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1960, Algérie. Claude Létuvé rejoint son régiment pour sa dernière année de service militaire. Cinquante ans plus tard, l'Airois, directeur d'école à la retraite, raconte la guerre telle qu'il l'a vécue, entre images insoutenables et moments émouvants. PAR MARIE JANSANA

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Pendant son service en Algérie, Claude Létuvé a fait la classe à des petits villageois, sous tente. PHOTOS REPRO ET «LA VOIX»

saintomer@lavoixdunord.fr

Pourquoi veut-il témoigner de son expérience de la guerre d'Algérie ? « Pour ça », répond Claude Létuvé, en pointant des photos en noir et blanc de petits écoliers algériens. Elles datent de 1960. Le Valenciennois, jusque-là affecté en Allemagne pour quinze mois de service, vient de rejoindre l'Algérie, le 504e BMT dans la région de Berrouaghia, « près du riff ». Le sous-officier est désigné par tirage au sort pour un stage commando. Il y passe huit jours, durs. « Puis sans qu'on sache pourquoi - il y aurait eu une algarade, un lieutenant aurait pointé son arme sur la tempe du colonel -, le commando a été dissous dans l'heure. » Le Nordiste est alors affecté à la troisième compagnie du 504e et participe à la surveillance de la « ferme Foulon, des pieds-noirs qui possédaient des milliers d'hectares de vigne ».

L'orientation de son service bascule. « Au bout de huit jours, le lieutenant Fouache me convoque : "Tu es instituteur dans le civil, que penses-tu d'ouvrir une école ici ?" Mais où ?, j'ai répondu, il n'y a pas de bâtiment. » Deux tentes sont installées. Le message est passé dans le village voisin. Le lundi, plus de cinquante enfants de 4 à 14 ans se présentent. La classe commence, les élèves assis par terre. La femme du général se charge de fournir tables, chaises, blouses pour les filles. L'instituteur ne parle pas arabe, les enfants pas le français qu'il va leur enseigner. « Le brigadier Lefki était l'interprète. » L'école commence en février et ne s'arrêtera pas durant l'été. Il raconte les balançoires installées pour les filles, le foot avec les garçons, les douches instaurées une fois par semaine. Il évoque son élève préférée. « Il les a adorés ces enfants », témoignent sa femme Nadine et sa fille Nathalie.

« La classe finie, il m'est arrivé de repartir en embuscades. Lors d'opérations, j'ai croisé des élèves, "tiens, tu habites là ! » L'instituteur a la confiance de la population, le voilà infirmier de fortune quand les enfants ont de l'impétigo, quand les villageois le réclament.

À la fin décembre 1960, son service s'achève, un autre militaire prend la suite à « l'école de brousse ». « Il y a peu de soldats qui ont fait la classe. Nous, en plus, on a créé une école... » Claude Létuvé rentre en France, reprend sa classe à Onnaing, fonde sa famille. Il sera plus tard directeur de l'école du centre à Aire-sur-la-Lys. «  Quand on étudiait la guerre au collège, on lui posait des questions, il nous disait "plus tard". Quand on a eu 20 ans, il nous a dit certaines choses. On sentait un blocage, raconte sa fille. Mais il nous parlait de l'école. » « On raconte ce qui est beau », glisse son père.

Discret, s'il adhère à l'association des anciens combattants, il ne paraît pas aux cérémonies officielles. « On a insisté pour qu'il aille chercher sa croix de combattant, car c'est une reconnaissance pour lui-même », ajoute sa fille.

À 75 ans, Claude Létuvé veut montrer un « autre aspect » de la guerre : « On croit que les militaires français n'ont fait que du mal, nous, on a fait du bien ». Il ne nie pas pour autant les atrocités. « S'il n'avait pas été dissous, je partais pour dix mois de commando. Cela n'aurait pas été la même chose. » Il garde en mémoire des images insoutenables. Torture, assassinats, copains qui ne rentreront pas. Les descriptions sont crues. « À 20 ans, on ne peut pas imaginer ça. » « Il a toujours dit à ses petits-enfants, s'émeut sa fille, qu'il souhaitait qu'ils ne connaissent jamais ça. »   

La Voix Du Nord

 

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