A Castres : interview de Kader Arif : "Je reviendrai à Castres le plus tôt possible"

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  Kader Arif a fait un parcours fulgurant au sein du PS. Aujourd'hui, il en recueille les fruits./Photo DDM.

Kader Arif a vécu toute son enfance et adolescence à Castres. Il a été nommé ministre du gouvernement Hollande, chargé des Anciens combattants et de la Mémoire. Rencontre.

Le Castrais Kader Arif a été nommé ministre des Anciens combattants au sein du premier gouvernement Ayrault. Il devrait être logiquement reconduit ce jour dans ses fonctions au lendemain des élections législatives aux cours desquelles il a été élu dans la 10e circonscription de Haute-Garonne. Il nous a accordé une interview.

Quels sentiments au moment de votre nomination ?

Un sentiment d'émotion au regard de ce qui est ma vie. Moi, Midi-Pyrénéen, Haut-Garonnais aujourd'hui, enfant de Castres née en Algérie dont les parents étaient analphabètes. Parents que j'ai perdus. Le premier sentiment fut évidemment à leur mémoire. Ensuite, j'ai songé aux instituteurs de la République, les profs que j'ai pu croiser, les éducateurs dans le domaine sportif… tous ceux qui ont fait de moi ce que je suis devenu. Et en même temps, forcément, une certaine fierté, d'être dans le gouvernement de la République et d'avoir reçu cet honneur du Président Hollande et de son Premier ministre. Au global, ce sentiment que la République c'est tout de même quelque chose d'extraordinaire, de formidable.

Première pensée ?

Pour mes parents, puis pour ma famille au sens large. Et enfin pour les femmes et les hommes que j'ai pu croiser. Quels que soient les talents que l'on s'attribue, les qualités que l'on souhaite revendiquer, tu n'es jamais que le fruit d'une histoire collective. Heureusement qu'à un moment donné des gens t'ont tendu la main, t'ont permis d'apprendre, de comprendre, de sentir les choses… Et ils sont nombreux.

Ministre délégué aux Anciens combattants… il n'y a pas un soupçon de déception ?

Absolument pas. Lorsque la République vous honore, il ne peut pas y en avoir. La formation d'un gouvernement, c'est aussi une équation à plusieurs inconnues: parité respectée, origines culturelles, sociales, géographiques, politiques, respectées. Le ministère où je me trouve, c'est un ministère régalien, celui de l'armée et de la Nation, d'une idée de la France, de la Mémoire aussi, du lien entre l'Histoire et le présent. J'ai en charge toute la question des anciens combattants, celle des rapatriés, des anciens harkis des réservistes, de la Mémoire en général…

Vous évoquez les anciens harkis. On arrivera un jour à apurer ce dossier ?

Je crois qu'il y a là un travail important à réaliser, pour ne plus rester dans les stigmates du passé. Il faut que l'on regarde ce que fut notre passé, avec transparence, lucidité. Voir les éventuels manquements qui ont eu lieu en particulier à l'égard de cette communauté et en même temps s'inscrire dans l'avenir. Ne pas laisser s'enliser une 2e, 3e, 4e, Xe génération dans une histoire qui a été douloureuse, violente, compliquée. Il faudra aussi résoudre la question du 19 mars 62 par la concertation.

Au-delà, vos dossiers prioritaires ?

Il va y avoir deux grands événements : la préparation, déjà lancée, du centième anniversaire du début de la Guerre de 14 et celle du 70e anniversaire du débarquement de juin 1944. Sans oublier tous les dossiers «anciens combattants», qui concernent aussi les hommes et femmes qui ont représenté la France sur divers théâtres d'opérations plus récents dont l'Afghanistan.

À quand le ministre castrais à Castres ?

Le plus tôt possible. Notamment pour saluer le « 8 »… Je reviendrai «chez moi» avec d'autant plus de plaisir qu'au lendemain de ma nomination j'ai reçu de nombreux retours d'affections et d'amitiés. Du fait que nous appartenions quelque part à une sphère commune, j'ai ressenti en eux beaucoup de fierté.


Un enfant élevé à Castres

Kader Arif a 52 ans. Marié à une Castraise, il est père de deux enfants. Avant d'être nommé ministre, il était député européen. Né en Algérie (alors encore département français) le 3 juillet 1959, Kader Arif est arrivé en France alors qu'il n'avait que 6 ans. Il a passé toute son enfance et sa prime jeunesse à Castres, notamment dans le quartier de Lardaillé, avant de rejoindre Toulouse pour y poursuivre ses études. Il a pratiqué le rugby au sein de l'école du CO. Entré au Parti Socialiste en 1983, il commence à travailler pour Lionel Jospin à partir de 1989.

Recueilli par Serge Boulbès.

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