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Le président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO) ne sera pas du voyage en Algérie. Il nous explique son désappointement sévère vis-à-vis du président Hollande.

- Qu’attendez-vous de la visite du président Hollande en Algérie ?
Un président responsable a succédé à un chef de l’Etat qui s’est révélé un militant actif de la cause coloniale et affiché comme le plus décomplexé de la Ve République à propos de l’histoire contemporaine de la France en Algérie. François Hollande a été préparé à un regard pondéré sur la guerre d’Algérie, se situant à mi-distance entre le parti du joug colonial et celui de l’émancipation libératrice. On ne pouvait donc attendre de lui qu’un discours enfin apaisant, tenant compte, sans exclusive, de la diversité des vécus et des souffrances, mais respectueux en priorité des valeurs et principes fondateurs de nos institutions. Après huit mois d’exercice de la magistrature suprême, une réalité s’est cependant imposée : la perspective du changement s’éloigne.

- Quel est l’événement qui vous permet de dire cela, alors même que le chef de l’Etat vient de prendre position sur le 17 Octobre 1961 ?
C’était, certes, un présage heureux. Mais plusieurs événements ont contrarié cette espérance avec d’abord, le 21 octobre, la réaffirmation par Laurent Fabius que la visite du Président ne donnerait pas lieu à l’expression de sentiments de repentance concernant le passé colonial, alors que les Algériens n’aspirent pas à la contrition française, mais à la reconnaissance du fait colonial. Ensuite, le 20 novembre à Fréjus, au Mémorial des guerres d’Indochine, ce fut l’éloge de Marcel Bigeard par deux ministres en présence d’un membre du Conseil constitutionnel contrevenant là à son obligation de réserve, s’agissant d’une cérémonie partisane dédiée à la gloire d’un militaire dont la carrière a été ternie par le commandement, en Algérie, d’une unité pratiquant la torture. Enfin, le 29 novembre, l’annonce par le chef de cabinet de la Présidence selon laquelle l’adoption du 19 mars comme journée nationale de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie ne ferait pas disparaître la journée du 5 décembre en hommage aux «Morts pour la France» en AFN prévue par un décret de 2003 : fâcheuse conception du respect du travail parlementaire !

- Voulez-vous dire qu’il y a un double discours de la part du nouveau pouvoir ?
La balance continue à pencher du côté de la «nostalgérie» et le camp républicain peine à faire contrepoids. Des signes existent : par exemple, le déni sur les circonstances de la mort de Maurice Audin ; le refus du ministre délégué aux Anciens combattants de recevoir l’Anpromevo, porteuse depuis le 28 juin dernier, avec l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, d’un mémorandum pour une nouvelle gouvernance des mémoires publiques de la guerre d’Algérie et une harmonisation durable des relations entre les Etats français et algérien  ; pour couronner le tout, la mise à l’écart, sans ménagement, de ma candidature à une participation à la délégation présidentielle.

 - Qu’aviez-vous l’intention de faire à Alger ?
 
D’abord, cinquante et un ans après son assassinat par l’OAS, aller à la rencontre, si possible, des collègues algériens ayant succédé à mon père à la tête des services de sécurité publique du Grand-Alger ; ensuite et surtout convaincre les autorités compétentes d’accueillir dans votre capitale une stèle dédiée à l’ensemble des personnes tombées sous les coups de l’OAS de part et d’autre de la Méditerranée, sur le modèle du monument dévoilé par le maire de Paris, le 6 octobre 2011, au cimetière du Père-Lachaise ; mais aussi obtenir la coopération des services des deux Etats en vue du dénombrement et de l’identification de ces victimes ; par ailleurs apprendre aux jeunes Algériens que les actes de guerre commis sur leur terre l’ont été notamment par des Français contre d’autres Français, par des déserteurs de l’armée française contre des militaires, des magistrats et des fonctionnaires civils restés fidèles à la République ; enfin, dans un autre ordre d’idées, améliorer l’accessibilité aux visas des Algériens descendants, comme moi, de combattants morts pour la France.

_ A quoi attribuez-vous vos difficultés à faire passer, en France, un message légitime ?

 D’une part, l’influence politique que la mouvance nostalgérique exerce sur la représentation nationale à partir du Midi de la France ; d’autre part, la tendance de tout gouvernement à l’électoralisme. Idéologie et opportunisme peuvent s’accorder au mépris de l’intérêt général, de la vérité historique et des risques d’atteinte à la concorde républicaine. Mais il faut également compter avec la toute-puissance du «lobby militaire», suffisamment efficace pour obtenir des privilèges, y compris en période de crise. Il a l’expertise voulue pour convaincre les gouvernants que l’armée n’a jamais failli à l’honneur et constitue toujours le dernier rempart de la civilisation.

 - Pour poser les premiers jalons de la réconciliation, quels sont les mots forts que pourrait prononcer François Hollande et qui seraient entendus des deux côtés de la Méditerranée ?

A minima, l’on doit attendre qu’il proclame que le temps de la promotion de l’œuvre civilisatrice de 132 années de présence française en Algérie appartient au passé, comme celui de la réhabilitation de l’OAS et comme celui, aussi, de l’acceptation du révisionnisme.
Notre Président serait fondé à ajouter qu’alors que s’achève l’année du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, de nouvelles règles de vie et d’échanges doivent être mises en œuvre, fondées sur une histoire commune assumée, des mémoires assagies et des stratégies de développement où les hommes soient au centre des choses.

Walid Mebarek

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