ajouta Robert LETANG.

Il ne nia pas les abominables règlements de comptes qui ont succédé au cessez-le-feu et a évoqué le rôle de l’OAS curieusement ignorée par les détracteurs de la FNACA qui unit elle, toutes les victimes y compris les harkis littéralement persécutés au lendemain de la fin du conflit..  La FNACA de Saône-et-Loire est à l’origine de l’érection à Blanzy-Montceau  du mémorial ou figure les noms des quelques 200  morts que le département a connu en AFN.

Il conclu en précisant que beaucoup de contre-vérités avaient été associées au conflit qui aura duré  7 ans, 4 mois et 18 jours, soit 89 longs mois de combats meurtriers qui firent 30000 morts et 300000 blessés soit une moyenne journalière de 11 sacrifiés.

Il  précise qu’ « exercer notre devoir de mémoire ce n’est pas  réécrire l’Histoire, c’est aider la nation à se forger une conscience »

Des commentaires

 

Guerre d'Algérie

Comme beaucoup de jeunes gens j'ai effectué mon service militaire et incorporé le 7 janvier 1957 en Allemagne à Donaueschingen (le Danube y prend sa source) et Radolfzell sur les bords du lac de Constance. J'y ai effectué mes classes et puis un stage de radiotélégraphiste. Six mois après j'étais à Alger embarqué sur le "ville de Tunis". Comme les copains j'avais peu d'informations sur cette fameuse guerre c'est en débarquant à Alger que le décor a changé! Partout des militaires mêlés aux civils voitures blindées circulant dans les rues, patrouilles, sentinelles montant la garde aux endroits stratégiques entourés de murs fait de sacs de sable. Bref assez impressionnant. Je n'ai jamais entendu tiré un coup de feu dans cette ville mais il est vrai que je n'étais que de passage. Je n'ai pas connu le massacre des civils par l'explosion des bombes placées dans les bars et cafés par le FLN. J'ai passé 22  mois  en petite Kabylie. Je n'ai jamais vu de tortures et suis revenu indemne.

Icar

 

Guerre inutile

Mon père a fait cette guerre aussi, il n'est plus là pour en parler. Lui avait été incorporé chez les parachutistes, formation de 6 mois à Bayonne et départ à Alger, la veille de ses 19 ans, il y est resté 2 ans je crois. Cette guerre et les horreurs qu'il a dû voir l'ont marqué à vie et sa vie d'adulte, de mari et de père en a été bouleversée. Je me souviens du corned beaf que lui aussi appelait du singe, je me souviens de ses cauchemars qui l'ont hanté jusqu’à sa mort, je me souviens de son état dépressif comblé éphémèrement par la prise d'alcool pour oublier ses visions, je me souviens de sa haine envers le colonel Bigeard... je me souviens des tas d'horreurs qu'il revivait dans ses tourments... Cette guerre fut une horreur pour les Algériens et pour les appelés qui en sont revenus, sans aucun soutient psychologique, sans aucune reconnaissance et surtout avec des consignes de ne rien dévoiler des crimes dont ils avaient pu être témoins. Guerre inutile, casse-pipe disait mon père.

Jmlespagne

 

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