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René Caro est président du comité des anciens combattants d'Algérie (FNACA) de Trégueux depuis douze ans. Cinquante ans après la fin de cette guerre d'Algérie, il nous raconte son départ, sa vie là-bas et son retour dans les Côtes-du-Nord (les Côtes-d'Armor d'aujourd'hui).

Je suis né le 19 décembre 1939, à Landébia. Le 2 janvier 1960, je pars faire mon service militaire à Lons-le-Saunier, 4 mois au 1er Régiment de tirailleurs marocains. C'était un régiment assez dur et en période hivernale, les classes ne furent pas faciles. Après une rapide permission, je suis parti en train rejoindre Marseille, c'était le 11 mai 1960. La première fois que je prenais le bateau et je n'étais pas le seul. On avait 20 ans, on n'avait pas quitté nos campagnes et on découvrait beaucoup de choses. Le coeur était gros. On se disait, on part mais est-ce qu'on va revenir... J'ai souvenir du passage du détroit de Gibraltar, la mer était très mauvaise.

« Je passe quand même »

L'an dernier au cours d'un voyage avec les collègues de la FNACA, on y est retourné. Cela nous a fait quelque chose de se retrouver là tous ensemble... J'ai débarqué à Oran et dirigé le 21e Régiment d'infanterie basé à Telagh. Notre devise était - Je passe quand même -. Puis nous avons été dispatchés et je me suis retrouvé à El Hamman avec les copains André, Claude, Yvon et René. On est resté ensemble pratiquement tout le temps. Là on m'affecte à la conduite d'un camion mais avant on m'a envoyé faire un stage de réparateur à Alger, je suis parti seul en train avec mon fusil... Il aurait pu m'arriver n'importe quoi ! Chauffeur, ce n'était pas toujours de la tarte, on n'avait pas le droit de quitter nos camions, on se retrouvait souvent seul à deux ou trois chauffeurs.

« Privé d'une partie de notre jeunesse »

Quelquefois les balles nous sifflaient aux oreilles. On était toujours sur le qui-vive, les fellagas pouvaient débarquer de n'importe où ! Des tortures, j'en ai vu de mes propres yeux. Se rebeller ? On ne se posait pas de questions, on était là, on obéissait. On était vacciné comme anesthésié. On n'avait pas le choix, on ne savait même pas trop pourquoi on était là. Mais on était dans une ambiance de copains, on se soutenait, on partageait beaucoup de choses.

Après le 19 mars 1962, on était content de rentrer chez nous sain et sauf, mais on y laissait des copains. Comment cela allait se passer pour eux après... J'ai embarqué le 20 avril 1962. On a fait un peu la fête sur le bateau, notamment avec des légionnaires. À Marseille, on s'est retrouvé en civil avec nos paquetages. J'ai été rayé des cadres et renvoyé dans mon foyer le 5 mai 1962. J'avais perdu 24 mois en Algérie. On nous a pris une partie de notre jeunesse. Je suis rentré à Landébia, j'étais perdu. Moralement j'étais encore là-bas. Il m'a fallu 6 mois pour reprendre une vie normale. Ce que je garde de ces mois là-bas ? L'amitié, la solidarité, c'était quelque chose d'important et ça nous a beaucoup aidé. Un lien qui même 50 ans après, est toujours aussi fort. On a été marqué, on n'a rien oublié de là-bas, il nous restera toujours quelque chose.

Tag(s) : #Associations

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