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50e congrès départemental de la FNACA à Grenoble (Extrait)

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"Ce dimanche, j’ai assisté au 50e congrès départemental de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie-Maroc-Tunisie (FNACA). Alors que 2012 marque le cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie et que le Sénat vient d’adopter la proposition de loi faisant du 19 mars, date anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, une journée « à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc », ce congrès avait une saveur toute particulière.

C’est toujours avec un sentiment de reconnaissance et d’admiration que je m’adresse à des anciens combattants qui ont donné leur jeunesse et risqué leur vie pour la France. Je suis d’une génération qui est née trop tard pour avoir eu à porter l’uniforme sous le feu de l’ennemi. Je n’ai pas éprouvé ce que vous avez subi ni durant cette guerre ni depuis à vous souvenir de vos camarades tombés au combat. Je voulais donc vous dire ma sincère sympathie pour ce que vous avez vécu.

 Je le fais dans une année bien particulière : celle du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie. Un demi-siècle représente une longue période dans l’histoire moderne des hommes. C’est une période plus longue que celle qui sépara le commencement de la première guerre mondiale de la fin de la guerre d’Algérie. Et pourtant ces cinquante années-là paraissent ne s’être jamais écoulées tant notre pays a du mal à ranger la guerre d’Algérie dans sa mémoire nationale, tant le souvenir de ce conflit nous dérange et nous divise encore aujourd’hui. De notre difficulté à porter un regard serein sur cette histoire, vous avez été trop longtemps les victimes. C’est pourquoi, sans négliger les questions financières que j’aborderai dans un instant, je pense que la première des réparations qui vous est due, c’est bien celle du devoir de mémoire. La dernière génération du feu ne doit pas être la mal aimée de toutes nos générations d’anciens combattants.

 La guerre que l’on vous a fait faire n’avait certes pas le panache des deux guerres mondiales et de la Résistance, quand il s’agissait de sauver notre indépendance nationale. Mais c’est la France qui vous y avait envoyés, la France de cette époque qui croyait que l’Algérie était française. Il serait particulièrement injuste que certains de nos jours, par pur anachronisme, vous reprochent d’avoir fait cette guerre, quand d’autres, accrochés à une nostalgie irréfléchie, vous feraient porter la faute de la défaite politique ayant suivi votre victoire militaire. Ce que la société française doit retenir de ce conflit, c’est avant tout que vous avez bien servi l’humanisme et bien servi la République.

 L’humanisme parce que tout au long de ce conflit vous avez su concilier la défense de la France et la défense des vraies valeurs de la France. Vous ne vous êtes pas déshonorés dans des conditions qui ont entraîné pourtant bien des dérives, celles-là même dénoncées dans le très beau film d’Yves BOISSET RAS que nous avons vu ensemble en mars dernier en présence du cinéaste. L’exposition que vous avez présentée en même temps en mairie de Grenoble condamnait les corvées de bois et la torture, citait Maurice AUDIN et Henri ALLEG. J’y ai été particulièrement sensible. Cela vous vaut l’inimitié de l’extrême-droite ? Eh bien cela vous vaut en retour l’estime de la mairie de Grenoble et celle du député socialiste que je suis.

 La République parce que  vous l’avez sauvée en avril 1961 lors du putsch des généraux en Algérie. Refusant de suivre les ordres des généraux félons en des heures où tout pouvait encore basculer, vous avez permis à la loi et donc à la démocratie de triompher. La Nation a contractée en ces quelques jours envers vous une dette imprescriptible.

 C’est pourquoi la Ville de Grenoble est toujours attentive aux demandes de la FNACA et soucieuse de la qualité de notre partenariat au service du devoir de mémoire. Nous avons inauguré à cette fin une rue du 19 mars, où un monument commémoratif rappelle aux Grenoblois l’histoire de votre présence en Afrique du nord de 1952 à 1962. Notre mairie vous est toujours ouverte, j’ai eu le plaisir d’y célébrer à vos côtés le cinquantenaire du 19 mars 1962. Nous vous soutiendrons toujours pour transmettre votre expérience aux nouvelles générations.

 Au niveau national, l’année du cinquantenaire aura été celle de la pleine reconnaissance de votre histoire. Il aura fallu beaucoup de temps pour que la guerre d’Algérie fût enfin reconnue en tant que telle : il aura fallu à vrai dire la loi du 18 octobre 1999 que j’avais eu la satisfaction de voter sous le gouvernement de Lionel JOSPIN. La reconnaissance du 19 mars aura été, quant à elle, encore plus longue à obtenir. Si l’Assemblée nationale avait voté en faveur du 19 mars dès l’année 2002, la gauche n’avait pas eu le temps de soumettre cette proposition de loi au Sénat. En mars dernier, lors du cinquantenaire, je vous avais promis que nous ferions aboutir cette démarche si François HOLLANDE était élu président de la République. Cette promesse a été tenue. Le 8 novembre, comme vous le savez, le Sénat a adopté ce texte qui, conformément au souhait exprimé par la FNACA, fait du 19 mars, date anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, une journée « à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ».

 L’opposition a saisi le conseil constitutionnel pour faire invalider ce texte. Les prétendus héritiers de Charles de GAULLE et des signataires d’un accord conclu le 18 mars 1962 sous l’autorité du général ont choisi de se joindre aux nostalgiques de BASTIEN-THIRY et des fourriers de l’OAS. C’est leur choix. Pour notre part nous attendons avec confiance la décision du juge constitutionnel. De toute façon nous disposons à la fois de la majorité parlementaire et de la détermination politique pour faire adopter dans tous les cas le 19 mars comme journée nationale. Nous sommes d’autant plus déterminés à le faire qu’il ne s’agit pas pour nous de célébrer une défaite et la perte de départements français : il s’agit pour nous de commémorer la fin d’un conflit sanglant et de rendre hommage à la mémoire des morts et aux souffrances de tous les jeunes français que la Nation a envoyé combattre en Algérie. Rien dans cette démarche ne revient à nier l’exil des rapatriés, le drame des harkis, les événements terribles de juillet 1962 à Oran. Nous voulons juste tourner enfin la page de la guerre d’Algérie en commémorant son terme. Car le saviez-vous ? La guerre d’Algérie n’a pas pris fin un 5 décembre ! Et je remarque que ceux qui contestent la date du 19 mars ne nous disent pas quel jour la guerre d’Algérie a pris fin à leurs yeux. Il est vrai que je soupçonne beaucoup d’entre eux de penser qu’elle n’a en réalité jamais pris fin. Ce refus-là continue hélas d’empoisonner la vie de notre pays, de contrarier la coexistence entre les communautés et entre les mémoires, d’empêcher la construction d’un avenir commun bâti sur une mémoire enfin partagée. Il faut pourtant bien que cette guerre aille rejoindre sa place dans l’histoire de la France – dans la seule histoire de la France. Nous y contribuerons avec la journée nationale du 19 mars : en donnant droit à une ancienne revendication de la FNACA, nous satisfaisons l’intérêt général.

Michel DESTOT

Député-maire de Grenoble

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