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Zied Ounissi

Le 08.11.2012 à 19:07

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© AFP

A quelques semaines du déplacement du Président François Hollande dans la capitale algérienne, le Sénat a adopté le 19 mars comme journée nationale du souvenir à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.

La proposition de loi du sénateur Alain Néri a été votée par 181 voix pour, et 155 voix contre. Les débats se sont déroulés, sur plus d’une demi-douzaine d’heures, dans une ambiance très crispée. Au cours de la séance, les sénateurs de l’UMP ont fait part de leur volonté de saisir le Conseil constitutionnel.

« Tourner la page »

La date du 19 mars 1962 renvoie à l’application de l’accord de cessez-le-feu, signé à Evian, entre la France et les représentants du gouvernement provisoire algérien. Cet accord, approuvé par référendum le 8 avril 1962 par 90 % des votants, mit officiellement fin à ce qu’on s’est pendant très longtemps contenté d’appeler « les évènements d’Algérie ». Il a d’ailleurs fallu attendre le 10 juin 1999 pour que, sous l’impulsion du gouvernement socialiste de Lionel Jospin, l’Assemblée nationale reconnaisse officiellement l'expression « guerre d'Algérie » dans les textes législatifs et réglementaires.

Afin de combler le vide, le Président Jacques Chirac avait choisi la date « neutre » du 5 décembre  pour instituer une journée nationale d’hommage aux « morts pour la France » pendant la guerre d'Algérie et les combats en Tunisie et au Maroc. Mais, pour neutre qu’elle soit, cette date continuait d’être contestée par les plus importantes organisations d'anciens combattants qui lui préfèrent la date du 19 mars.

Plus de dix ans après son adoption par l’Assemblée nationale, le 22 janvier 2002, le Sénat examinait donc la proposition de loi du sénateur socialiste Alain Néri, tendant à reconnaitre le 19 mars comme journée nationale du souvenir. Il s’agit d’après le rapporteur de la loi de « tourner la page de l’histoire de la colonisation (…) pour se rassembler autour d’une date incontestée (…) et apaiser les esprits et les consciences (…) [afin] de rendre hommage aux victimes du contingent et aux victimes civiles de l’ensemble de cette guerre (…) et à la troisième (et dernière) génération d’appelés ».

Cinquante ans après la fin de la guerre, les débats ont donné lieu à des échanges houleux entre parlementaires de la majorité et de l’opposition.  

Kader Arif : « Pas de repentance »

A l’exception de quelques sénateurs, les parlementaires UMP et centristes ont voté contre la proposition de loi. Dans l’ensemble, ils ont regretté le choix d’une « date qui divise » dont « les plaies et les blessures sont encore vives ». Ils ont par ailleurs dénoncé « la repentance perpétuelle et continuelle ».

Pour Jean-René Lecerf et Pierre Charon (UMP) les exactions commises à l’encontre des harkis après le 19 mars démontrent que la date ne marque pas « la fin d’une tragédie mais le début d’un cauchemar (…) elle marque un cessez-le-feu, mais pas un cessez le sang ». La sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam a accusé les sénateurs socialistes et communistes « d’instrumentaliser la loi à des fins de politique politicienne » en prévision de la visite de François Hollande en Algérie.

Plusieurs sénateurs UMP et centristes ont cité François Mitterrand à l’appui de leurs discours. Ce dernier avait en effet déclaré que « s'il s'agit de décider qu'une date [officielle] pour célébrer le souvenir de la guerre d'Algérie, cela ne [pouvait] être le 19 mars parce qu'il y aura confusion dans la mémoire du peuple. »

Le ministre délégué aux Anciens combattants, Kader Arif a regretté la teneur de certaines interventions, mais a tenu à rappeler que « la France ne versait pas dans la repentance », ce qui lui a valu d’être applaudi par les sénateurs de droite.

Mettre fin dans la dignité à une histoire coloniale

Les sénateurs socialistes, communistes, écologistes et radicaux de gauche ont très largement voté pour la proposition de loi. Ils ont justifié l’adoption du texte par la nécessité de trouver une date qui « commémore la mémoire de la troisième et dernière génération d’appelés » (Alain Richard). Ils ont par ailleurs fustigé le caractère « abracadabrantesque  de la date du 5 décembre ».

Cette date mémorielle » doit rendre hommage à « toutes les victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc (…) y compris [celles tombées] après le 19 mars 1962 » a conclu le sénateur Alain Néri, qui a également mis en avant la volonté « d’apaisement » et de « rassemblement ».

Après la reconnaissance officielle de la répression du 17 octobre 1961, l’adoption de la proposition de loi augure bien de la visite du Président Hollande à Alger prévue d’ici la fin de l’année.

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