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http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article5458

Au moment où s’ouvraient les négociations d’Evian pour mettre fin à la guerre d’Algérie, deux légionnaires déserteurs, Albert Dovecar et Claude Piegts, membres des commandos delta de l’OAS sous les ordres de Roger Degueldre, participaient à l’assassinat de Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1961. Condamnés à mort, Dovecar et Piegts ont été exécutés le 7 juin 1962.

C’est précisément le vendredi 7 juin 2013 que l’Association de défense des anciens détenus de l’Algérie française (ADIMAD) a choisi pour honorer ces “soldats perdus” en inaugurant à Aix-en-Provence, à 10h45, un nouveau monument (après ceux de Toulon, Nice, Perpignan et Marignane) dans la cour de la Maison du maréchal Alphonse Juin. Une “maison”, propriété de la ville, qui en a confié la gestion au Collectif aixois des rapatriés – le C.A.R. –, dont le président, René Andrès, est coutumier des éloges de la colonisation et de l’OAS, et qui est abondamment subventionné par la municipalité.

Ces mêmes nostalgiques de l’Algérie française ont prévu de se retrouver, comme chaque année, début juin autour de la tombe de Claude Piegts au Touvet, dans l’Isère. L’hommage initialement prévu le dimanche 2 juin 2013, a soulevé de nombreuses protestations ; il vient d’être interdit par la préfecture de l’Isère [1]. Ses initiateurs l’ont reporté au 9 juin, deux jours après la cérémonie d’Aix.

Certes les condamnations auxquelles ont donné lieu les faits célébrés lors de ces rassemblements ont été amnistiées, mais cela n’autorise pas à faire l’apologie de ces crimes. Le négationnisme qui accompagne ces cérémonies est intolérable à beaucoup.

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  La tombe de Claude Piegts, au cimetière du Touvet (Isère)

Remarquer, sur cette plaque, la phrase en forme de signature dont les premières lettres de chaque ligne forment le sigle “O.A.S.”

Dans un discours prononcé le 22 octobre 2005, devant le mémorial d’Aix-en-Provence [2], René Andrès dénonçait :

« [ceux qui vont] jusqu’à contester la loi du 23 février 2005 disposant que les programmes scolaires reconnaissent en partie le rôle positif de la présence française outre mer. Ces historiens de pacotille, habitués à chercher la ligne d’horizon au dessus des nuages, fabriquent mensonges et désinformation que des journaux toujours les mêmes transforment en vérité. »

Il poursuivait :

« L’Algérie, ce département Français est devenu grâce aux instituteurs qui ont enseigné les vertus de la République, aux médecins qui ont vaincu les ravages causés par toutes les maladies existantes à l’époque notamment le paludisme, aux paysans qui ont par un travail titanesque transformer les marais en terres cultivables et à agrumes, aux ingénieurs qui ont construit, routes, voies ferrées, et barrages, aux chercheurs qui ont mis en valeur le Sahara par la découverte du pétrole et du gaz. »

Et il concluait :

« l’Anti-France renaît. Pour la combattre il faut à nouveau revenir au respect des valeurs morales de civisme et de culture Judéo-Chrétienne de notre Patrie »

Des déclarations que l’on ne peut laisser passer sans réagir.

Lettre du président de la section locale de la LDH adressée au maire du Touvet

le 23 Mai 2013

Madame le Maire

En 1956 et 1957 j’ai été comme beaucoup de concitoyens de mon âge appelé pour défendre l’Algérie française.
Beaucoup d’entre nous sont revenus traumatisés par ce qu’ils avaient vu ou été obligés de faire.

En Février 1962 j’étais de ceux qui ont milité pour l’Algérie algérienne. Je croyais sincèrement en la politique du Général De Gaulle concernant l’Algérie. J’ai pu constater les dégâts réalisés par l’OAS alors que les accords d’Evian devaient permettre le retour à la paix de ce pays.

Je ne peux m’empêcher de penser, à la lecture du projet de plaque commémorative à la gloire des héros de l’OAS, à tous ces amis nés en Algérie qui ont dû partir sans rien pour trouver refuge en France alors que leur plus profond désir était de rester dans leur pays d’origine : l’Algérie.

Je juge ce dépôt de plaque absolument scandaleux. Que les anciens de l’OAS puissent revendiquer la gloire de leurs activités terroristes qui ont occasionné le massacre des harkis et l’exil forcé de plusieurs centaines de milliers de personnes ayant toujours vécu en Algérie.

Je sais bien que nous sommes en démocratie et que la liberté d’expression est un droit pour tous. Mais je vois dans la manifestation des anciens de l’OAS (L’ADIMAD), une provocation que la Ligue des droits de l’Homme juge urgent d’interdire.

La Ligue des Droits de l’Homme sera présente le 2 Juin au côté d’autres associations et de citoyens opposés à cet acte condamnable.

Respectueusement votre

Marcel Favel
Président de la section Crolles-Grésivaudan de la LDH

Un “appel à manifester contre un hommage public à un criminel de l’OAS” a été lancé : http://www.reperes-antiracistes.org....

Ses premiers signataires :

Ras L’Front 38 (comités Grésivaudan, Voiron, Grenoble) ; ANPROMEVO (Association Nationale pour la Protection de la Mémoire des Victimes de l’OAS) ; Association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons ; ANPNPA (Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis) ; Association "Algérie au Coeur" ; ANACR Grésivaudan (Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de le Résistance) ; Comité Vérité Justice pour Charonne ; MRAP Isère ; Mouvement de la Paix Isère ; CIIP (Centre d’Information Inter Peuples) ; LDH Rhone Alpes (Ligue des droits de l’homme) ; ULCGT du Grésivaudan ; PCF du Grésivaudan ; GU 38 ; PAG 38 ; PG 38 ; NPA Grésivaudan.

Notes

[1] Le secrétaire général de la préfecture de l’Isère a signé le 31 mai 2013 un arrêté « portant interdiction de tout rassemblement à caractère revendicatif aux abords et à l’intérieur du cimetière du Touvet durant la journée du 2 juin 2013. »

[2] Référence : http://babelouedstory.com/thema_les....

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