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La République, aujourd’hui, face à l’OAS, de Jean-Philippe Ould Aoudia suivi de Mort pour la France. 31 mai 1961 - Alger, de Jean-François Gavoury.

Un ouvrage paru fin février 2006, aux éditions Tirésias [1].

 

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Préface de Pierre Joxe

Il y a aujourd’hui plus de quarante ans que les trahisons et les crimes qui ont accompagné la fin de la guerre d’Algérie ont eu lieu.

Ceux qui ont connu cette époque ont tendance à l’oublier.

Elle est pleine de trop mauvais souvenirs, à commencer par la félonie de quelques officiers trahissant leur mission pour organiser l’assassinat d’innocents et le terrorisme qui frappa des femmes et des enfants au nom de « l’organisation armée secrète ».

Cette crise finale, venant après tant de drames, a tendance à disparaître de nos souvenirs. Ceux qui n’étaient pas nés ou qui étaient trop jeunes à l’époque, il y a une ou même deux générations, n’ont pas tellement de raisons de connaître ces faits. Si la crise a été très violente, elle a été assez brève et ceux qui l’ont traversée ont souvent préféré tourner la page.

Il y a pourtant un devoir de mémoire à l’égard des hommes et des femmes qui, après avoir passé leur vie au service de la collectivité, dans l’enseignement, dans l’administration publique ou dans la police nationale, ont été tués par des traîtres.

Ce sont aujourd’hui deux fils qui témoignent à la mémoire de leurs pères assassinés :
Le fils du Commissaire Gavoury que j’avais eu l’occasion de rencontrer à Alger pendant mon service militaire, et le fils de Salah Henri Ould Aoudia - l’un des responsables des célèbres « centres sociaux », qui faisaient notre admiration sous l’impulsion de Germaine Tillion.

Mais plusieurs dizaines d’autres fonctionnaires, enseignants, policiers, ou militaires loyaux ont été assassinés par l’OAS en 1962. L’OAS a aussi brûlé des écoles et détruit par incendie les centaines de milliers de livres de la bibliothèque universitaire d’Alger.

Quelles que soient à présent les conséquences juridiques des lois d’amnistie, ces crimes là sont aussi ineffaçables que l’honneur des serviteurs de l’Etat dont ils ont provoqué la mort et auxquels il est juste de rendre hommage.

13 février 2006

Pierre JOXE
Ancien ministre

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Les pages que rédigent ici des fils d’assassinés par l’OAS sont plus encore qu’une mémoire, un livre de notre Histoire escamotée. Car le silence fourbit l’injustice, et la forfaiture élève les sanglants exécuteurs, ces héros de pacotille, en des martyrs de mensonge. Notre République réassassine les innocentes victimes et nihilise la grandeur de leurs serviteurs. L’honneur de ces hommes qui servirent l’État avec une loyauté, une éthique, est piétiné.

Dans le cas présent, les six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs « exterminés », tout comme le commissaire Gavoury massacré, sont les victimes d’un crime imprescriptible et tout honnête homme doit demander raison.

Si les deux fils de victimes de ces exécuteurs - ayant eu l’affront de revendiquer d’avoir servi la France - ne s’étaient pas indignés, nul sinon peu n’aurait conçu d’annihiler l’hommage à l’insupportable et à l’injustice.

Notre patrie s’implique dans son avenir et sa jeunesse sera à l’image de la volonté d’Etat que justice, vérité et honneur soient de son Histoire. C’est le pari de cet ouvrage et l’engagement de ces fils de notre République.

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  • Jean-Philippe Ould Aoudia, né le 4 septembre 1941 à Alger. Son père fut l’un des six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs assassinés par l’OAS, le 15 mars 1962. Le combat qu’il mène s’inscrit dans la fidélité à la mémoire de son père et aux valeurs que lui et ses collègues ont enseignées.

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  • Jean-François Gavoury, né le 16 mai 1950 à Charleville. Orphelin de guerre et pupille de la Nation, il s’engagera au service de l’Etat. Son combat d’aujourd’hui : la protection de l’honneur de son père contre les souillures d’une OAS réincarnée.

 

Face à l’exaltation de l’OAS, l’État indigne

par Charles Silvestre, L’Humanité du 17 mars 2006

Vous vous appelez Jean-Philippe Ould Aoudia. Votre père, Salah Ould Aoudia, instructeur des centres sociaux en Algérie, a été criblé de balles, le 15 mars 1961. Vous apprenez que le chef des assassins voit sa mémoire honorée en juillet 2005, à Marignane. Vous êtes Jean-François Gavoury. Votre père, Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, a été lardé de coups de couteau le 31 mai 1961. Vous apprenez que l’un des tueurs et son complice figurent sur la même stèle du cimetière de Marignane.

Jean-Philippe Ould Aoudia et Jean-François Gavoury ont appris autre chose, peut-être encore plus grave : au printemps 2005, alors que s’annonçait la provocation des nostalgiques de l’OAS, assassins de la mémoire de ses victimes, Christian Frémont, préfet des Bouches-du-Rhône, Hamlaoui Mékachéra, secrétaire d’État aux Anciens Combattants, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, chef du gouvernement, Jacques Chirac, président de la République, ne trouvaient rien à redire à cet hommage insensé. Ils ne trouvaient même pas à redire à l’exaltation d’un autre assassin qui fut à deux doigts, le 22 août 1962, d’abattre le général de Gaulle avant que celui-ci ne fasse exécuter les quatre : Degueldre, Dovecar, Piegts, et Bastien-Thiry.

Pour obtenir l’interdiction du rassemblement de Marignane, le 6 juillet 2005, mais pas de la stèle érigée la veille, il aura fallu une lutte épuisante que retracent les deux fils dans leur livre. Livre cauchemar, livre courage, dédié à une soeur, Madeleine Ould Aoudia, qui, sur place, indignée et muette, se fit cracher dessus par une horde écumante de haine.

Il y a eu, au début des années soixante, dans une France qui, à Alger, portait encore ce nom, des petits Pinochet en puissance. À l’origine des centres sociaux, l’anthropologue Germaine Tillion les a exécutés en quelques mots, parlant « des calculs imbéciles des singes sanglants qui font la loi à Alger ».

Algériens et Français, les six instructeurs mitraillés à Château-Royal, du nom du lieu du crime perpétré le 15 mars 1962, et le commissaire massacré pour avoir tenu à éviter le pire entre les communautés restent au-delà de la mort comme les arches d’un pont entre les deux pays, un vivant traité d’amitié avant la lettre de celui qui se cherche aujourd’hui et qui leur devra tant.

marignane_6juill2005_honte-5b93c.jpg Manifestation de protestation à Marignane, au soir du 6 juillet 2005

(photo Serge Guéroult).

Notes

[1] La bataille de Marignane, 6 juillet 2005, Jean-Philippe Ould Aoudia, 240 pages, 20 €, éditions Tirésias (BP 249 - 75866 Paris cedex 18).

De Jean-Philippe Ould Aoudia, lire aussi, aux Éditions Tirésias, l’Assassinat de Château-Royal.

 

La bataille de Marignane (Le mot de l’éditeur)

«Rien n'est résolu, aucun conflit n'est réglé, et remettre en mémoire ne veut pas dire remiser dans la mémoire.» Les pages que rédigent ici des fils d'assassinés par l'OAS sont plus encore qu'une mémoire, un livre de notre Histoire escamotée. Car le silence fourbit l'injustice, et la forfaiture élève les sanglants exécuteurs, ces héros de pacotille, en des martyrs de mensonge. Aussi le pouvoir veut se faire de nouveaux alibis, des «fadaises» de réconciliation pour laisser, si les enfants des victimes n'y prenaient garde, le négationnisme faire acte et la démission s'ériger en cénotaphe devant l'innomé. Notre République réassassine les innocentes victimes et nihilise la grandeur de leurs serviteurs. L'honneur de ces hommes qui servirent l'État avec une loyauté, une éthique, est piétiné. C'est le factorat de l'imposture.

Dans le cas présent, les six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs «exterminés», tout comme le commissaire Gavoury massacré, sont les victimes d'un crime imprescriptible et tout honnête homme doit demander raison. Il y a condamnation à prévariquer l'honneur d'une Nation mais aussi, de fait, à affaiblir ses fondements. La patrie induit tous ses enfants dans leur rôle de gardien de la liberté et de la justice.

Si les deux fils victimes de ces exécuteurs - ayant eu l'affront de revendiquer d'avoir servi la France - ne s'étaient pas indignés, nul sinon peu n'aurait conçu d'annihiler l'hommage à l'insupportable et à l'injustice.

Il faut qu'enfin le cercueil de leurs pères repose en paix et que le travail de mémoire fasse acte pour leur deuil et l'équité. Notre patrie s'implique dans son avenir et sa jeunesse sera à l'image de la volonté d'État que justice, vérité et honneur soient de son Histoire. C'est le pari de cet ouvrage et l'engagement de ces fils de notre République.


Extrait du livre

De Nice à Perpignan, le littoral méditerranéen est offensé par une dizaine de monuments «à la gloire et à l'honneur» des quatre condamnés à mort de l'OAS: Bastien-Thiry, Degueldre, Dovecar et Piegts.
De 1973 à 2003, les inaugurations se sont faites comme naturellement, sans qu'aucun élu ou représentant de l'État ne trouve rien à redire à ce qu'on honore les criminels les plus déterminés à renverser la République par la violence. Au contraire, des élus - maires, députés, sénateurs, conseillers généraux de tous bords - y côtoyaient sans gêne d'anciens putschistes et d'anciens tueurs.
C'est l'annonce, dans un quotidien national, du projet de création d'une stèle à Marignane, qui fit office de révélateur de la dérive pro OAS dans laquelle le Midi était embourbé et qui provoqua l'indignation.
Car pour les descendants des deux mille deux cents assassinés - hommes et femmes - par le poignard ou les balles de l'organisation criminelle, la publicité pour Marignane et l'existence d'autres monuments du même genre sont insupportable offense à la mémoire de leurs morts.
Pour les cinq mille cent quarante-huit rescapés des tentatives de meurtre commises par l'organisation criminelle, l'annonce claironnante de Marignane a ravivé les souvenirs de douleur.
Pour les milliers de victimes de destructions par explosif, Marignane est le rappel assourdissant de ce que fut l'entreprise de terreur menée en Algérie et en France.

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Article paru dans l'édition du 1er mars 2006

Les ex-terroristes de l’OAS en cavale vont être indemnisés

La polémique déclenchée par la fameuse loi de février 2005 glorifiant les "bienfaits" de la présence française outre-mer (une "grosse connerie", comme a dit Chirac) portait sur son alinéa 4. Alinéa finalement retiré à la demande de l'Élysée. Mais un train peut en cacher un autre, et derrière cet alinéa litigieux figure un article 13 non moins dicté par ces mêmes organisations politiques de rapatriés d’Algérie et d’anciens membres de l’OAS. Rappelons que cet ex-mouvement terroriste compte 2 200 victimes à son tableau de chasse. Pêle-mêle : fonctionnaires et officiers loyalistes, appelés du contingent, femmes de ménage algériennes...

Signé Raffarin 

Cet article 13 indemnise les ex-OAS, aimablement qualifiés, pour la circonstance, d’« exilés politiques ». Du moins les civils, puisque les chefs militaires avaient déjà recouvré leurs droits à la retraite en 1982 grâce a Mitterrand.

En clair : sur la base annuelle de 5 036 euros, cette indemnité - défiscalisée... - ira aux anciens activistes, volontiers tueurs et plastiqueurs sans uniforme, qui, en 1962, s’étaient enfuis en Argentine ou en Espagne pour échapper à la justice. C’est le cas, par exemple, de Joseph Ortiz, réfugié à Majorque entre 1962 et 1968. Le lobby Algérie française a été si efficace que le décret d’application de cet article a été signé en hâte par Raffarin dès le 26 mai 2005, quatre jours avant son départ de Matignon. Un "exilé politique", lui aussi.

L’indemnisation - "une forme d’hommage", plaisante L’Humanité (23/2) - se fera sur dossier, soumis à une commission de sept membres dans laquelle le gouvernement a nommé, comme représentant des rapatriés, l’ancien patron de bar d’Oran Athanase Georgopoulos, dit « le roi de trèfle » [1].

Amusant : cette semaine, paraît (aux éditions Tirésias) « La bataille de Marignane » [2]. Ce document explique comment, en 1961, Georgopoulos avait - "dans un garage", a-t-il précisé au Canard - créé secrètement la zone 3 de l’OAS oranaise, avant d’y accueillir le général putschiste Edmond Jouhaud. Après quoi il s’était enfui à Torremolinos, en Espagne : donc, s’il le souhaite, un bon candidat à sa propre indemnisation !

Ce livre implacable est signé par deux proches de victimes de l’OAS : Jean-François Gavoury, fils du commissaire assassiné chez lui à coups de couteau, en 1961, par l’un des escadrons de la mort des « Deltas » algérois ; et le Dr Ould Aoudia, dont le père figurait (en compagnie notamment de l’écrivain Mouloud Feraoun) parmi les six fonctionnaires de l'Éducation nationale enlevés par l’OAS, pour être alignés contre un mur et déchiquetés au fusil-mitrailleur.

Signé Frêche 

Les deux auteurs racontent comment ce néorévisionnisme a progressé. Depuis l’indécrottable Georges Frêche déclarant à un congrès de rapatriés, en 1962, qu’il "pouvait comprendre les gens ayant rejoint l'OAS", jusqu’à la récente caution qu’ont apportée certains ministres et parlementaires, par leur présence à des inaugurations de monuments et stèles à la gloire des "héros" de l’OAS, de Nice à Marignane. Liste non exhaustive : Jacques Médecin, Jacques Dominati, Jean-Claude Gaudin, Renaud Muselier, Jean-Paul Alduy, etc. Sans qu’on puisse toutefois préjuger des monuments en préparation : un "Mur des disparus" à Perpignan (Alduy), un mémorial à Marseille (Gaudin), un musée de l’Algérie à Montpellier (Frêche), un cénotaphe à Cagnes-sur-Mer (Louis Nègre, UMP) ...

La plupart de ces réalisations devraient être inaugurées au début de 2007. Tiens, 2007, ça nous dit quelque chose...

Serge Richard

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septembre 2006

Page 27

  La bataille de Marignane. 6 juillet 2005. La République, aujourd’hui, face à l’OAS

 

Jean-Philippe Ould Aoudia

  

Salah Henri Ould Aoudia était l’un des responsables des centres sociaux créés sous l’impulsion de Germaine Tillion. Il fut assassiné par l’Organisation armée secrète (OAS) pour avoir voulu rapprocher les communautés. Roger Gavoury, commissaire central du grand Alger dans les derniers temps de la guerre, fut assassiné pour avoir voulu faire respecter la loi républicaine. Leurs fils, Jean-Philippe et Jean-François, orphelins, le premier à 20 ans, le second à 11, en ont gardé, outre une plaie jamais refermée, une volonté farouche, permanente, de dénoncer tout essai de réhabilitation des factieux. Or le moins que l’on puisse dire est que des tentatives de ce type se multiplient, notamment des milieux les plus revanchards de la mouvance « nostalgérie ».

Une étape de cette offensive a été l’érection d’un monument, à Marignane, à la gloire des « fusillés et combattants pour que vive l’Algérie française »... en fait des tueurs, parmi lesquels Bastien-Thiry, qui organisa l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle, Degueldre, l’un des assassins de Salah Ould Aoudia, ou Dovecar et Piegts, condamnés à mort pour leur participation au crime visant le commissaire Gavoury.

Alain Ruscio.

 Suivi de Mort pour la France. 31 mai 1961. Alger – Jean-François Gavoury. Tirésias, Paris, 2006, 240 pages, 20 euros.

 LE MONDE DIPLOMATIQUE | septembre 2006 | Page 27

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