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http://www.lavoixdunord.fr/region/marcel-bessard-20-ans-dans-les-aures-en-algerie-et-toute-jna30b0n698198

Cinquante ans après, Marcel Bessard n'a rien oublié. Les souvenirs de ses 18 mois passés en Algérie sont encore vifs. Ce natif de Beuvry, qui habite aujourd'hui Gonnehem, était au combat quand le cessez-le-feu a été prononcé. Un anti-militariste qui cultive le devoir de mémoire mais refuse les médailles.

Marcel Bessard a fait partie des unités combattantes en Algérie. Il a gardé de nombreuses photos et une valise pleine de courriers échangés avec sa fiancée.

PAR ELSA LAMBERT-LIGIER

bethune@info-artois.fr

Vingt-huit mois de service militaire pour un anti-militariste, un paradoxe ? « Les objecteurs de conscience devaient faire cinq ans de prison. C'est ça qui m'a fait hésiter, raconte Marcel Bessard. J'ai pensé à ma jeune fiancée et à mes parents. Mais j'ai sacrifié deux ans de ma vie. » Un peu plus même car celui qui a été boxeur a eu la malchance de naître en 1939. Les classes creuses, comme on  les appelle, période où les naissances sont moins nombreuses, Deuxième Guerre mondiale oblige. Vingt ans plus tard, on manque d'hommes en Algérie. Après 10 mois en Allemagne, Marcel Bessard est donc envoyé en Algérie dans le sud de Constantine, près de Tébessa, à la frontière avec la Tunisie. Résigné. « On savait que c'était dangereux mais on n'avait pas le choix. Au bout de 15 jours, on a vu 15 cercueils de soldats alignés. On a compris que c'était pas de la rigolade. » Et compris en même temps qu'en France, on ne disait pas la vérité. « Tous les dimanches, mes parents m'envoyaient La Voix du Nord. Le bilan du nombre de soldats tués était toujours minimisé. »

Sales moments

De ses 18 mois en Afrique du Nord, dans un régiment d'artillerie et dans des postes d'observation chargés de surveiller le barrage électrifié entre la Tunisie et l'Algérie, il retient de sales moments, « on allait au résultat après l'attaque des Algériens, la nuit, c'était pas beau parfois ce qu'on voyait » et surtout le souvenir d'une « solitude incroyable  ». « Des mois sans voir personne, c'était le désert, on ne voyait que les camions qui amenaient à manger et des militaires de temps en temps. » Seules « distractions », son transistor et son appareil photo achetés avec sa paye de militaire en Allemagne. Son dernier poste, il l'a passé dans un blockhaus pendant 6 mois. « Le poste le plus dangereux car le plus avancé de la frontière. » Le cessez-le-feu, le 19 mars 1962, il l'a senti venir. « Le 17 mars, on a été attaqué de façon plus virulente. Un baroud d'honneur. » Et puis, avec son transistor, il était au courant de pourparlers. « Le 19 mars, notre chef est venu dire que c'était terminé, qu'il ne fallait plus tirer... On était fatigué, usé. Pas le coeur à fêter ça. Plutôt envie de partir.

Un mois plus tard, il reprend le bateau puis le train qui le ramène de Marseille à Lille. « Je me souviens du silence dans le train. Personne ne parlait. On avait un choc certainement. » Il est rentré en France un mercredi et le lundi, il retourne au travail. Sans transition comme on dit. « Je voulais oublier. » Douze heures par jour, samedi compris. «  Comme ça, je ne pensais à rien. » Oublier mais pas enterrer. S'il en parle peu à ses trois enfants, il lui arrive de passer des diapos d'Algérie au milieu d'autres événements familiaux à Noël ou Nouvel An. Et depuis qu'il est à la retraite, cette période revient comme un boomerang. « Il n'y a pas une journée sans que j'y pense. Les souvenirs... Peut-être on se rend compte maintenant qu'on a eu de la chance. » S'il n'a jamais été blessé, Marcel Bessard sait que c'est parce qu'il a eu de la chance. « J'ai souvent été au bon endroit au bon moment. » Pas blessé, mais traumatisé. Il doit parfois s'arrêter de parler face à la violence des souvenirs, ceux qu'il ne peut pas raconter. Reprendre son souffle, effacer ces images. L'an dernier, il a organisé une conférence à Gonnehem. « Pas pour raconter la guerre mais pour expliquer comment on en est venu là.

  " Où ? comment cultiver le devoir de mémoire ? "

Depuis 20 ans, il fait partie de la FNACA mais refuse les décorations et les médailles. « Je m'en fous. Une décoration parce qu'on est allé flinguer des mecs ? Je vais là parce qu'il y a des copains sympathiques. » Marcel Bessard n'a pas tiré un trait sur l'Algérie. « J'ai des amis algériens que j'ai connus en France. J'ai même essayé de jumeler une ville d'Algérie avec Béthune. C'est un pays magnifique. » Dont il a eu la nostalgie 5/6 mois après son retour en France. « Le pays est tellement beau. » Il est allé à Alger en 1980 comme chef d'entreprise et irait bien en vacances. « Mes copains ont peur. Moi, ça me plairait bien. » Marcel Bessard sait faire la part des choses.

La Voix Du Nord

 

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