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Jean-Luc Einaudi, spécialiste de la guerre d'Algérie. Photo : AFP

http://www.metrofrance.com/info/que-l-on-reconnaisse-le-caractere-injuste-de-la-guerre-d-algerie/mllr!iIFYdgXO9li7k/

INTERVIEW - François Hollande entame mercredi sa première visite d'Etat en Algérie. L'historien Jean-Luc Einaudi décrypte les enjeux symboliques de ce déplacement, alors que les mémoires sont encore marquées par la guerre de décolonisation, entre 1954 et 1962.

Auteur de "La Bataille de Paris" (Seuil), Jean-Luc Einaudi est spécialiste de la guerre d'Algérie. Il espère que la visite de François Hollande à Alger sera l'occasion pour la France de revenir sur les pans sombres de son histoire.

Quel est l'enjeu de cette visite diplomatique ?

Les relations franco-algériennes sont une question importante du fait de la guerre terrible qui a clos la domination coloniale de 132 ans et qui a marqué très profondément les deux pays. En France aujourd'hui, des millions de familles restent concernées par cette histoire : les immigrés algériens, les harkis, les deux millions de jeunes Français envoyés – souvent contre leur gré – faire cette guerre, les pieds-noirs, les juifs d'Algérie… Il y a aussi des questions géostratégiques entre ces pays riverains de la Méditerranée, sur la question du pétrole, du gaz ou des essais nucléaires.

François Hollande a reconnu la répression sanglante du 17 octobre 1961. Qu'est-ce que cela a changé?

Il a fallu attendre cinquante ans pour qu'enfin la plus haute autorité de l'Etat reconnaisse la vérité de ce qui s'est produit à Paris. Ce geste vaut à François Hollande une certaine sympathie en Algérie. La question n'est pas de s'excuser. Qui peut le faire hormis les acteurs de ces évènements ? Très souvent, ceux qui s'opposent à cette reconnaissance craignent la repentance. Mais ce qui est demandé, c'est que l'on reconnaisse le caractère injuste de cette guerre.

Peut-il aller plus loin vers cette reconnaissance?

Je ne suis pas dans les secrets. Les Etats, algérien ou français, ont toujours tendance à vouloir instrumentaliser l'histoire. Le premier pas fait par François Hollande est relativement aisé, car en 1961, la droite était au pouvoir. Mais la guerre d'Algérie a été aussi la responsabilité d'une certaine gauche. François Mitterrand, ministre de l'intérieur en 1954 puis de la Justice en 1956, porte une responsabilité considérable. Il a été l'un des principaux artisans des pouvoirs spéciaux, avec lesquels le général Massu a mené en 1957 la bataille d'Alger, un des moments les plus sombres de ces années.

Le contexte actuel est-il à l'apaisement?

Oui, on pourrait entrer dans une époque d'amélioration notable des relations basée sur une reconnaissance de l'histoire. Cela ne règle pas tout, loin de la, mais cela débarrasserait la politique française des séquelles de l'histoire coloniale. Sans parole forte remettant en cause ce rapport colonial, basé sur le mépris, il n'y a pas la volonté de relations basées sur l'égalité. En 2003, Jacques Chirac avait été reçu de façon très chaleureuse en Algérie, avec une véritable liesse populaire, mais tout cela avait été gâché par la bêtise et l'aveuglement politicien de la loi de 2005 prétendant enseigner les bienfaits de la colonisation. A partir de ce moment, il n'a plus été question de traité d'amitié entre la France et l'Algérie.

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