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http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/01/20/10001-20130120ARTFIG00179--gottingen-un-trait-d-union-nomme-barbara.php

La chanteuse a bouleversé cette ville en 1964, devenant une pionnière et un symbole de l'amitié franco-allemande.

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La chanson Göttingen de Barbara, (ici à Paris, en 1966), a été inscrite au programme officiel des classes de primaires allemandes en 2002. Crédits photo : ARCHIVE/AFP

Les habitants de Göttingen ont parfois une pensée pour les quais de la Seine lorsqu'ils flânent le long du canal de la Leine, bordé de ses maisons à colombages. Ils se souviennent aussi du bois de Vincennes quand ils se promènent dans la forêt de hêtres de Göttingen. Comment auraient-ils oublié le cadeau de la chanteuse Barbara? «La célèbre chanson de Barbara est un hymne de la réconciliation, confie au Figaro l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Pour moi, c'est la chanson qui symbolise le mieux l'amitié franco-allemande. D'autant que j'étais étudiant à Göttingen à l'époque où elle a été écrite.» Et de citer le texte de Barbara: «Ô faites que jamais ne revienne le temps du sang et de la haine, car il y a des gens que j'aime à Göttingen, à Göttingen.»

 


C'était en 1964, un an après la signature du traité de l'Élysée, qui scella l'amitié entre la France et l'Allemagne. C'était aussi l'époque où les Allemands étaient encore des «Boches» pour beaucoup de Français. Tombé sous le charme de l'artiste française, un jeune directeur de théâtre de Göttingen, Hans-Günther Klein, va s'entêter pour convaincre Barbara de venir chanter dans son établissement. «Je pars donc pour Göttingen en ce mois de juillet 1964. Seule et déjà en colère d'avoir accepté d'aller chanter en Allemagne», écrira dans ses Mémoires la chanteuse, née Monique Serf. Barbara n'avait rien oublié de la petite fille juive qu'elle avait été et qui dut se cacher pour échapper aux rafles. Et elle n'était pas encore tout à fait prête à se réconcilier. «C'était un véritable miracle qu'elle soit venue, se souvient Horst Wattenberg, cofondateur du Junges Theater où elle s'est produite. En arrivant, elle était très distante et faisait preuve d'une retenue extrême.»

Barbara avait accepté de venir à condition de pouvoir jouer sur un piano à queue. Lorsque les organisateurs lui présentent leur piano droit usé, Barbara refuse de donner son concert. «C'était le piano de notre petit théâtre. Mais Barbara a dit qu'elle ne jouerait pas sur ce vieux clou et rien n'aurait pu la faire changer d'avis, raconte Wattenberg. Nous avons finalement trouvé l'instrument qui lui convenait chez une voisine, une dame âgée. Et un groupe d'étudiants s'est mobilisé pour le transporter parce que les déménageurs de la ville étaient en grève. Le concert a commencé avec une heure trente de retard.» La chanteuse connut un tel triomphe qu'elle accepta de rester une semaine de plus, se produisant tous les soirs au Junges Theater. «Barbara était très impressionnée par l'enthousiasme qui l'entourait, par les tonnerres d'applaudissements chaque soir, par l'accueil de toute une ville», explique Wattenberg.

«Une telle rencontre crée de la solidarité»

Pendant cette semaine, Barbara rencontre les professeurs de la célèbre université Georg-August de Göttingen, où 42 Prix Nobel ont enseigné ou étudié. Elle visite le musée des frères Grimm. Et se rappelle ainsi que les «contes de notre enfance, il était une fois, commencent à Göttingen». On lui présente des écoliers, qui lui racontent leurs histoires et rient avec elle. «Barbara était une vraie bénédiction, se félicite Rudolf von Tadden, ancien professeur d'histoire à l'université de Göttingen et coordinateur de la coopération franco-allemande pour le gouvernement fédéral sous Gerhard Schröder. Elle s'amusait des bizarreries des Allemands et de nos petits travers avec beaucoup d'humour et de finesse. Une rencontre culturelle de ce type est aussi importante qu'un grand rendez-vous politique ou économique, car il crée de la solidarité.»

Idées et paroles se bousculent dans la tête de Barbara. Dans le petit jardin de roses, contigu au théâtre, où fut transporté le vieux piano, elle gribouille des morceaux de texte, esquisse une mélodie. «Je lui apportais des feuilles et elle m'a laissé le premier manuscrit original de la chanson, que j'ai gardé longtemps avant de l'offrir à un musée, se souvient Wattenberg. Le dernier soir avant son départ, Barbara a chanté devant un public déchaîné le texte de Göttingen sur une mélodie inachevée. Nous étions tous si touchés par ce cadeau et ce geste de réconciliation. Mon engagement en faveur de l'amitié franco-allemande, comme celui de toute la ville s'en est trouvé immensément renforcé.»

 


 

En 1967, Barbara enregistre à Hambourg la version allemande de sa chanson. Et elle profitera du voyage pour donner un concert à la Stadthalle de Göttingen. «Il ne restait plus une seule place libre dans la salle, raconte Ulla Borchard, alors journaliste au Göttinger Tageblatt. La scène était couverte de roses. Barbara, pieds nus, a délicatement marché sur les roses, provoquant un déluge d'applaudissements. C'est elle qui m'a donné envie d'apprendre le français, comme à beaucoup d'autres.» Ulla Borchard s'est ensuite engagée pour la coopération franco-allemande à la Mairie de Göttingen.

Les enfants de Göttingen ont commencé à apprendre la chanson de Barbara bien longtemps avant qu'elle ne soit inscrite au programme officiel des classes de primaires allemandes en 2002. L'association franco-allemande de l'université Georg-August est toujours florissante. Sur la façade du Junges Theater, une plaque rappelle le passage de Barbara. Une Barbarastrasse a été inaugurée en 2002, pour rendre hommage à la chanteuse décorée de la «Bundesverdienstkreuz», la plus haute distinction allemande. «Nous lui sommes reconnaissants pour cette belle histoire de paix. Barbara reste l'ambassadrice musicale de notre ville. Chaque année pour l'anniversaire de sa mort, nous fleurissons sa tombe à Bagneux avec un bouquet de roses rouges», dit Wolfgang Meyer, le maire de Göttingen.
Tag(s) : #Associations

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