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Le dossier Maurice Audin ou la reconnaissance des "faits" du 17 octobre 1961 pourraient-ils être des arbres assez grands pour cacher la jungle coloniale ?

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"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", telle était l’affirmation du peuple français en 1789. Pourtant ce ne fut pas le cas sous l'Algérie colonisée.

Dans quelques heures, le président français s’exprimera à Alger. De ce qu’il dira découlera la marque que François Hollande laissera de son mandat : celui qui aura lavé la République française de la souillure impériale ou, au contraire, celui qui aura raté cette occasion ?

La grandeur coloniale, dans l’histoire française, a correspondu aux moments où la République était à terre. Et, la "fierté républicaine" que certains tirent de l’asservissement des populations soumises traduit leur profonde aliénation au militarisme et aux rêves impériaux très tôt portés par les Etats européens.

Pour l’Algérie, le discours de M. Hollande apportera au mieux la confirmation de la pertinence de l’un de ses principes fondateurs : l’anticolonialisme ; au pire, laissera-t-il encore une fois constater que le colonialisme défait a laissé sa place à des ambitions de domination néocoloniales. Par contre pour la France l’enjeu est majeur. Il est historique. C’est celui de la réhabilitation du caractère universel des principes affirmés par la grande révolution de 1789, principes d’égalité, de fraternité et liberté ou bien laissera-t-il leur négation se perpétuer. C’est donc la république et la nation françaises qui a quelque chose à attendre du discours algérois de M. Hollande.

Le colonialisme, système ségrégationniste, ne devrait plus bénéficier de la moindre indulgence de la part des républicains français. Le gaullisme naissant face à la félonie vichyste reconnaissait le droit des peuples à prendre en mains leurs destins. La résistance, dans son élan victorieux, pensait les libérer dans l’union française. Mais le parti colonial prendra le dessus sur tous. Pouvoirs spéciaux, guillotine, camps d’internements, napalm et zones interdites vont rassembler tout le personnel politique dans une guerre asymétrique où, pour se donner l’impression de se battre contre un adversaire de taille, les officiers rendaient les honneurs au Guerrero promis à la corde.

Se trouverait-il aujourd’hui aux États-Unis d’Amérique, dans les anciens pays de l’axe, ou en Afrique du Sud, des voix pour glorifier l’"œuvre positive" de la ségrégation raciale, du fascisme ou de l’apartheid ? Il n’y a donc plus qu’en France que s'élèvent des voix pour claironner les vertus de la colonisation.

"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", telle était l’affirmation du peuple français en 1789. Les hommes dans leur universalité. À Dakar, au sommet de la Francophonie, François Hollande qualifiait "les combattants africains pour l'indépendance" de "ceux qui refusaient la souffrance des peuples asservis". Espérons qu’il aura, aujourd'hui 19 décembre 2012, la lucidité, le réalisme et la grandeur de faire primer la République sur l’État et de dire clairement l’antinomie de la colonisation avec les droits universels de l’Homme.  

Mohand Bakir

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