MON PREAMBULE

Un courrier envoyé par la présidence de la République à plusieurs associations de Nostalgiques du Colonialisme et ce même courrier reçu par la FNACA révélait notamment :

"Monsieur le Président

Le Chef de l’Etat a pris connaissance avec attention de la correspondance que vous avez souhaité lui faire parvenir, s’agissant de la mémoire de la Guerre d’Algérie

Vous le savez, à l’initiative du Parlement, une loi relative à la reconnaissance du 19 mars comme journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc a été adoptée le 8 novembre dernier.

Le Président de la République m’a confié le soin de vous assurer que cette proposition de loi, pour laquelle le Gouvernement s’en est remis à la sagesse du Parlement ne revêt aucun caractère polémique, n’a pas pour effet d’abroger le date du 5 décembre, et ne saurait en aucun cas occulter le souvenir des drames survenus au lendemain du cessez-le-feu proclamé le 19 mars 1962".

"Non Monsieur le Président de la République, la guerre d’Algérie ne peut pas avoir plusieurs dates de commémorations, la première guerre mondiale n’a qu’une seule date commémoration le 11 novembre 1918 alors que 1.315.000 soldats français sont décomptés morts soit 27-28% des 18-27 ans, alors que 541.000 victimes françaises sont décomptées pour la seconde guerre mondiale qui n’a qu’une seule date de commémoration le 8 mai 1945.

Conserver deux dates de commémorations officielles et nationales pour la guerre d’Algérie serait démontrer que, pour des raisons politiciennes, avec des arrières pensées électorales vous caressez dans le sens du poil les nostalgiques du colonialisme.

Michel Dandelot"

    

25 décembre 2012 Par Henri POUILLOT

Ce voyage avait suscité un formidable espoir d’un changement enfin radical avec les politiques antérieures. Certes le Président de la République a fait un geste très symbolique en allant se recueillir sur la place Maurice Audin, il a émis une critique sur le colonialisme, mais pas une condamnation.

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Après une campagne électorale où le slogan "Le Changement, c’est Maintenant" était sans cesse martelé, où le candidat président avait réalisé un geste symbolique le 17 octobre 2011, et eu parfois, dans le passé, quelques expressions qui semblaient condamner le colonialisme, de très grands espoirs étaient nés dans la perspective de ce voyage officiel en Algérie.

Certes, le 17 octobre 2012, un communiqué laconique de 3 phrases du Président de la République rompait avec le silence de plus de 50 ans sur ce massacre. Mais déjà par la manière dont cette expression était faite (en retrait avec l’engagement pris l’année précédente avec la signature sur Médiapart de la pétition demandant la reconnaissance et la condamnation de ce crime d’État) et les termes qui furent employés on pouvait craindre que ce voyage resterait avec un goût d’inachevé.

Déjà à l’occasion du 50ème anniversaire de la fête de l’indépendance algérienne ce fut le silence total, quasi méprisant.

Il faut reconnaitre les nouveaux aspects positifs de ce voyage qui tranchent singulièrement avec les positions officielles précédentes : il y a une avancée sur la contestation du colonialisme, sur les massacres de la période du 8 Mai 1945 à Sétif / Guelma / Khératta,... sur la question de la disparition de Maurice AUDIN, sur la Guerre d’Algérie...

Mais sur ces divers points, il y a comme un goût d’inachevé, de demi-mesures.. ; et, en même temps des positions, des gestes... qui restent dans le droit fil du sarkozisme, qui vont dans un sens totalement opposé à une volonté d’aller vers un réel traité d’amitié entre les peuples français et Algérien.

Reprenons les divers points sur lesquels un pas positif a été fait :

 Sur le 17 octobre 1961 : les 3 phrases diffusées le 17 octobre 2012 pour la "reconnaissance" de ce massacre l’ont été au dernier moment, seulement quelques instants avant le rassemblement commémoratif du Pont Saint Michel, seulement par un communiqué laconique transmis par le canal de l’AFP. Cette façon de faire manifeste d’un certain mépris à l’égard des militants des organisations constituant le "Collectif du 17 octobre". En effet ceux-ci ont attendu sur le trottoir devant l’Élysée pendant plus d’une heure, et ce, sans pouvoir être reçus : ils n’ont appris le contenu de cette déclaration que par les médias. Ce communiqué "oublie" de reconnaitre qu’il s’agit d’un crime d’État. Il a été diffusée en catimini, sans le geste symbolique qu’aurait mérité l’importance d’un tel fait.
 Sur le colonialisme : Le Président a déclaré : "Je reconnais les souffrances infligées par la colonisation". Certes ce n’est plus l’expression de la loi du 23 février 2005 qui voulait imposer aux professeurs d’enseigner que le colonialisme institué par la France, en particulier au Maghreb, était positif. Certes il a reconnu que pendant les 132 ans "l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste, brutal et destructeur". Mais ce système n’a pas été seulement "injuste, brutal..." ce fut un système criminel où les tortures, les enfumades, les répressions sanglantes, les exécutions sommaires étaient des pratiques courantes même avant le déclenchement de la Guerre de Libération, où, là, le paroxysme a été atteint...
  Au sujet du 8 Mai 1945 : Il faut se souvenir qu’entre Sétif, Guelma, Khératta...la répression fit des dizaines de milliers de morts dans cette région, un crime d’État fantastique. A ce sujet, le Président a estimé que "la France a manqué à ses valeurs universelles". Déjà en 2005, quelques jours avant le 60ème anniversaire de ce massacre, l’Ambassadeur de France en Algérie et son Ministre Michel BARNIER, par sa confirmation de la veille, un test avait été lancé en déclarant qu’il s’était agi "d’une tragédie inexcusable". A l’occasion de ce 60ème anniversaire, j’avais été invité pour participer au colloque organisé par l’Université de Sétif ce 8 Mai 2005 à l’occasion de ce tragique anniversaire. Je me suis exprimé de cette tribune pour
déclarer : "l’expression d’une tragédie inexcusable est notoirement insuffisante, il faut dire qu’il s’agissait de crimes condamnables et qu’il fallait les condamner comme tels". Ces propos soulevèrent une ovation dans l’amphithéâtre plein à craquer. Les termes employés par le Président François Hollande ce 20 décembre 2012 restent donc très insuffisants, à la limite du mépris.
 Sur Maurice Audin : Certes 3 jours avant son voyage en Algérie, le Président de la République a enfin transmis une réponse à Josette Audin quant à la lettre qu’elle lui avait adressée le 6 Août précédent. Une promesse lui a été faite de lui transmettre prochainement le contenu officiel des archives concernant la disparition de son mari.

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On peut douter qu’elles apportent beaucoup d’informations : il est fort probable que l’armée ait expurgé, à l’époque, toute trace "compromettante" (par exemple j’ai eu confirmation que le fichier des Algériens passés par la Villa Susini dans la période où j’y étais présent, juste avant la fin de la Guerre d’Algérie, a été dispersé dans le parc de la villa le 20 mars 1962, et donc, qu’il n’y a plus d’archives). Par contre, des officiers de renseignements, encore vivants, qui étaient à Alger à cette époque (Maurice SCHMITT, Paul AUSSARESSES, Yves de la BOURDONNAYE-MONTLUC,...) savent exactement comment s’est passée la disparition de Maurice Audin : accepteront-ils de dire la vérité ou continueront-ils à se taire pour "l’honneur" de l’Armée ? Des témoins encore vivants que l’on peut identifier dans les archives de l’Armée pourraient être interrogés. Le document du Colonel Yves Godard retrouvé par Natalie FUNES donne des pistes. Ne serait-il pas possible de lancer une enquête parlementaire à ce sujet (les procédures juridiques classiques, du fait des amnisties, ne pouvant aboutir) ? Le geste de François Hollande d’inaugurer la nouvelle plaque honorant Maurice AUDIN sur la place qui porte son nom est un symbole fort. Espérons qu’il sera suivi d’une réelle volonté politique pour aboutir dans ce domaine et permettre d’aller jusqu’à la conclusion. Sinon, cela resterait une demi-mesure.
 Sur la Guerre d’Algérie. Un geste symbolique du Président François Hollande fut le dépôt d’une gerbe, le jeudi 20 décembre, au Monuments aux Martyrs de la Guerre de Libération. Certes la torture a été dénoncée au cours de ce voyage, mais les viols, les villages rasés au napalm, les conséquences des essais nucléaires dans la région de Régane, les centres d’internement pudiquement appelés centres de regroupement, les crevettes Bigeard, les corvées de bois,... tous ces crimes contre l’humanité ont été passés sous silence.

Certes, sur ces points, une avancée positive a été faite, et il est évident qu’avec le Sarkosisme elles n’auraient pas été faites, mais elles ne sont pas satisfaisantes parce qu’elles ne sont pas à la hauteur de la réalité historique de cette période. Des crimes doivent être reconnus comme des crimes et condamnés.

Est-ce le passé de François Hollande qui justifie autant d’ambiguïté ?

On sait que son père s’est présenté à des élections avec une étiquette d’extrême droite, qu’il fut pour le moins sympathisant de l’OAS... L’héritage de la SFIO qui a eu tant de responsabilité dans la poursuite du colonialisme, et en particulier dans la Guerre d’Algérie semble toujours peser lourd dans les prises de position du PS dont certains membres semblent garder une certaine nostalgie. Je ne citerai que 2 exemples sur ce point :
 Pendant son mandat de premier secrétaire du PS, j’avais interpellé François HOLLANDE, en 2007, au sujet de
l’affaire Théodore BALALAS (dit Théo) alors révélée dans la presse. Ce personnage avait été condamné pour son activité à l’OAS. A Marseille, il avait créé "Ordre Nouveau", puis le "Front national" avant de rentrer au Parti socialiste, sur l’intervention de Gaston DEFERRE. Depuis, il était toujours responsable, au PS des Bouches du Rhône, du recrutement. A chaque fois où Jean-Marie Le PEN descend à Marseille, les 2 compères se retrouvent au restaurant. J’ai bien eu l’accusé de réception de mon intervention, mais aucune réponse, sauf le constat que ce personnage avait conservé toutes ses responsabilités !!!!
 A Ris-Orangis, le maire socialiste de l’époque, également vice-président du Conseil Général de l’Essonne Thierry MANDON
inaugura le 13 novembre 2008 dans le cimetière de sa ville une stèle "Algérie Française". A ma connaissance, c’est la dernière stèle de cette obédience inaugurée en France sous la pression du lobby pro OAS.

Depuis qu’il est élu président de la République, François Hollande s’est déjà compromis à 3 reprises pour soutenir les lobby OAS ou militaire :

  Au sujet du Colonel Chateau-Jobert : Il considère comme "normal" (confirmé par courrier) qu’une stèle "honorant" ce militaire trône à la Caserne de Pau qui forme les jeunes recrues parachutistes. Ce colonel, certes résistant pendant la seconde Guerre Mondiale s’est distingué pendant la Guerre d’Algérie : il participa au putsch d’Avril 1961 (qui tenta de renverser la République), il déserta, il fut l’un des principaux responsables du Maquis de l’Ouarsenis, cette organisation militaire de l’OAS qui tenta de remettre en cause le cessez-le-feu du 19 mars 1962 et pour tout cela il fut condamné à mort par contumace. Quel exemple pour des soldats en formation !!!
  Au sujet du Général Bigeard  : Malgré les réactions (une pétition qui a recueilli près de 5.000 signatures en un mois), le gouvernement de François HOLLANDE a commis une grave insulte à l’égard des victimes algériennes pendant la Guerre de Libération en
inaugurant la stèle de Fréjus.
 Remise en cause du 19 mars : Le texte venant à peine d’être voté, reconnaissant que le 19 mars serait bien la date officielle de commémoration de la fin de la Guerre d’Algérie,
un courrier de la Présidence de la République le mettait en cause en donnant un gage aux nostalgiques de l’Algérie Française et de l’OAS.

Les visas : Tant de familles ont de liens : familles, origines, souvenirs,... des deux côtés de la Méditerranée que les visas ne devraient plus exister entre nos deux pays permettant ainsi des échanges naturels. Cette question tant sensible n’a pas été résolue, il semblerait simplement qu’une recommandation serait faite pour réduire les délais de réponse faite dans les consulats français en Algérie.

P.-S.

Quand Alain JUPPE ou Jean-Pierre RAFFARIN, ces figures emblématiques de l’UMP, félicitent François HOLLANDE, en déclarant que ce voyage "était dans le sens de l’histoire, quand Jean-Pierre RAFFARIN est l’un des principaux émissaires du nouveau pouvoir, c’est bien que la "rupture" avec la politique précédente n’est pas si importante que certains commentaires ont voulu le laisser entendre.

Certes de petits pas ont été faits, mais le compte n’y est pas.

Certes les termes de repentance (avec cette connotation religieuse) ou d’excuses n’ont pas été utilisés, heureusement, mais la condamnation des crimes d’État, des crimes contre l’Humanité ne l’ont pas été non plus, malheureusement.

En politique, il n’est pas acceptable de louvoyer avec des principes. Vouloir caresser dans le sens du poil les nostalgiques du Colonialisme, de l’OAS, ne pas condamner les crimes commis au nom de la France, cela ne permet pas à la France de revendiquer son retour dans le club des pays respectueux des droits de l’homme.

Henri Pouillot

 

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