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http://www.franceinfo.fr/livre/le-plus-france-info/quand-radio-londres-parlait-aux-francais-1407829-2014-05-05 

A quelques semaines du 70e anniversaire du Débarquement allié en Normandie, nous vous proposons un gros plan sur le rôle joué par la BBC. Entre 1940 et 1945, des milliers de Français qui vivaient en zone libre ou occupée ont adressé des courriers à Radio Londres. Ce sont parfois des appels à l'aide, des messages d'espoir, des récits du quotidien, des renseignements stratégiques. Tous sont le reflet de la réalité de l'époque. Ils sont compilés dans un ouvrage à paraître aujourd'hui : "Je vous écris de France".

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Un dessin envoyé à la BBC par un enfant de 13 ans

 durant la Seconde Guerre mondiale.

Chaque mois, ces courriers arrivent par centaines à la BBC. Souvent, l'adresse est succincte, elle ne comporte que quelques mots: "BBC London, Angleterre". Ce sont des récits du quotidien parfois accompagnés de photos, de poèmes ou de dessins. Il y a aussi parfois des appels à l'aide, comme cette lettre expédiée par Suzette Vincent en juin 1940. La jeune femme, qui vit dans le Gard, est sans nouvelle de son fiancé, parti en Angleterre pour défendre la France. "Cette lettre-là, c'est un peu une bouteille à la mer", explique Pierre Robédat, le frère de ce fameux soldat dont la fiancée demande des nouvelles à la BBC. "Elle a essayé de faire quelque chose. Moi je me souviens très bien du souci que se faisait ma mère. Elle disait 'Claude est parti, on ne sait pas ce qu'il fait, on se sait pas ce qu'il est devenu'. Elle espérait qu'elle finirait par avoir un écrit et peut-être entendre la voix à la radio de mon frère Claude". Mais Suzette Vincent ne reverra jamais son fiancé, tué en mission en 1941, alors qu'il n'avait que 22 ans.

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Pierre Robédat, frère d'un soldat français tué en 1941. Sa mère avait écrit à la BBC pour avoir des nouvelles. © Radio France Sébastien Baer

Barrage contre la censure

A cette époque, écrire à la BBC s'apparente à un parcours du combattant. Il faut déjouer la censure. Souvent, les courriers transitent par le Maroc, l'Espagne, le Portugal. Quand elles parviennent à Londres, ces missives sont souvent très précieuses pour les Alliés, se souvient Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Il a 97 ans aujourd'hui, et il était à l'époque secrétaire du comité exécutif de la France libre. "Ces lettres étaient extrêmement intéressantes parce qu'elles donnaient des précisions sur la vie française, sur l'état d'esprit, sur les préoccupations principales -les transports, le ravitaillement. Et puis certaines lettres étaient beaucoup plus précises. Elles rendaient compte des résultats d'un bombardement ou bien elles indiquaient des objectifs précis avec des dessins des endroits à bombarder, ce qui était un risque mortel pour leurs auteurs. Certaines lettres étaient écrites en lettres majuscules pour qu'on ne reconnaisse pas l'écriture de l'expéditeur".

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Jean-Louis Crémieux-Brilhac, ex-secrétaire du comité exécutif de la France libre. © Radio France Sébastien Baer

 

 

Les Français parlent aux Français

Des extraits de ces courriers sont lus, chaque soir, au cours de l'émission "Les Français parlent aux Français". Chaque jour, des milliers de Français suivent les programmes. Mais à chaque fois, c'est un défi de capter la radio se souvient Odile de Vasselot, résistante du réseau Comète, à l'époque en Lorraine. "On avait un mal fou parce que les Allemands la brouillaient énormément. C'était à un cheveu près. Et malheureusement, on ne pouvait pas laisser l'aiguille au bon endroit, parce qu'on craignait que les Allemands entrent dans la maison et ouvrent la radio, pour voir si on écoutait la BBC". A l'époque, la BBC a un slogan. "Quand les Allemands nous brouillent, les Français se débrouillent".

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Odile de Vasselot, ancienne résistante lorraine. © Radio France Sébastien Baer

 

 

Contre propagande

Radio Londres, c'est la réponse des Alliés à Radio Paris, dont les Allemands étaient les maîtres. Il fallait soutenir le moral des Français et contrer la propagande allemande. Alors, on utilise des messages codés destinés aux résistants, du type "L'étoile filante repassera", "Melpomène se parfume à l'héliotrope" et encore "la lune est pleine d'éléphants verts". Aux commandes de Radio Londres, il y a un noyau d'une dizaine de personnes. Miriam Cendrars, la fille de l'écrivain Blaise Cendrars, en fait partie. A l'époque, elle anime une émission qui explique la guerre aux enfants. "C'était surtout être la voix de la France libre. D'une certaine façon, nous représentions la liberté. Nous étions persuadés que les choses ne pouvaient pas se terminer autrement que par la victoire des Alliés. Il y avait cette fois, cette conviction".

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Miriam Cendrars, fille de Blaise Cendrars, faisait partie de l'équipe de Radio Londres. © Radio France Sébastien Baer

 

 

De l'avis de ceux qui ont participé à l'aventure, Radio Londres aura eu un rôle déterminant dans le conflit. Voici ce qu'écrit une femme de Béziers à la BBC, en juin 1940: "Chers amis anglais, merci pour le réconfort qu'apportent vos émissions aux Français restés avides de liberté, aux Français qui n'acceptent pas d'être mangés à la sauce hitlérienne (...), à ceux qui gardent au coeur l'espoir tenace d'un relèvement".

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