web_Le-mal-d-Algerie--de-Ja.jpg

Comment, du jour au lendemain, un homme comme les autres se transforme-t-il en tortionnaire ?

" Le mal d'Algérie " de Jacques Duquesne (Détail) © Editions Plon

Cette question est au cœur du nouveau roman du journaliste et écrivain Jacques Duquesne qui nous plonge, avec émotion, dans les désarrois des jeunes appelés de la guerre d'Algérie.

  • Le mal d'Algérie, de Jacques Duquesne est publié chez Plon (207 p., 18E)
Mot de l'éditeur

C'est l'histoire d'un jeune professeur qui veut savoir comment son père, cultivateur, a combattu en Algérie.
Et qui va de découverte en découverte.

C'est aussi l'histoire d'un poste de soldats français presque isolé dans une zone montagneuse.

Et c'est encore l'occasion d'une réflexion sur la violence et le mal.

Mais c'est d'abord un roman.

 

Ecoutez France Info en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

 

Ecoutez RTL.fr en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

Le Figaro.fr

http://www.lefigaro.fr/livres/2012/03/21/03005-20120321ARTFIG00779-jacques-duquesne-le-mal-d-algerie.php

 

Jacques Duquesne met la fiction au service de l'histoire et glisse dans chaque page de ce livre un moment ou une phrase pour la réflexion.

 

C'est comment, la guerre? «Si je ne te tue pas, tu me tues», explique l'un des personnages créés par Jacques Duquesne dans ce Mal d'Algérie. Le résumé est peut-être brutal, mais il en dit beaucoup sur un dilemme vieux comme le monde. Ici, il s'agit de ce que l'on a longtemps appelé les «événements». La guerre d'Algérie. Peut-être est-ce le roman qui en parle mieux. Écrivain et journaliste, Duquesne recourt à la formule de Jorge Semprun pour souligner sa démarche: «Sans la fiction, la mémoire périt.»Le Mal d'Algérie n'est ni un repor­tage ni un compte rendu de ces événements. Mais un roman vrai qui convoque tout ce que peut la littérature: se mettre dans la peau d'un personnage, faire appel à un narrateur omniscient, dire des pensées, planter un décor, construire des dialogues, raconter… La fiction se met au service de l'Histoire. Et, parfois, elle est plus profonde que les meilleurs essais.

Ce qui obsède Pascal Robert, quarante ans en 2000, est donc cette guerre d'Algérie que son père a vécue, ou plutôt subie en tant que jeune appelé. Mais ce dernier reste silencieux quand il s'agit de dire ses souffrances… et l'indicible. «Presque tous les enfants des anciens d'Algérie se sont heurtés au même silence», constate Pascal Robert, amateur de mots croisés et professeur d'histoire - ça n'est pas un hasard s'il a choisi cette matière, même s'il s'est spécialisé dans le Moyen Âge et les Lumières. L'histoire? C'est un fils. Un père. Un grand-père, aussi. Et des immenses trous de mémoire. Comme une métaphore, le récit s'ouvre sur la recherche d'un terme dans une grille de mots croisés ainsi défini: «Leur sort n'était pas enviable.»

La fiction et la mémoire

On comprend vite, à travers les mots de Duquesne, que pour un jeune homme épris d'humanisme, le choc de l'Algérie est d'autant plus violent qu'avant d'aller là-bas il s'imaginait un pays plein de soleil, avec des palmiers, du sable, des chameaux, «tout ça, comme dans les films». Mais il rencontre «des jours tout gris, avec un brouillard à vous donner le cafard», et les nuits sont glaciales. Ce n'est pas le pire. Dans ce roman, les passages sur la torture sont d'une réalité criante. Et, pourtant, l'auteur, qui a déjà écrit sur Dieu et sur le diable, se «contente» de rester factuel. Car cette guerre, il la connaît bien. Et de près. En tant que reporter, il l'avait couverte pour La Croix*. C'était l'un des premiers journalistes à écrire sur la torture. Le roman échappe à tout manichéisme - «C'est comme cela, la vie, il faut souvent un mal pour un bien.»

Dans chaque page de ce livre se glisse un moment ou une phrase pour la réflexion. Où est le bien? Où est le mal? «Ceux d'en face, on les appelle les salopards et on a quelques bonnes raisons de le faire. Et nous, ils nous appellent peut-être les salauds, ou un autre mot qu'ils ont inventé peut-être, et ils ont aussi trouvé quelque bonne raison.»

Oui, sans la fiction, la mémoire périt. Et le roman de Duquesne, d'une puissance rare, apporte sa part contre l'amnésie.

Tag(s) : #Associations