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Un souvenir parmi tant d'autres :

 les rappelés aussi

Le 10 avril 1956, le Sidi-Mabrouk déverse une unité du contingent sur les quais d'Alger. Il s'agit de jeunes gens des classes 1952 et 1953 rappelés en Algérie pour une période supplémentaire de six mois (après dix-huit mois de service militaire). Les hommes débarquent en tenue 46 dans la chaleur algéroise après vingt-quatre heures de traversée inconfortable.
En métropole, ils viennent de vivre des scènes démoralisantes : femmes couchées sur les voies, gares mises à sac, rails bloqués par les manifestants hostiles à l'intensification de la guerre... Nombre de rappelés feront preuve de rogne et de grogne contre ce rappel qu'ils vivent mal, dans un pays inconnu, l'Algérie, pour une guerre dont le sens échappe à beaucoup. 

 

Pour les appelés et rappelés

de la guerre d'Algérie

Mais aussi pour les rapatriés et les harkis

Message du sénateur du Puy-de-Dôme Alain Néri

qui nous parle de la Loi du 6 décembre 2012

 

Une Loi qui doit rassembler

La France doit se réconcilier avec son passé

 

Cinquante ans après, il était urgent de rendre hommage, honneur et dignité à la troisième génération du feu, partie en Algérie, parfois neri_alain11105e.jpgsans comprendre tous les objectifs, parfois sans les partager, et qui a répondu avec abnégation et courage à l’appel de la nation.

Cette troisième génération du feu, ne l’oublions pas, est celle des enfants de la guerre de 1939-1945, de ceux qui avaient déjà souffert de l’Occupation, des privations matérielles, mais aussi et surtout des privations morales et affectives. Beaucoup ne connurent leur père qu’à l’âge de cinq ans, lorsque ce dernier rentra de captivité, ou ne le connurent jamais. D’autres ne connurent pas leur mère, victime de la déportation. Dix ans après le retour, ou la disparition, de leur père et de leur mère, ils partaient en Algérie.

Mettons-nous également à la place des familles, en particulier des mères qui, après avoir vu partir leur époux en 1939-1945, voyaient partir leurs fils en Algérie. Douloureuse épreuve, d’autant que, longtemps, la France n’a pas osé reconnaître que, en Algérie, c’était bien la guerre, hypocritement et abusivement – abusivement au sens premier du terme : on a abusé les Françaises et les Français en leur disant qu’en Algérie il ne s’agissait que d’« événements », d’opérations de pacification et de maintien de l’ordre.

Alors qu’il y a eu 30 000 morts, alors que l’armée française a engagé ses trois armes – l’armée de terre, l’armée de l’air et la marine –, alors que 500 000 soldats français ont été mobilisés sur le sol algérien, alors que plus de 2 millions de jeunes Français ont participé à la guerre d’Algérie, il nous paraissait cruel de ne pas reconnaître celle-ci sous son nom.

Il a fallu attendre trente-sept ans après le cessez-le-feu. Il a fallu attendre 1999, pour que la Nation reconnaisse enfin que, en Algérie, c’était la guerre.

D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ? Tout en évoquant des « événements », on reconnaissait aux soldats d’Algérie la qualité de combattant pour des actions de feu et de combat. S’il y avait action de feu et de combat, s’il y avait morts, c’est bien qu’il y avait guerre ! Aujourd’hui, plus personne ne peut nier que, en Algérie, c’était la guerre.

Cette guerre d’Algérie, restée trop longtemps une guerre sans nom, heureusement, cette guerre a maintenant sa date historique et symbolique de reconnaissance et de recueillement pour toutes ses victimes… Cette date du 19 mars est gravée dans le marbre de la Loi du 8 novembre 2012.

Le cessez-le-feu du 19 mars 1962 ne fut pas la fin des souffrances.

Avant le 19 mars, les appelés, les rappelés, les militaires de carrière et leurs familles ont souffert de la séparation, de la peur, des violences et des deuils.

Après le 19 mars, d’autres souffrances grandirent : celle des rapatriés, que l’on appelait aussi les pieds-noirs, contraints de quitter leur terre natale et d’abandonner leurs racines ; celle des harkis, qui avaient placé leur confiance dans la France, qui avaient cru en sa parole et qui furent odieusement et honteusement désarmés et abandonnés sur ordre du gouvernement de l’époque.

Ceux qui furent accueillis en France le doivent au courage d’officiers qui, désobéissant aux ordres, rapatrièrent leur harka.

Lorsqu’ils arrivèrent en France, les harkis non plus ne reçurent pas un accueil chaleureux. Ils furent parqués dans des camps, situation qui dura, non pas quelques mois, mais plusieurs années. Nous n’avions aucune raison d’être fiers de ces conditions d’accueil.

Tous ont souffert de la guerre, et, aujourd'hui, il ne faut pas hiérarchiser les drames. Les souffrances des uns et des autres doivent être reconnues à égalité par la nation, qui doit se réconcilier avec son Histoire.

C’est pourquoi nous ne pouvions nous satisfaire d’une date qui ne serait pas historique et symbolique.

En effet, la guerre d’Algérie, tout comme les deux conflits mondiaux, appartient à notre Histoire.

La troisième génération du feu méritait une date historique et symbolique, comme les deux générations précédentes.

La date du 11 novembre commémore l’armistice, et non la fin de la guerre de 14-18, qui s’est poursuivie en Orient.

Le 8 mai ne marque pas la fin de la guerre de 39-45, mais la capitulation nazie, un moment historique que l’on ne doit pas effacer de nos mémoires, que personne ne pourra jamais effacer de nos mémoires et que l’on doit continuer à faire partager aux générations futures.

De la même façon, l’armistice de 14-18 représente une page de notre histoire. C’est pour cela que l’on ne peut accepter la tentative de certains de nous faire « avaler » un Memorial Day. Non ! Chaque génération du feu doit avoir sa date historique et spécifique

Pour la troisième génération du feu, c’est le 19 mars, date du cessez-le-feu, et non date de la fin des combats.

Cette troisième génération du feu mérite le recueillement et l’hommage de la nation, non seulement en souvenir de toutes les souffrances qu’elle a endurées, mais aussi parce que, si elle ne partageait pas toujours les objectifs de cette guerre, elle est allée en Algérie à l’appel de la nation.

Ces combattants ont aussi répondu une deuxième fois à l’appel de la nation, lorsqu’ils ont sauvé la République en s’opposant au putsch des généraux d’Alger.

Pour toutes ces raisons, la nation, réunie, rassemblée, leur doit hommage et reconnaissance. Ce fut notre but, en faisant en sorte que la France, unie, rassemblée, apaisée,…

… rende hommage à tous ceux qui ont souffert des cruautés de la guerre, des silences, des peurs et des deuils.

Aujourd’hui, la France a l’occasion de se réconcilier avec son histoire.

Nous avons gravé dans le marbre de la loi les souffrances qui sont gravées dans le cœur et dans la chair de tous les Français, parce que nous sommes ici pour rappeler ce que sont la République et la démocratie.

L’adoption de cette loi, validée par le Conseil Constitutionnel, nous honore et permet de reconnaître la troisième génération du feu, à égalité avec les deux précédentes, pour avoir défendu et soutenu la République, la démocratie et la paix !

Alain NERI

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