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Le 10 juillet 1940, Pétain demandait au Parlement de mettre fin à la République. Bien sûr, la demande n'était pas rédigée ainsi. Le héros de 1918 — vingt-deux ans plus tôt — avait travesti sa demande. Il a sollicité du Parlement les pouvoirs constituants, afin de rédiger une nouvelle constitution qui serait approuvée par de nouvelles assemblées. En réalité, fort de ce vote, il a, le lendemain, pris tous les pouvoirs. Seuls quatre-vingts parlementaires ont voté non. Le Comité est né de la volonté de Jean Marielle pour leur rendre hommage. Plus tard, les parlementaires qui avaient quitté la France pour l'Afrique du Nord où le combat pouvait continuer, ont été associés à cet hommage.

Outre la cérémonie annuelle du 10 juillet à Vichy qui a désormais pris un éclat particulier depuis que le Président de l'Assemblée nationale et le Président du Sénat la président alternativement, le Comité entretient la mémoire de ces parlementaires. 

Christophe POMMERAY

Secrétaire général 

du Comité en l'honneur des quatre-vingts parlementaires

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Cérémonie du 10 juillet 2013

Une journée d’hommages

La tradition instaurée en 2009 a été respectée : le président de l’Assemblée nationale est venu, à Vichy, rendre hommage aux parlementaires du 10 juillet 1940 dans le cadre d’une journée d’hommages et en présence de nombreuses personnalités. La journée d’hommages a commencé par un déjeuner à la sous-préfecture de Vichy où la conversation a, pour l’essentiel, porté sur l’événement historique du 10 juillet 1940 alors que quatre-vingts parlementaires s’opposèrent, par leur vote mais en vain, à la dévolution des pleins pouvoirs constituants à Pétain. Charles de Courson, député de la Marne, a évoqué son histoire familiale puisque son grand-père maternel, Léonel de Moustier, est un des quatre-vingts, souvent désigné comme « le seul député de droite » parmi eux. Gérard Charasse a quant à lui rappelé l’historique de cette commémoration, d’abord timide puis gagnant en importance avec la visite de Michel Rocard, premier ministre, en 1989. Vingt ans après, sous l’implusion du député de Vichy, s’instaurait la tradition d’une alternance de présidence de cette manifestation entre le président de l’Assemblée et celui du Sénat, tradition que Gérard Charasse a inaugurée  avec Bernard Accoyer et Gérard Larcher et que perpétue aujourd’hui l’actuel président de l’Assemblée. En sortant de la résidence de madame Balussou, sous-préfète de Vichy,  les personnalités marquaient un arrêt à la stèle présente devant l’hôtel du Parc ou un gerbe était déposée par le président de l’Assemblée avec William Athlan et Hubert Peretz, respectivement président de l’Association cultuelle israélite de Vichy et de ses environs et président du centre culturel Anne Frank. Après ce premier moment de recueillement commençait la cérémonie d’hommage aux quatre-vingts. Après des dépôts de gerbes, dont celle des députés de l’Allier, les discours se succédaient. Par la suite, le cortège se rendait à Bellerive-sur-Allier où a été inauguré un square des quatre-vingts parlementaires. La journée des membres du Comité devait se finir par l’assemblée générale de l’association tenue à la mairie de Vichy, laquelle, après avoir entendu le rapport d’étape d’Audrey Mallet, titulaire de la bourse de thèse Jean Marielle pour 2012, devait décider de reconduire cette bourse pour 2014.

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Les quatre-vingts premiers résistants

Discours du 10 juillet 2013

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Président du Comité pour l’hommage aux 80 parlementaires,
Mesdames Messieurs les Élus,
Mesdames et Messieurs,

C’est un grand honneur de vous recevoir, Monsieur le président de l’Assemblée Nationale, pour rendre hommage aux parlementaires qui ont eu l’immense courage de refuser de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940.
A cette époque, la plupart des journaux importants ont dû cesser leur publication, et ceux qui restaient, relayaient la propagande du gouvernement Pétain. Le 18 juin 1940, le Matin titrait « La France doit mettre bas les armes ». Le 1er juillet, l’éditorial du Figaro affirmait que « Dans la France blessée, des forces se raniment, qui sont celles mêmes auxquelles le maréchal Pétain fait appel ». Cette reprise en main des médias a permis aux nostalgiques de l’Ancien régime, comme aux partisans de l’Ordre nouveau, de dénoncer le "relâchement des années trente" et d’appeler au "redressement national" au prix d’une soumission aux régimes totalitaires, d’une négation des valeurs de la République.

Ce contexte nous permet de mesurer combien héroïque fut cet acte de résistance. Ils ont dit non à l’inacceptable, refusé la lâcheté et la soumission, et n’ont répondu qu’au seul appel de leur conscience. Et nous savons qu’ils ont payé cher, parfois de leur vie, la défense d’un idéal républicain, démocratique, d’une certaine idée de la France.
Exemplaires et clairvoyants ces parlementaires ont affirmé leur défiance envers un pouvoir autoritaire qui enterrait la représentation nationale, piétinait les droits des citoyens français et les droits de l’homme les plus élémentaires.
C’est l’honneur du parlement que ces quatre-vingts parlementaires ont brandi haut et fort, et au-delà, l’honneur de notre pays.
C’est cet héritage que nous avons le devoir de préserver.

Aujourd’hui un fossé s’est creusé entre la représentation nationale et nos concitoyens, fossé qui dénote une défiance de la population envers ceux qui la représentent.
Le contrat social qui repose sur un accord implicite, « les gouvernés d’un jour doivent être les gouvernants de demain », semble lointain.

Préserver cet héritage , c’est avant tout, pour nous élus, combler cette fracture.
C’est créer ou recréer un lien de confiance avec nos concitoyens.
C’est protéger tous les lieux d’exercice de pouvoirs locaux, au plus proche des habitants.

Préserver cet héritage, C’est développer les droits des citoyens, leur permettre de contrôler les décisions prises en leur nom.
C’est aussi résister aux puissants lobbies industriels, économiques ou financiers et mettre le bien commun au cœur de notre action.

La démocratie rénovée ne peut grandir que dans une République exemplaire et c’est ce à quoi nous devons nous attacher tous ensemble sous votre Présidence, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale et sous celle de Jean-Pierre BEL, Président du Sénat.

Je vous remercie.

Mireille SCHURCH

Sénatrice de l’Allier

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Voici le discours prononcé ce même jour par le Président de Vichy Val d’Allier, Jean-Michel GUERRE lors de l’inauguration du square des 80 parlementaires à Bellerive-sur-Allier :

Monsieur le président de l’Assemblée nationale, Mesdames, Messieurs les parlementaires et élus d’Auvergne, Mesdames, Messieurs les représentants du Comité des 80 et Mesdames, Messieurs les présidents d’associations, Chers concitoyens, chers amis,

Il y a soixante- treize ans, la Troisième République vivait ses derniers instants. Dix-huit jours après un armistice honteux mis en scène à Rethondes par le maître absolu de l’Allemagne nazie, notre démocratie était jetée aux orties par une très large majorité de ceux qui avaient été élus pour la servir et la défendre !

En votant dans un incroyable chaos, parfois même sans s’en rendre compte, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, 569 députés et sénateurs signaient le plus sanglant des chèques en blanc à celui qui, durant quatre longues années, serait le serviteur servile et zélé de l’Occupant, allant au-delà même de ses attentes pour piétiner les valeurs fondamentales de notre République.

Ils n’étaient que quatre-vingts en ce 10 juillet 1940 à dire non à ces pleins pouvoirs donnés à un seul homme. Et parmi ces quatre-vingt, Marx Dormoy, Eugène Jardon et Isidore Thivrier, parlementaires de l’Allier, décidément terre républicaine.

Ils n’étaient que quatre-vingts à ne pas se résigner, à croire en une autre voie pour sortir de la débâcle dans laquelle la France s’enfonçait.

Ils n’étaient que quatre-vingts à rejoindre dans le même courant de pensée les de Gaulle à Londres, Jean Moulin, Pierre Mendès-France, Jean Zay et Alexis Wiltzer à bord du Massilia - parmi d’autres dans ce qui allait devenir la Résistance avec un grand R. Les armes remplaceraient les idées et les mots dans le vide d’une institution privée de son expression démocratique.

Oui, c’est dans l’enceinte de l’opéra de Vichy – ville qui n’avait pas choisi d’accueillir ce gouvernement et qui en porte encore injustement les stigmates - que s’est jouée l’une des tragédies les plus sombres de notre histoire contemporaine.

Merci au « Comité des 80 » de perpétuer chaque année la mémoire de ces hommes qui connaîtraient pour beaucoup par la suite la torture, la prison, la mort…

Ils doivent continuer d’être pour nous tous des exemples, des consciences. Ils doivent nous guider dans la vigilance impérative qui doit être la nôtre face à toute dérive constitutionnelle. Une petite poignée de voix peut suffire à détourner un texte de son essence démocratique !

Car oui, la République est fragile ! Avant ce 10 juillet 1940, elle avait succombé au coup d’État du 2 décembre 1851 orchestré par le futur Napoléon III. Après, elle a vacillé encore dans le tourment de la Guerre d’Algérie. Attention : les tentatives totalitaires ne meurent pas ! Elles sont d’autant plus perfides quand elles sont suscitées par la voie parlementaire elle-même…

Le 10 juillet 1990, à l’occasion du cinquantenaire du vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, le gouvernement avait délégué Jean Poperen, alors Ministre chargé des relations avec le Parlement. Vous me permettrez aujourd’hui de le citer : « L’institution parlementaire, comme la liberté elle-même, dont elle est un des moyens d’expression, nous en avons mesuré le prix quand nous l’avions perdue. C’est pourquoi, ceux qui ont une responsabilité politique nationale – gouvernement, parlementaires – doivent avoir à cœur de la préserver de ses propres défauts, c’est à dire les leurs ! ».

Voilà bien le délicat et périlleux exercice d’une République dont les serviteurs se doivent d’être irréprochables.

Il y a un peu plus de vingt ans, Jean Poperen poursuivait : « Honneur pour la République, dont cette terrible journée (le 10 juillet 1940) nous rappelle que ses ennemis ne désarment jamais et qu’il nous faut toujours la défendre. Car c’est bien d’elle qu’il s’agissait : il fallait que la guerre soit perdue pour que la République fût abattue. « Étrangler la gueuse !, disaient certains ». D’autant plus étranglée la République que les lois du printemps 36 avaient donné chair au vieux rêve du 19ème siècle : la « République Sociale » ! Ce nouveau « printemps des peuples », certains chez les puissants de la Société, ne l’avaient pas pardonné ! ».

Combien de règlements iniques, combien de mesures discriminatoires, combien d’abandons et de trahisons aux fondements de notre nation auront-ils lieu du 10 juillet 1940 jusqu’au Gouvernement provisoire de la France de 1944 ?

Dès l’obtention des pleins pouvoirs, Philippe Pétain et ses ministres allaient transformer la France, jadis terre d’asile, en un pays infréquentable pour toutes les diversités qui en avaient fait sa richesse.

Dès le 15 juillet, c’est une loi relative à la procédure de déchéance de la qualité de Français. Le 17 juillet, les citoyens français nés de père étranger n’ont désormais plus le droit d’exercer un emploi dans l’administration. Le 22 juillet, c’est une loi portant sur la révision des naturalisations qui est promulguée.

Le 27 juillet, c’est la création d’une Commission chargée de réviser les naturalisations effectuées après 1927. Le 13 août, une loi dissout les « sociétés secrètes », les obédiences maçonniques étant les premières visées. Le 27 août 1940, la loi Marchandeau réprimant la diffamation raciale est abrogée.

Le 27 septembre, une loi relative à la « situation des étrangers en surnombre dans l’économie française » est promulguée. Rapidement, dès lors, en zone non occupée, plus de 40 000 travailleurs étrangers sont regroupés dans des camps de travail forcé, sous la surveillance des gendarmes.

Le 3 octobre, c’est la promulgation de la première loi portant statut des Juifs de France, suivie, le 4 octobre, d’une loi complémentaire sur les ressortissants étrangers de « race juive ». Le 7 octobre, le gouvernement abroge le décret Crémieux du 24 octobre 1870, qui attribuait la nationalité française aux juifs d’Algérie, lesquels sont désormais réduits au statut de l’indigénat. Ce premier trimestre d’activité du pouvoir était bien rempli !

Le pire était à venir…

A Bellerive ce jour, honorés et fiers de la présence de Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, pour leur rendre avec vous cet hommage, les « 80 » trouvent sur cette rive de l’Allier un square à leur mémoire.
Un lieu soulignant leur courage, prolongeant aux regards d’aujourd’hui leur insoumission à toutes les formes de barbaries.
La paix peut régner là où les droits sont respectés, là où les peuples sont nourris, là ou individus et nations sont libres.
Les 80 ont résisté, regardé différemment, souvent sans complaisance malgré l’intensité de leur souffrance ou de leur solitude.
Car tous ont voulu l’amélioration de la condition des autres avant de se soucier de la leur.
Éveillés à la liberté.
L’esprit de la République est là.
Ils en sont l’exemple, ils sont nos exemples.

Je vous remercie.

Jean-Michel GUERRE

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En cliquant sur le lien ci-dessous vous pourrez voir les noms de ces 80 parlementaires et la biographie des plus connus :

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/reperes/les-80-parlementaires-n-ayant-pas-vote-les-pleins-pouvoirs-le-10-juillet-1940.php

 

 

 

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