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La guerre de mon enfance

l'Occupation Allemande

J’ai 4 ans en 1945 lorsque la guerre se termine ; quelques années plus tard mes parents m’ont parlé des tickets de rationnement, des alertes aux bombardements, des marches dans la campagne pour aller se réfugier dans les fermes, des avions bombardant la ligne de chemin de fer  située à 1 kilomètre de la maison de mes parents et grands-parents ; des patrouilles allemandes et des barrages,  j'entends encore mes parents parler des otages de la commune qui allaient être déportés à Buchenwald ou à Dora, les résistants avaient fait dérailler un train allemand  ; puis ces Allemands sur le recul fouillant les maisons à la recherche de vélos pour fuir au plus vite. J’ai compris que je fus un enfant dans la guerre… la seconde « mondiale », celle des fours crématoires de funeste mémoire.

    Le village de mon enfance

et de mon adolescence

Authumes (Saône-et-Loire)

Hommage à neuf déportés

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Authumes n’oublie pas ses martyrs. Ici le 25 septembre 2013

 

Il y a 70 ans, neuf personnes ont été livrées à la Gestapo et emmené dans les camps de la mort. Hommage leur a été rendu samedi 25 septembre 2013, comme chaque année.

Samedi 25 septembre 2013, Joël Martin, maire de la commune, a rappelé comment, il y a tout juste 70 ans, neuf personnes ont été livrées à la Gestapo en représailles à l’attaque d’un train par le groupe de Résistants “Francis”, le 23 septembre 1943. Interrogés, torturés, ils ont été emmenés dans des wagons à bestiaux vers les camps de la mort de Dora ou Buchenwald. Six d’entre eux ne sont jamais revenus des camps, les trois autres sont décédés plus tard des suites de cette déportation, sans jamais connaître exactement la raison de cette condamnation.

Samedi, 18 drapeaux tricolores d’associations patriotiques étaient présents alors que des gerbes (municipalité, anciens combattants, conseil général et familles) étaient déposées au pied de la stèle, devant une population toujours aussi nombreuse. Cérémonie qui a été accompagnée musicalement par l’harmonie pierroise.

 

Ma Guerre d’Algérie

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Et moi qui, dès l’âge de 16 ans n’a manqué aucunes manifestations contre la guerre d’Algérie je reçois ma feuille de mobilisation pour l'Algérie… j’ai à peine 20 ans, c’est le 1er mai 1961.  

Départ pour Marseille, en cours du trajet, le train s’arrête, nous nous retrouvons dans une manifestation au milieu de Partis Politiques et de Rappelés contre la Guerre d'Algérie, la manifestation dégénère il y a des personnes en travers des voies. Soudain les CRS chargent  et en quelques minutes, tout redevient normal et nous poursuivons ce "triste voyage" qui nous emmène vers… l’Algérie… encore française.

 

Débarquement à ORAN

 

Alors que j'arrive en civil sur cette terre déchirée par une guerre, qui ne dira son nom que 38 ans après en 1999, pour le moment ce n’était que des « évènements, du maintien de l’ordre… quelle hypocrisie » je ne me doute pas qu'au même moment, un autre garçon de mon âge prend lui le chemin du Djebel pour défendre sa Liberté, la vraie, celle de libérer son Pays du colonialisme.

J’arrive donc à Oran pour quelques jours, avant de partir pour ma destination prévue, à quelques kilomètres de Aïn-Sefra, dans la Palmeraie de Thiout,  dans ce pays  je ne vois que des exploités et des dominés, les souvenirs de mon enfance me remontent à la mémoire, je sens que je vais être obligé de faire des choses  contraires à mon idéal de paix et de tolérance, j'ai déjà le sentiment de ne pas me trouver du bon côté, comme les Allemands en France, j'ai participé aux opérations de contrôle, les armes à la main , j'ai fouillé "au corps" des hommes qui pouvaient être mon père, mon grand-père.
  
J'avais honte d'être là, je sentais que leur histoire allait devenir la mienne, c'est vrai comme me disait un pied noir, qu'ils avaient repoussés les lions qui étaient aux portes d'Oran, sous-entendant, que leur présence avait contribué au développement du pays. OUI, c'est vrai, il y avait les hommes et les sous hommes ceux qui commandaient et ceux qui travaillaient dans les régions déjà développées, pour le reste, c'était encore le désert.  OUI l'injustice et les inégalités étaient criantes.
OUI j'ai connu des gens qui se croyaient supérieurs et qui traitaient les "Indigènes de quantités  négligeables".

Le summum de l’ignominie lorsque j’ai appris que l’armée française à la manière des nazis a brûlé des corps dans ce qui ressemblaient à des fours crématoires… c’étaient des fours à chaux… Quelle honte… quel dégoût… Je ne parlerai pas de la torture sous toutes ses formes les plus immondes, des villages brûlés au napalm, c’étaient autant … d’Oradour…

 

Ma libération

            

21 mois après, le 8 janvier 1963, je suis de retour en France, j'ai beaucoup de difficulté à me réadapter à la vie civile, je trouve difficilement le sommeil, le moindre bruit me fait réagir… car je pense aux événements de "là-bas" (comme ils disent), ce triste exode des populations Pieds Noirs dont les plus modestes ont tout perdu. J’ai appris que la passation des pouvoirs ne s'est malheureusement pas faite en douceur comme en Tunisie, au  Maroc ou bien encore en Afrique du Sud avec Mandela.  
En 1962, l'Algérie retrouve son indépendance après 132 ans de présence Française, cependant une autre guerre fratricide continue, les anciens Harkis désarmés par l'Armée Française en paieront le prix fort.

 

Pourquoi j’ai refusé la

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Ma participation à cette guerre d’Algérie et mon statut de combattant, je ne l’ai pas choisi, je l’ai donc subi et je le regrette.

Ceux qui se sont engagés dans la Résistance ou ont rejoint l’armée de la France Libre pour combattre le nazisme. Ils choisirent, et firent là actes de citoyens libres et responsables. Si j’avais été dans ce cas-là j’aurai accepté la croix du combattant… mais en aucun cas pour la sale guerre coloniale d’Algérie…

Je refuse de considérer les anciens des guerres coloniales de la France comme des combattants au même titre que ceux qui se sont engagés pour des causes justes ? (contre le nazisme par exemple).

La croix du combattant je l'ai refusée parce que cette vidéo reflète mon état d'esprit :

 


 

  CONCLUSION

 
Le 8 Octobre 1962, l'Algérie devient le 109ème Etat de l'Organisation des Nations Unies.

A travers l'expérience de la guerre d'Algérie, je sais maintenant ce que valent véritablement nos hommes d'État, ceux qui emplissent nos livres d'histoire et ceux qui font tout pour y entrer et qui restent dans les pages de journaux.

Pendant plus de cinquante-deux ans, j'ai repoussé loin de moi ces souvenirs, aujourd'hui, rien n'a changé en moi, je disparaîtrai avec cette honte d’avoir été à 20 ans, incorporé, contre ma volonté, pour une cause indéfendable dans la guerre d’Algérie.

Michel Dandelot

 

« Les pieds-noirs sont devenus des victimes du colonialisme pour autant qu’ils ont dû quitter de façon tragique le pays où ils sont nés en 1961-1962. Mais ces pieds-noirs n’avaient pas pris conscience auparavant qu’ils constituaient une population dominatrice et qui refusaient toute concession politique aux musulmans. C’est leur intransigeance, tout comme celle ensuite des nationalistes algériens, qui a abouti au drame dont ils ont aussi été des victimes. »

 

Marc Ferro

 

Mes amis pieds-noirs ont droit comme tout groupe humain à un traitement normal de la part des historiens : un examen conduit avec une rigueur scientifique.

Aurait-on pu éviter l’exode de masse de l’été 62 ? Probablement pas. La majorité des pieds-noirs ne souhaitait pas vivre dans une Algérie indépendante où elle aurait perdu le pouvoir. La majorité des cadres du FLN avait une conception ethnico-religieuse de la nation, et ne souhaitait donc pas que l’Algérie indépendante abrite une forte minorité européenne non-musulmane. La majorité de l’opinion métropolitaine se désintéressait du sort des pieds-noirs. Aucun leader algérien ne parla pour dire aux pieds-noirs de rester. Aucun grand leader pied-noir non plus. De Gaulle ne dit pas un mot de réconfort aux pieds-noirs arrivant en métropole.
Au total, un gâchis humain, dont aucun des camps en présence ne peut dire qu’il n’en est pas responsable.
Une chose est sûre : les pieds-noirs, quelles qu’aient été leurs erreurs collectives, leur manque de lucidité, ne furent pas un million d’exploiteurs, racistes et fascistes. Ils furent une communauté complexe, diverse. Ils ont droit comme tout groupe humain à un traitement normal de la part des historiens : un examen conduit avec une rigueur scientifique.  

 

Aux pieds-noirs, victimes du colonialisme :

 

un article d'Alain Ruscio, historien


L'Algérie européenne occupait les villes, l'Algérie musulmane les bidonvilles.

L'Algérie européenne couvrait les meilleures terres, l'Algérie musulmane prenait les petits champs secs.

L'Algérie européenne avait des routes, des écoles, des services publics, l'Algérie musulmane comprenait des populations non recensées, non administrées, non soignées, non instruites. 

C’était le colonialisme français.

 

Alain Ruscio, historien (1)

Le conflit en Algérie pouvait-il faire l'économie de la violence ?

Chers amis, j'emploie d'emblée cette formule, que certains d'entre vous repousseront avec effroi, mais je persiste à penser qu'avec vous, il faut d'urgence rétablir le dialogue, dévoyé par vos pires ennemis qui se prétendent vos défenseurs, les anciens de l'OAS, terroristes toujours pas à la retraite.

Donc, oui, nous, les citoyens, porteurs d'un regard extrêmement critique sur le bilan du colonialisme, sommes, que vous le vouliez ou non, vos véritables soutiens, vos seuls défenseurs. Car vous avez été des victimes du colonialisme.

Chers amis, donc, connaissez-vous le capitaine Edmond Pellissier de Reynaud ?

Non sans doute, car les manuels d'histoire de l'Algérie en parlent peu. Alors, je vous en prie, reportez-vous à ses Annales algériennes, publiées en... 1836. Il y prône la fin de la violence dans la conquête, puis un rapprochement des peuples « arabe » et français. Faute de quoi, prévient-il, « ce serait entre eux et nous une guerre incessante, où la France dépenserait son sang et son argent. Le système de fusion est donc le seul applicable ; s'il est impossible, il faut s'en aller, et le plus tôt sera le mieux ». La « fusion » des peuples était sans aucun doute une utopie. Mais, cette illusion ôtée, reste le fond du raisonnement : respectons ce peuple. Écrit en 1836!

Ce courant, que ses détracteurs appelaient, avec une nuance de mépris, indigénophile, a toujours existé. Toujours, en Algérie, il s'est trouvé des Français - oui, vos ancêtres, pieds-noirs ! - pour dénoncer la morgue, le racisme, les inégalités, la répression. Toujours, en métropole, il s'est trouvé des politiques, pour (tenter d') esquisser des solutions acceptables par tous, il s'est trouvé des intellectuels pour appeler à la compréhension, à l'estime, au respect des indigènes.

Mais, chers amis, vous savez bien que ce furent des voix criant dans le désert, des protestations brisées sur le mur des certitudes de la majorité de vos aïeux. Est-ce qu'une fois, en cent trente-deux années de domination coloniale, de telles solutions ont été en mesure de l'emporter ? Le royaume Arabe cher à Napoléon III (qui ne fut pas petit en cette affaire) s'est brisé sur l'hostilité des colons. Tout comme la politique de compréhension voulue par Maurice Viollette. Et le grand espoir du Front populaire, si vite brisé, avec ce pourtant si timide Projet Blum-Viollette, mort-né parce qu'une partie de la communauté française d'Algérie criait à la révolution ? Et la terrible réponse de mai 1945 aux premiers drapeaux algériens arborés à Sétif ? Et Ferhat Abbas, le plus modéré des leaders algériens, en prison ? Et le statut de l'Algérie, deux ans plus tard, qui, bien que limité lui aussi dans ses ambitions, ouvrait quelques possibilités d'expression aux Algériens, si vite trahies par le trucage des élections à la Naegelen ?

Entendons-nous bien. Ce pays de coexistence harmonieuse entre les communautés n'aurait en aucun cas fait l'économie de la reconnaissance de l'indépendance de l'Algérie. L'Algérie algérienne était inscrite dans l'Algérie française, quelles qu'eussent été les politiques suivies. Mais le racisme ambiant a interdit à la majorité d'entre vous, amis pieds-noirs, d'imaginer même ce type de solution, ce type de société égalitaire. La valise ou le cercueil. Regardez la vérité en face : c'est l'adhésion de certains d'entre vous, la tolérance de beaucoup d'autres, vis-à-vis des thèses et des actions des ultras qui vous ont contraints à ce choix si terrible.

Et aujourd'hui ? Certes, toute généralisation est hâtive. Certes, sans enquête statistique, sans sondage, il est bien difficile de savoir ce que pense la majorité d'entre vous. Mais le moins que l'on puisse écrire est qu'une partie de votre communauté, celle qui s'exprime le plus bruyamment, persiste dans cette attitude. Paraphrasant Prévert, on pourrait écrire : «Depuis dix, vingt, quarante ans, cinquante ans ils cultivent la même idée fixe... et ils s'étonnent de ne pas avancer.» Voire de régresser. Le drame est que ce courant empêche les évolutions nécessaires, quant à l'évaluation du passé colonial ; plus grave : quant à la nature et à la qualité des relations de la France avec ses anciennes colonies. Le laisserons-nous « bloquer l'Histoire » ? (2)

Amis pieds-noirs, encore un effort !

Alain Ruscio

 

(1) Dernier ouvrage publié : Falsifications et instrumentalisations, les Indes Savantes, 2007 (codirigé avec Sébastien Jahan).

   (2) Selon l'expression qu'utilisait Pierre Nora en 1961 (Les Français d'Algérie, Julliard).

            

 Ces témoignages peuvent être complétés

par ce livre

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Présentation  

Enfance gâchée par la seconde guerre mondiale, bombardements, privations, situations traumatisantes, village occupé par l'armée allemande.

Jeunesse gâchée par la guerre d'Algérie, 15 ans après, opérations inhumaines, actions, missions dangereuses, village occupé par l'armée française, pacifiquement.

A l'effigie de l'auguste Marcel PROUST, qui découvre dans le pouvoir d'évocation de la mémoire instinctive qui réunit le passé et le présent en une même sensation retrouvée, sa "petite madeleine" trempée dans le thé, fait revivre, par le rappel du goût d'une saveur oubliée, toute son enfance.

Dans la préface, il est dit que c'est la "petite mitraillette" à la main en arrivant dans ce bled d'Algérie,  qui fait revivre par le rappel du dégoût d'avoir à subir une autre guerre, toute aussi cruelle que celle de son enfance !

Tout au long de ce récit, il a fallu juxtaposer les mêmes événements de 1944 et de 1959. Et c'est très étonnant !

Nous, anciens combattants, ne recherchons plus ce" temps perdu", mais ces années gâchées, le boucan infernal des avions en piqué, du canon et de la mitrailleuse, cette peur quotidienne, nous ne pourrons les oublier.

D'aucuns ont dit que nous avions "un devoir de mémoire".

D'aucuns pourront critiquer cette attitude. Qu'ils essaient d'en faire autant : nous sommes les derniers combattants.

 

 

 

 

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