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http://www.liberte-algerie.com/culture/arnaud-montebourg-portrait-220278 


Dimanche, 27 Avril 2014 :

Les Algériens de France et d’ailleurs, mais surtout de France, n’est-ce pas, ont honte de dire qu’ils sont Algériens, car pour eux Algériens égale Arabe et pour eux Arabe c’est… c’est… c’est trois fois rien et même moins que rien, au-dessous du zéro, au-dessous de tout même si le petit Qatar, bédouin arabe et fier de l’être, est au-dessus du Français, le colonisant en France même, alors ces  Algériens se disent ceci, se disent cela, se disent d’origine turque, se disent d’origine romaine, se disent d’origine maltaise, d’origine italienne,… Pas d’Algériens, en somme que des ethnies fuyant leur appellation d’Algériens, oubliant qu’ils sont le produit d’une histoire de diversité, de mélange de sang et de culture.

Et puis voilà,  au plus fort de cette fuite identitaire un Français beau, élégant, ministre important dans le gouvernement Valls déclare qu’il est fier d’avoir des origines algériennes et, si stupéfiant que cela puisse paraître aux yeux des honteux de leur nationalité, il revendique une part de son origine arabe !  Oui, vous avez bien lu : il ne craint pas de revendiquer son origine arabe!  Ceux qui ne veulent plus être Algériens rêvent d’être comme Arnaud Montebourg,  alors que celui-ci, sans même le vouloir peut- être, leur tend un beau miroir, pour leur dire qu’il a une double identité assumée.

Mais plutôt que d’épiloguer, écoutons les propos d’Arnaud Montebourg sur Beur FM, rapportés par le site Oumma.com : “Moi-même j’ai quelques origines (…) algériennes. C’est un peu mon deuxième pays. Pourquoi ? Parce que mon grand-père (…) était algérien. Un Arabe, pas un pied noir, un Arabe… Il faut dire les choses. (…) Il a porté en 39-45 porté l’uniforme français et combattu pour la France, et puis après, pendant la guerre d’Algérie, il était du côté du FLN. (…) C’est-à-dire, il a finalement été l’un de ceux qui (…) s’est battu pour la décolonisation. Et bien cette décolonisation aujourd’hui, elle n’est pas soldée ; c’est-à-dire qu’aujourd’hui vous avez des Français qui n’acceptent pas la vision qu’on donne de cette histoire là. (…) Dans notre famille on se surnomme les arabo-morvandiaux. C’est en tout cas mon histoire et j’en suis très fier parce que c’est une richesse, une force”.

Stupéfiant ? Oui, pour ceux qui cachent leur origine. Admirable et d’un ton qui force le respect pour ceux qui assument leur algérianité. Dans la même interview, il ne craint pas de prendre position pour une Palestine indépendante et de parler de provocation d’Israël et de son gouvernement extrémiste ! C’est ce qu’on appelle du courage dans un milieu politique où il est plus facile de stigmatiser les Maghrébins que les Israéliens défendus par de puissants lobbies. De mon point de vue, au-dessus de l’origine, il y a les valeurs qui nous définissent.
Un humaniste népalais est plus proche de moi qu’un extrémiste algérien. Maintenant si vous refusez d’être ce que vous êtes, pensez à la leçon de Montebourg : la fierté de vos origines vous rehausse quand la négation vous rabaisse. Soyez ce que vous êtes.


H. G.
 

 

Voici un article publié dans la Revue Afrique-Asie d'une interview d'Arnaud Montebourg : "La France doit solder son passé en Algérie" en 2010

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La Revue Afrique-Asie publie une longue interview d'Arnaud Montebourg : Israël, l’Algérie, l’Afrique, les flux migratoires, la Burqa… Aussi sensible aux situations d’injustice en France qu’à l’international, Arnaud Montebourg, livre son analyse du monde d’aujourd’hui. 

Arnaud Montebourg surtout a une vision parfois à contre-courant, en tout cas toujours loin de la pensée dominante aseptisée et bien-pensante.

Militant anticolonialiste, Arnaud Montebourg manifeste une sensibilité particulière pour les thématiques du développement et de la coopération avec l’Afrique. De façon plus significative, il prend position sur le contentieux mémoriel entre la France et l’Algérie et exprime son indignation pour les actes de piraterie de l’État d’Israël.

Quel projet pour les Français originaires de l’immigration ?

"Je voudrais souligner qu’un tiers des Français a une ascendance étrangère. Nous sommes une nation qui s’est forgée par des apports successifs dans l’Histoire et s’est construite avec les mélanges, la différence et l’altérité.

C’est une richesse incomparable. Peu de nations ont cette faculté intégratrice,  qui a adopté les juifs immigrés ayant fui la barbarie nazie et l’antisémitisme avant la Deuxième Guerre mondiale, les vagues d’Italiens, d’Espagnols ou de Portugais. Dorénavant, c’est l’immigration initiée dans les années 1970, en provenance du Maghreb et de l’Afrique noire, qui fait la force du pays. Les flux migratoires sont d’ailleurs aujourd’hui inférieurs à ceux des années 1930.

Pour son avenir,  sa robustesse et conformément à ses traditions, la France a besoin de ce métissage, qui est une de ses forces.  Plutôt que passer son temps à donner le sentiment de les combattre et de nous affaiblir en nous combattant finalement nous-mêmes, il faudrait valoriser ces ressources."

Responsabilités historiques en Algérie

La France a reconnu sa responsabilité pour Vichy, a fait une loi sur le génocide arménien où elle n’était aucunement impliquée, mais n’a pas assumé ses responsabilités historiques en Algérie…

"Je souffre beaucoup, comme beaucoup d’amoureux de l’Algérie en France, de cette mésentente. Je crois que la question mémorielle est centrale.

Il y a eu trois générations aux prises avec les guerres entre la France et l’Allemagne, cela a occupé un siècle, mais, après la dernière guerre,  la France et l’Allemagne ont écrit la même histoire. La France et l’Algérie doivent aussi faire ce travail de mémoire. Le passé doit être soldé.

Notre passé commun, notre histoire et notre proximité géographique nous dicte un futur à écrire ensemble. J’avais fait des propositions de façon informelle lors de mon voyage à Alger. Je souhaitais que les présidents Bouteflika et Chirac, deux protagonistes de la guerre d’Algérie, initient ce processus.

Mais cela n’a pas pu se faire à cause de la loi de février 2005 qui a finalement rouvert la guerre d’Algérie sur les plans mémoriel et symbolique. Les jeunes générations sont au milieu d’un conflit qui aurait dû être clos depuis longtemps.

Les deux pouvoirs devraient désigner des historiens, des chercheurs, acceptés par les deux parties, pour écrire à multiples mains l’histoire commune. Les archives montrent que la conquête a été une barbarie.

Ma famille Ould Cadi a été au cœur des méfaits de la colonisation : le régime impérial de Napoléon III et ses généraux ont voulu lui prendre des terres pour les donner à des colons qu’on avait expatriés de force.

Il y a eu spoliation et sang versé. Toutes les preuves sont sur la table. Il faut remercier Rachid Bouchareb pour son très beau film Hors-la-loi. J’ajoute qu’il n’y a pas le Bouchareb d’Indigènes, qui rend justice aux tirailleurs maghrébins ou sénégalais ayant fait la guerre de 39-45, et celui de Sétif qui a commis un crime de lèse-histoire. C’est absurde, il s’agit de la suite de l’Histoire.

Les faits de Sétif sont réels, écrits, il y a consensus aujourd’hui quand l’historien Benjamin Stora s’exprime sur le sujet. On connaît l’étendue du massacre, les provocations qui ont eu lieu. Je suis de l’avis que les deux gouvernements désignent une commission pluripartite composée d’historiens pour écrire l’histoire commune. Des intérêts politiques et électoraux empêchent ce travail d’être fait en toute sérénité.

Il faut être responsable et songer que l’avenir des relations de nos deux pays est lié au fait de panser ces blessures et ne pas se dire qu’il s’agit d’une question générationnelle. D’ailleurs, la résolution de cet héritage historique lourd ne pourra qu’aider les jeunes Français issus de l’immigration algérienne à mieux s’épanouir chez eux en France et à se projeter aussi comme le trait d’union des deux rives de la Méditerranée."

La France refuse de porter un regard lucide

C’est en cela que la France détient les atouts inouïs en termes de reconstruction et de développement. L’article de loi sur les bienfaits de la colonisation a montré combien la France refuse de porter un regard lucide sur son passé…

"D’abord, ce n’est pas toute la France qu’il faut stigmatiser.  Comment peut-on imaginer réhabiliter le colonialisme qui a été condamné par l’Histoire et qui fut une œuvre d’apartheid et d’oppression ? Le pouvoir actuel est incapable de reconnaître la faute intrinsèque du colonialisme. Mais c’est un pouvoir éphémère, pas la France.

(Voir PS) Je suis à la fois petit-fils d’Algérien et fils d’appelé du contingent en Algérie, un enfant de la France-Algérie en quelque sorte, à la fois du FNL et de l’armée française en Algérie. Je suis issu par mes parents de cette génération militante qui s’est battue pour la décolonisation et contre la SFIO, qui était à l’époque d’orientation coloniale. Guy Mollet avait été élu en 1956 pour faire la paix. Il fit la guerre et toléra la torture. La France doit solder ce passé et  assumer sa responsabilité.

(PS) Interview réalisé en 2010.

 CONFIRMATION : "Ma famille : Oul Cadi"

Arnaud Montebourg : « La France n’a aucune raison de ne pas regarder en face ce qu’elle a été »

Vous avez des origines algériennes. Au-delà de la politique, quel est votre lien avec l’Algérie ?

Mon grand-père est Algérien. Il s’appelait Khermiche Ould Cadi. Il est issu d’une famille de la plaine de Mascara, de Dombasle, exactement. Mon grand-père s’est engagé dans sa jeunesse dans l’armée française avant de retourner travailler la terre de sa famille à Mascara pendant la guerre d’Algérie. Il a eu quatre enfants : Yamina, Leïla, Ali, et Nebia. Et ma mère est Leïla, née à Oran. Pendant la guerre d’Algérie, ses quatre enfants se sont installés en Saône-et-Loire, et ont tous épousé des morvandiaux. Je suis aujourd'hui député de ce beau département et président du Conseil général de Saône-et-
 Loire. Nous avons conservé des liens très forts avec l’Algérie.

Un projet de visite politique en Algérie ?


(PS) Interview réalisé en 2010.

Je souhaiterais d’abord m’y rendre à titre personnel et privé pour voir ma famille sur place. Mais je souhaiterais aussi, si je le peux, œuvrer avec la modestie de mes moyens au dépassement des difficultés. L’Algérie a besoin de la France et la France a besoin de l’Algérie. Nous avons beaucoup de choses et de grandes choses à faire ensemble dans l'avenir.

 

 

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