Monsieur Plenel, dans votre émission spéciale comme dans votre article "Pour une fraternité franco-algérienne", vous avez censuré (délibérément ou non) le mot OAS. La réconciliation des mémoires ne doit en oublier aucune. Il n'est pas intellectuellement honnête de passer sous silence le terrorisme d’une organisation criminelle responsable de 2.700 morts, militaires et civils. Michel Dandelot

Notre ami Jean-François Gavoury écrit à ce sujet :

« Une précision : l’article contient 3.000 (trois mille) mots, mais ne cherchez pas "OAS", un sigle qui renvoie à un terrorisme dont les victimes ne comptent ni pour la République, méprisante et provocatrice, ni apparemment pour M. Plenel.
Il est vrai que la moindre allusion à l’OAS aurait retiré toute substance au discours (convenu ?) suivant lequel la réconciliation des mémoires serait à l’œuvre !
Il n’a pu échapper au président de Mediapart que Le Canard enchaîné, dans son édition du 6 juin 2012, puis L’Humanité le surlendemain, s’étaient intéressés aux marques de reconnaissance dont les anciens activistes de l’OAS avaient été l’objet de la part de l’État depuis 2005.
À quelles fins, alors, masquer cette réalité d’un contentieux opposant, sans répit et sur tous les terrains, les victimes de l’OAS à la fois à leurs bourreaux et aux pouvoirs publics ?
Bien cordialement,

Jean-François Gavoury
Président de l’Association nationale
pour la protection de la mémoire
des victimes de l’OAS (Anpromevo) »

Additif : À cette communication du président de l’Anpromevo, Mme Delphine Renard a réagi en ces termes : « C'est sidérant. Je l'ai d'abord écrit avec une faute de frappe : il manquait le "r". Cela donnait sidéant, mais c'est exactement ça : c'est un sida de la pensée collective ... On dirait que l'OAS, ses exactions et ses victimes, n'ont jamais existé. »

 

 

Pour une fraternité franco-algérienne

22 juin 2012 | Par Edwy Plenel

Cinquante ans après l’indépendance algérienne, qui fut aussi une déchirure française, il est bien temps de regarder l’histoire en face et de réconcilier les mémoires. Assumer que le colonialisme enfantait la violence comme la nuée porte l’orage tout en faisant droit à la pluralité de ses victimes, le peuple algérien au premier chef mais aussi les vaincus de l’aventure coloniale elle-même. C’est en retrouvant avec lucidité sa part algérienne que la France retrouvera le chemin du monde dans une fraternité réinventée.

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« Il est temps de se tendre la main » : ce sont les derniers mots du livre le plus inattendu suscité par le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, proclamée le 5 juillet 1962 dans la foulée des accords d’Evian du 18 mars 1962 et mettant un terme final à 132 ans de colonisation française. Nos pères ennemis (Privat) est un livre à deux voix, croisées et emmêlées dans une conversation en forme de réconciliation, celle de Hélène Erlingsen-Creste et celle de Mohamed Zerouki. L’une est fille d’un militaire français tué en 1958 lors d’une embuscade, l’autre est fils d’un martyr de la cause indépendantiste, disparu en 1959 dans la même région de l’ouest algérien.

Deux pères, morts hier sur le même champ de bataille, mais l’un « pour la France en Algérie » et l’autre « pour l’Algérie en Algérie ». Et deux enfants qui, aujourd’hui, en se découvrant, retrouvent le chemin, trop longtemps enfoui sous l’injustice et l’indifférence, d’une histoire commune. A Mohamed qui lui dit : « Nous sommes comme un couple qui, un jour, dans la douleur, s’est séparé, mais qui ne peut oublier qu’il s’est aimé et qu’il a une histoire commune », Hélène répond « avec les mêmes mots ou presque : pendant huit ans (1954-1962), la France, mon pays, a sacrifié et fait sacrifier des milliers de vies d’hommes et de femmes, quels que soient leur camp et la couleur de leur peau, sur l’autel du prestige colonial ».

Des deux côtés de la Méditerranée, les sociétés sont en avance sur les politiques. Tandis que les paroles officielles sont restées enfermées dans un passé antiquaire, figées dans une gloire oublieuse pour le pouvoir algérien et immobilisées dans une défaite honteuse pour l’Etat français, les réalités vécues sont autrement vivantes, tissées de rapprochements et de rencontres, de curiosités et d’humanités. Mais le retard d’en haut pèse sur la dynamique d’en bas : il l’entrave, l’étouffe, la désespère, se servant du passé comme alibi du présent.

Cette France qui n’est pas la nôtre, celle qui ne veut pas faire droit à ses classes populaires telles que notre histoire coloniale les a enfantées et transformées, agite les passions racistes, transformant l’Islam en bouc émissaire. Cette Algérie qui n’est pas la nôtre, celle qui ne veut

pas partager le pouvoir afin de s’approprier les richesses des mannes pétrolières et gazières, exploite les crispations nationalistes, faisant de la France son mauvais objet. C’est cet engrenage désastreux pour les deux peuples – et, au-delà, pour toute la Méditerranée –, qu’il faut enfin réussir à enrayer pour libérer l’avenir d’un passé mortifère qui paralyse l’action et immobilise l’esprit.

Le devoir de vérité de François Hollande

Il n’y a que le premier pas qui coûte, et, en l’occurrence, c’est une parole, celle que nous attendons de François Hollande. Des mots présidentiels, un discours officiel, un message républicain qui, enfin, rassemble et apaise, assume le passé tel qu’il fut, sans mensonge, et revendique un présent qui en tire les leçons, sans hésitation. Depuis Devoirs de vérité (Stock), en 2006, le nouveau président de la République française est le premier dirigeant socialiste français à avoir reconnu la « faute » des socialistes, ceux de la SFIO, qui, en 1956, avec le vote des pouvoirs spéciaux, perdirent leur âme et égarèrent la République dans la guerre d’Algérie.

Evoquant « une erreur historique », une « tache visible à l’œil nu », François Hollande ajoutait : « Nous sommes comptables du passé et responsables de l’avenir. La SFIO a perdu son âme dans la guerre d’Algérie. Elle a ses justifications, mais nous avons encore des excuses à présenter au peuple algérien. Et nous devrons faire en sorte que ce qui a été ne se reproduise plus. » Durant sa campagne pour la présidence, que ce soit à l’occasion du cinquantenaire du massacre des manifestants algériens du 17 octobre 1961 à Paris ou dans une réponse à l’Association Maurice Audin, qui entretient la mémoire de ce jeune mathématicien communiste, arrêté, torturé et assassiné par l’armée française à Alger en 1957, il n’a pas varié : « Il faut que la vérité soit dite. Sans repentance ni mise en accusation particulière. Reconnaître ce qui s’est produit », allant même jusqu’à évoquer de nouveau « des excuses officielles au peuple algérien ».

Le moment est venu, et il n’est nul besoin d’attendre un geste parallèle des autorités algériennes pour que la France du changement assume ses responsabilités. Car, s’il y eut bien des crimes et des mensonges au sein même du camp indépendantiste ainsi que dans la relation autoritaire du FLN avec la société algérienne, sa diversité et sa pluralité, les rôles historiques ne sont pas similaires. D’un côté, une puissance coloniale qui s’était arrogé, par la force, le droit d’occuper et d’annexer un pays ; de l’autre, un peuple indigène dont les droits fondamentaux étaient déniés, vivant dans l’injustice et l’inégalité. Assumer cette vérité historique ne signifie pas oublier les blessures vécues par le petit peuple des colons, cet exil de ceux qu’on appellera les rapatriés ou les pieds-noirs. Mais simplement comprendre la situation qui a conduit à cette déchirure.

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Lui-même exilé d’Algérie avec sa famille en juin 1962, l’historien Benjamin Stora n’a cessé de faire ce travail de compréhension et de partage, dans une œuvre qui chemine au croisement des mémoires et dans la complexité de l’histoire. Cette guerre, écrit-il dans le livre éminemment pédagogique qu’il publie pour le cinquantenaire, La Guerre d’Algérie expliquée à tous (Seuil), « a arraché des gens à leur terre natale et a permis aux Algériens d’arracher leur indépendance », l'historien faisant de ce mot « arrachement » la clé d’une intelligibilité sans exclusive de cette histoire dramatique.

« On ne peut pas comprendre cette explosion de violence (celle qui déclenche en novembre 1954 l’insurrection nationaliste), poursuit-il, si on ne la relie pas à l’inégalité profonde du système colonial qui règne alors en Algérie. Il y a d’un côté une minorité, les Européens venus s’installer en Algérie après 1830, qui sont environ un million en 1954. Et de l’autre la majorité, les “indigènes” que l’on appelle aussi les “Algériens musulmans”, qui sont environ neuf millions, et qui n’ont pas les mêmes droits que les Européens. Sur le plan politique, ils sont en quelque sorte de faux citoyens d’une République qui proclame pourtant l’égalité entre les hommes. Aux élections, une voix d’un Européen vaut sept voix d’Algériens. Cette inégalité est aussi économique. Le revenu brut d’un Européen d’Algérie est très supérieur à celui d’un Algérien musulman. »

C’est de cette violence consubstantielle au système colonial que sortiront les violences de la guerre d’Algérie, elles-mêmes fort inégalement réparties. Faisant le choix de la lutte armée avec la création du FLN, le mouvement nationaliste s’est certes battu en ne visant pas toujours des cibles militaires, mais aussi parfois des civils désarmés, passants victimes d’attentats dans des lieux publics ou villageois punis parce qu’ils n’épousaient pas la cause. Mais cette terreur fut sans commune mesure avec celle des armées françaises, entre bombardements au napalm, tortures et disparitions, déplacements de population, etc. Benjamin Stora estime à près de 500 000 morts, en grande majorité des Algériens musulmans, le bilan meurtrier de la guerre d’Algérie, à comparer aux 30 000 hommes des pertes militaires françaises, aux 4 000 morts parmi les Européens d’Algérie et aux 15 à 30 000 harkis exécutés après les accords d’Evian.

Ces mémoires qui font œuvre de réconciliation

Regarder en face ces comptabilités macabres, qui additionnent des drames individuels, n’empêche pas de prendre en compte la complexité de la réalité, ses contradictions et ses contextes. L’histoire, du moins l’histoire qui émancipe à rebours des idéologies qui enferment, tient plus de l’université que du tribunal. Elle fait comprendre plutôt qu’elle ne juge. Et son éducation élève plutôt qu’elle ne rabaisse. De ce point de vue, la mémoire est son alliée, du moins si elle ne se laisse pas aller aux concurrences victimaires et aux obsessions identitaires. Car elle contraint l’histoire à ouvrir ses perspectives globales aux nuances particulières, qui l’humanisent et la concrétisent.

La bonne surprise de ce cinquantenaire, dans la diversité de sa production éditoriale, c’est qu’on y découvre des mémoires faisant œuvre de réconciliation, des mémoires qui se rencontrent plutôt qu’elles ne se confrontent, à la manière de Nos pères ennemis. Enfants et petits-enfants libèrent les générations précédentes du trop-plein de réalité qui, parfois, les a contraintes au silence, à l’oubli ou la honte. Progressivement, le souci de transmission des descendances force les portes muettes des aînés et ouvre la voie d’une histoire assumée, dans le souci du présent.

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Enfant du nationalisme algérien et de ses combats en France même, le cinéaste et écrivain Mehdi Lallaoui fit en cette matière œuvre pionnière, donnant la parole aux acteurs des drames oubliés. Avec son association « Au nom de la mémoire », il est ainsi à l’initiative de l’appel, soutenu par Mediapart, « pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961 à Paris ». « Seule la vérité est gage de réconciliation, y lit-on. Ni vengeance, ni repentance, mais justice de la vérité et réconciliation des peuples : c'est ainsi que nous construirons une nouvelle fraternité franco-algérienne. »

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Fille de harkis, ces Algériens qui, sans forcément avoir choisi de se battre aux côtés de la France, furent embringués dans son impasse guerrière, Fatima Besnaci-Lancou s’est efforcée de replacer leur double mésaventure (le mauvais camp en Algérie, la mauvaise conscience en France) dans le contexte colonial. Dans le numéro des Temps Modernes qu’elle a coordonné, Mohamed Harbi, dirigeant indépendantiste devenu historien, refuse de stigmatiser tous les harkis comme des traîtres ou des « collabos », mais préfère lier l’impasse qui fut la leur à l’immense chambardement guerrier dont furent victimes les campagnes algériennes.

 Fille d’un père appelé, soldat du contingent contraint de faire la guerre en Algérie, Florence Dosse s’est soudain enquise de cette histoire jamais contée le jour où son propre fils de dix-huit ans lui a raconté un récit du grand-père sur un interrogatoire de prisonniers algériens. Du coup, elle prend la parole au nom de tous Les Héritiers du silence (Stock), ces enfants d’appelés et de rappelés qui ont grandi avec cette ombre et qui sont si nombreux en France puisque 1 500 000 jeunes Français, de toutes origines, iront en Algérie durant les huit années de la guerre.

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Passionné par l’histoire coloniale – il avait déjà publié Immigrés de force, un ouvrage sur les travailleurs indochinois en France –, le journaliste Pierre Daum ouvre un autre placard qui n’avait jamais été entrouvert : ces Européens et ces Juifs d’Algérie qui sont restés dans leur pays après 1962. Deux cent mille pieds-noirs ne sont pas partis lors de l’indépendance, choisissant de finir leurs jours en Algérie ou finissant par s’en aller progressivement dans les décennies suivantes. Les portraits dressés par Ni valise ni cercueil (Actes Sud) bousculent les préjugés qui assimilent tous les pieds-noirs à d’affreux colonialistes, montrant au contraire qu’ils furent bien plus nombreux qu’on ne l’a dit à tenter l’aventure d’une autre Algérie, plus fraternelle, plus égalitaire.

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Dans cette enquête, on retrouve la trace trop méconnue, alors qu’elle brille d’un éclat intact, des « libéraux d’Alger », ces hommes et ces femmes de hauts principes et de bonnes volontés qui, s’ils avaient été écoutés à Paris, auraient pu empêcher la guerre d’Algérie. Lui-même venu d’Algérie, le journaliste José-Alain Fralon dresse le portrait du premier d’entre eux, Jacques Chevallier (Fayard), ce maire d’Alger qui resta en Algérie après l’indépendance et dont la fille vit encore dans la capitale algérienne, habitant toujours la maison familiale.

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Tout comme un haut fonctionnaire français d'aujourd'hui, magistrat à la Cour des comptes, Christian Phéline, revisite avec une méticuleuse humanité la part algérienne de son histoire familiale, en exhumant les archives du soulèvement algérien de Margueritte en 1901, L'Aube d'une révolution (Privat) dont son arrière-grand-père, Maxime Phéline, eut à connaître comme juge d'instruction.

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L'Algérie, c'est beaucoup plus que l'Algérie

Ces quelques livres ne disent pas toute cette histoire franco-algérienne qui ne sera jamais épuisée et restera toujours à écrire. Mais ils invitent à la sortir de l’affrontement des mémoires pour les assumer toutes, sans revanche ni repentance. De fait, ce chemin est aussi emprunté à tâtons par d’autres livres qui témoignent pour les blessures toujours attisées par l’extrême droite française, celle des victimes européennes de la violence indépendantiste. Loin d’un cri de rage ou d’une supplique souffrante, la Lettre à Zohra D. (Flammarion) de Danielle Michel-Chich, interpellation de la militante du FLN qui déposa la bombe du Milk Bar, laquelle coûta à l’auteur, alors âgée de 5 ans, sa jambe gauche, est un texte d’une grande dignité, interrogation morale sur les fins et les moyens, et ces moyens qui pervertissent les fins.

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Tout comme il faut entendre le récit par Guillaume Zeller de ce massacre oublié, Oran 5 juillet 1962 (Tallandier), jour de l’indépendance qui fut aussi celui d’un déferlement de violence, par des Algériens, dans les quartiers oranais où résidaient encore des Européens. « Comme si un conflit aussi long et aussi violent ne pouvait s’éteindre du jour au lendemain », commente Benjamin Stora qui, évidemment, ne tait pas l’épisode. Or, journaliste, l’auteur n’est autre que le petit-fils du général André Zeller, l’un des quatre protagonistes du putsch des généraux du 22 avril 1961, cette insurrection contre la République au nom de l’Algérie française menée, selon la formule cinglante de De Gaulle, par « un quarteron de généraux en retraite ».

Hériter de ce vaincu, Guillaume Zeller n’en confie pas moins le malaise qui fut le sien quand, recueillant des témoignages d’acteurs de la guerre d’Algérie pour le Service historique de l’armée de terre, il dut faire face à d’autres vérités de l’histoire qui dérangeaient le legs familial : « J’entendais parler avec précision de méthodes de renseignements extrêmes, de tortures, de disparitions massives de suspects, ou d’opérations (très) spéciales par ceux-là mêmes qui en étaient les acteurs, et qui pouvaient m’en parler librement, les yeux dans les yeux, sous la protection d’une stricte confidentialité. »

Assumer toute l’histoire d’hier pour inventer les possibles de demain : tel est le chemin d’une nouvelle fraternité où la France se retrouverait en retrouvant sa part algérienne. Car ce passé dramatique fut aussi un moment qui honore la France, grâce à l’insurrection minoritaire mais prophétique de ceux qui surent s’élever au-dessus des intérêts, des haines et des peurs pour n’écouter que leur conscience. Ceux qui se dressèrent contre une guerre injuste et inutile, qui documentèrent la réalité de la torture dans la République, qui s’insurgèrent contre les crimes et les mensonges de leur pays, qui choisirent l’insoumission en refusant de prendre les armes, qui décidèrent d’aller jusqu’au bout de leur refus en soutenant la cause indépendantiste, tous ceux-là sauvèrent un peu de notre honneur.

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Au ressort de leur engagement, dans la grande diversité de leurs motivations, tout simplement l’indignation : dire non à l’injustice et à l’arbitraire, sans calculer ni soupeser. Les éditions François Maspero (reprises dans les années 1980 par les éditions La Découverte) et les Editions de Minuit (toujours actives) resteront comme les phares qui trouaient cette nuit coloniale où s’égarait la France. A elles deux, elles se partagent toutes les saisies de livres, ayant publié dix-neuf titres pour Maspero et vingt-trois pour Minuit consacrés à la guerre d’Algérie entre 1955 et 1962. Dirigeant une maison d’édition issue de la Résistance, Jérôme Lindon n’hésitait pas à invoquer, comme Charles de Gaulle, « une certaine idée de la France » pour expliquer son engagement radical d’alors.

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Le journal de témoignage et de réflexion qu’animait alors le jeune historien Pierre Vidal-Naquet, complice des deux éditeurs, s’intitulait simplement Vérité-Liberté. Dire la vérité, défendre la liberté. Parmi les héros discrets qui préférèrent l’inconfort des principes au confort des renoncements, un jeune agrégé d’histoire en rupture de communisme, Robert Bonnaud. Réédité comme d’autres titres des Editions de Minuit de cette époque, son témoignage

Itinéraire, recueil de textes et de lettres paru alors qu’il est emprisonné pour son aide à la cause algérienne, montre l’itinéraire d’une conscience ébranlée par son service militaire en Algérie, dont il fera le bouleversant récit dans Esprit avec La Paix des Nementchas, jusqu’à son choix militant de la « non coopération à la guerre d’Algérie », et donc de la solidarité avec l’ennemi supposé, les indépendantistes.

Ce témoignage se termine par des mots qui valent toujours, tant cette longue histoire coloniale a formé notre peuple, façonné nos représentations, marqué nos institutions – jusqu’à cette Cinquième République d’exception accouchée dans un climat de guerre civile. « L’Algérie, c’est beaucoup plus que l’Algérie… », écrit Robert Bonnaud. Car l’Algérie, c’est aussi l’histoire sans frontière ni patrie, sans nation propriétaire ni peuple légataire, de toutes celles et tous ceux qui, un jour ou l’autre, ne se résignent pas à l’injustice et à l’inégalité.

 

Cet article appelle quelques précisions biographiques. J’ai vécu en Algérie devenue indépendante de 1965 à 1970, à Alger, sa capitale, où j’ai fait mes études secondaires, passé mon baccalauréat et commencé l’université. L’engagement de François Hollande, dès 2006, sur la question algérienne et la responsabilité coloniale d’une partie de la gauche française est une réponse à des questions que je lui ai posées dans un livre de dialogue. Enfin, l’historien Robert Bonnaud, dont l’engagement contre la guerre d’Algérie est rappelé en conclusion, est le père de notre confrère Frédéric Bonnaud qui anime les « live » télévisuels organisés par Mediapart, dont celui sur l’Algérie, le 22 juin 2012.

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