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 | TÉMOIGNAGES DE LA GUERRE D'ALGÉRIE |

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Le monument aux morts de Rousies (Nord)

http://www.lavoixdunord.fr/region/paroles-d-anciens-combattants-on-avait-vingt-ans-on-jna23b0n655384

Claude Bombled, président du comité FNACA de Rousies, nous a envoyé une photo de jeunes appelés du contingent de la classe «1956:2b», prise en Algérie, à El Aouina, en septembre 1956. Du coup, nous avons eu envie d'en savoir plus. L'année-anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie est l'occasion d'évoquer avec quelques-uns de ces anciens combattants cette période de leur vie.

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Claude Bombled de la FNACA

de Rousies (Nord)

devant les photos

 en soldat.

 

Ce n'est pas un album-souvenir mais de précieux témoins d'un pan d'histoire. Celle de la guerre d'Algérie du point de vue des soldats français. Des dizaines de photos noir et blanc prises sur le terrain de jeunes hommes en uniforme. Accompagnées d'anecdotes et de récits ; de dates, de noms, de citations et de médailles. Avec, sur l'un de ces panneaux, la liste des morts de l'Avesnois. « Franchement, c'est d'abord à ceux qui ne sont pas revenus que nous pensons toujours », lance immédiatement Claude Bombled en accueillant son visiteur à la salle Van-Soest de Rousies, où siège le comité local de la Fédération nationale des anciens Combattants d'Algérie (FNACA). Sur les quelque 400 enfants de Rousies partis de l'autre côté de la Méditerranée, tous sont revenus mais la Sambre-Avesnois a compté cent un morts officiellement répertoriés dans ses villes et villages.

« Nous, nous avons eu la chance de vieillir, poursuit Claude. Là-bas, tout le monde n'a pas vécu les mêmes choses au même moment. »

Passé par l'école des transmissions de Fès, Claude Bombled a été affecté à Colomb-Béchar, à plus de 1 000 km au sud-ouest d'Alger. Rien à voir, estime-t-il pourtant, avec ceux qui étaient plus près des combats...

Parti lui aussi à 20 ans, muté au 14e bataillon de chasseurs alpins, Roger Ducharneux est resté deux ans en poste - de septembre 1958 à septembre 1960 - sur la ligne Morice, défense armée à la frontière de la Tunisie, cible constante des assauts du FLN. « Nous avions des face-à-face tous les deux-trois jours, se souvient-il. Ceux qui faisaient la bouffe, les infirmiers avaient tout autant de valeur que nous. Nous n'avons pas choisi où nous étions. » « Je n'ai jamais tout raconté, à personne, poursuit encore avec pudeur Roger. On ne peut pas tout dire. J'ai tout écrit. C'est dans une boîte fermée à clef que mes petits-enfants pourront lire quand je ne serai plus là... » Ces hommes-là avaient vingt ans à peine quand ils ont dû partir. Pas vraiment la fleur au fusil, forcément, mais par devoir. Beaucoup travaillaient déjà.

Avaient, pour certains, des fiancées. « J'écrivais tous les jours, mais je ne disais pas la vérité », reconnaît aujourd'hui Roger, l'émotion perlant au fond des yeux. « La guerre, c'est la ruine de la jeunesse », tranche discrètement, à l'autre bout de la salle, son ami Jean Vanderstocken. « La guerre, c'est la plus grande bêtise qu'on puisse faire », répond en écho Roger qui avoue avoir été «mal quand (il est) rentré. Certains ne s'en sont jamais remis. » «Nous étions des gamins, reprend Claude Bombled. On n'avait pas le choix, on nous disait qu'il fallait y aller. À part, peut-être, ceux qui avaient fait des études supérieures, on ne contestait pas. » «Nous étions élevés comme ça. On nous disait qu'il fallait y aller, on est partis », renchérit Alfred Sanselone, para de formation qui passa onze mois à commander «les supplétifs », autrement dit les harkis «qu'on a laissé massacrer en partant.»

En cette année de cinquantième anniversaire des accords d'Évian ayant conduit au cessez-le-feu du 19 mars 1962, les langues se délient un tout petit peu plus. « Forcément, avec cet anniversaire, ça fait ressortir beaucoup de choses, remarque Claude. Mais c'est toujours délicat, la guerre d'Algérie. Nous n'en parlons pas forcément autour de nous, ça n'intéresse pas les jeunes. Entre nous, oui, ça revient toujours... »

« J'ai fait quelques cauchemars, au retour. Ma femme me disait que je criais dans mon sommeil..., raconte encore Alfred. Tout ce que j'ai vu, je l'ai toujours gardé pour moi. » « Plus jamais ça », c'est le message qu'Alfred voudrait délivrer aux jeunes générations. « Il faut qu'ils se battent pour garder leur liberté et ne pas la galvauder, ajoute Roger. On avait vingt ans, on ne méritait pas ça. » 

PAR BÉATRICE FRÈRE

La Voix Du Nord

 

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