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http://www.humanite.fr/tribunes/faire-le-proces-de-la-colonisation-518323

Par Élisa Pradel, présidente, et Allain Lopez, secrétaire de l’Association Nationale des Pieds-noirs Progressistes et leurs amis (ANPNPA).

Une des préoccupations majeures de notre association est la résurgence des thèses d’extrême droite, l’apologie du régime colonial et la nostalgie de l’Algérie française, encensées jusqu’à la réhabilitation et la glorification de l’OAS. Ces tentatives de réécriture de l’histoire de la France en Algérie, attendues lorsque véhiculées par le Front national, sont maintenant menées par la droite classique (UMP) et le furent au plus haut niveau politique par les gouvernements précédents sous la houlette de Sarkozy (projet de loi sur les aspects positifs de la colonisation, Légion d’honneur distribuée à d’anciens tueurs de l’OAS, stèles en leur honneur…).

La ligne politique de l’actuel gouvernement est heureusement d’une autre nature mais elle n’est cependant pas dénuée d’ambiguïté et reste loin de l’ouverture nécessaire. Ainsi, alors même que le président Hollande reconnaissait « la sanglante répression » qui coûta la vie à des centaines d’Algériens le 17 octobre 1961, à Paris (et non pas le crime d’État que fut ce massacre), le ministre Le Drian rendait très officiellement hommage au général Bigeard, sinistre tortionnaire. Si un pas important a été franchi avec la visite de François Hollande en Algérie et les discours qu’il y prononça sur le « caractère injuste et brutal de la colonisation », de tels propos restent bien trop timides pour qualifier le fait colonial et les crimes qui l’ont accompagné durant plus de cent trente ans. Il est aujourd’hui grand temps que le gouvernement actuel s’engage de manière plus forte et plus cohérente. Aller plus loin est indispensable, non seulement pour que nous puissions regarder sereinement et en conscience notre propre histoire ou pour que se débloque la relation franco-algérienne – car, oui, il y a un procès à faire de la colonisation –, mais aussi pour contrer les discours de haine et de revanche qui fleurissent aujourd’hui en France, et pour faire disparaître les relents racistes hérités du passé colonial.

En effet, cette agitation sur le passé s’accompagne de campagnes racistes et xénophobes inacceptables, qu’il faut dénoncer et combattre. La cible aujourd’hui est (de nouveau) « les Arabes », avec comme nouvel angle d’attaque la religion musulmane : l’islamophobie, qui ne vise pas tant l’islam que ceux qui le pratiquent (tout comme l’antisémitisme ne cible pas le judaïsme, mais les juifs, croyants ou pas !). C’est pourquoi se battre contre les falsificateurs de l’histoire, les « nostalgériques » et leurs alliés politiques, va plus loin que leur simple dénonciation, c’est se battre pour la paix, la réconciliation, l’amitié entre les peuples.

Tout cela définit les deux axes majeurs de l’activité de l’ANPNPA : porter témoignage et militer pour l’écriture (par les historiens) d’une histoire lucide et dépassionnée de la France en Algérie, œuvrer à la réconciliation des deux pays, au renforcement de l’amitié entre les peuples des deux rives de la Méditerranée, et, en France, lutter contre le racisme et la xénophobie. Un aspect particulièrement important pour nous, un besoin, est donc de prendre langue, d’échanger, de travailler ensemble, avec nos frères algériens ou d’origine algérienne, avec des associations qui les représentent dans nos villes et nos quartiers.

 

Élisa Pradel, Allain Lopez

Martigues

Pieds-noirs : Le désir de tisser

des liens entre « frères de terre »

La commune des Bouches-du-Rhône accueillait, samedi, l’assemblée générale de l’Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis. Il était question de mémoire, d’amitié franco-algérienne, de lutte contre la montée des idées d’extrême droite.

Martigues (Bouches-du-Rhône), envoyée spéciale. Il y a, entre eux, ce lien indicible et un peu mystérieux qui unit les enfants d’un même pays natal. On le sent à la façon dont ils se présentent, en déclinant leur ville de résidence en France et celle de leur enfance, en Algérie. Mais il y a plus. Un élan de générosité, de solidarité, de fraternité. Fraternité : ce mot était sur toutes les lèvres, il semblait imprégner chaque geste, samedi, à Martigues, lors de l’assemblée générale de l’Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA). Née il y a cinq ans, à l’initiative d’une poignée d’amis, l’association a bien grandi. Elle compte aujourd’hui près de trois cents membres et multiplie les rencontres, les initiatives, les voyages de l’autre côté de la Méditerranée. Ses objectifs ? « Renforcer les liens d’amitié entre les peuples français et algérien et lutter contre la montée du racisme, de la xénophobie, des idées d’extrême droite », résume son président, Jacques Pradel, un homme chaleureux, natif des Hauts Plateaux. À l’écouter, à le voir plaisanter en arabe dialectal avec ses amis, on se dit qu’on est aux antipodes de la caricature du pied-noir raciste et nostalgique de la colonisation véhiculée par ces officines d’extrême droite qui pullulent sur la côte méditerranéenne.

Hôte de la rencontre, le député maire communiste de Martigues, Gaby Charroux, lui-même natif d’Alger, se réjouit de voir cette caricature battue en brèche. « Cette association est dans le souvenir, la mémoire, mais surtout dans la projection vers un avenir de réconciliation. La libre décision des peuples et leur indépendance sont des vérités de l’histoire, expose l’élu. Il y a eu chez de nombreux pieds-noirs une crispation, une souffrance immense qui n’a jamais été dépassée. Cette souffrance est manipulée par l’extrême droite. Au contraire, l’Association des pieds-noirs progressistes porte des valeurs de solidarité, de fraternité, d’ouverture. Elle prouve que tous les pieds-noirs ne sont pas enrôlés dans les bataillons d’électeurs du Front national. »

Aux fondements de cette association, il y a bien le désir de « faire entendre une autre voix ». « Bien sûr, tous les pieds-noirs ne sont pas des nostalgiques de l’OAS. Mais je me sens insulté par les agissements des pieds-noirs liés à l’extrême droite. De notre côté, nous voulons tisser des liens avec le peuple algérien, jeter des ponts entre gens nés sur la même terre, entre “frères de terre”. En réalité, de très nombreux pieds-noirs pensent comme nous, sans oser l’afficher. Ils ne franchissent pas le pas de s’organiser », regrette Jacky ­Malléa, venu de Perpignan. Né à Guelma, profondément marqué par les massacres de mai 1945 dans cette région, il est une figure de la lutte contre les initiatives des nostalgiques de l’Algérie française soutenues, dans les Pyrénées-Orientales, par les élus UMP. Les histoires singulières de ces pieds-noirs progressistes se conjuguent avec des cheminements politiques divers, mais toujours guidés par l’ouverture à l’altérité, alors même qu’ils ont grandi dans une société coloniale fondée sur l’exclusion de cet « autre » radical qu’était l’indigène. « Nous avons tous subi un drame, mais nous n’avions pas tous les mêmes armes pour y faire face, prendre de la distance. Nous n’étions pas une population éduquée, politisée, éclairée, remarque Marcel Gonzalez, parti d’Oran en 1962, à l’âge de seize ans. Dans bien des cas, l’émotion a supplanté la réflexion. Moi, j’essaie de tempérer l’émotion. Entre les tripes et la tête, il y a le cœur. J’essaie de penser avec le cœur. »

Alors que le FN s’apprêtait à faire main basse sur le canton de Brignoles, dans le Var, la montée des idées d’extrême droite était dans toutes les têtes. Avec la certitude que cette « autre voix pied-noir » peut contribuer à faire reculer le racisme, la xénophobie et à dissiper le pesant climat d’insécurité ­politique qui tend à s’installer en France. Très investie, à Grenoble, dans les réseaux de soutien aux migrants, Marie-Thérèse Lloret appelle à « combattre cette idée que les pieds-noirs seraient captifs de l’emprise du FN, surtout à la veille d’élections municipales et européennes dont l’extrême droite veut faire une démonstration de force ». Dans le Sud en particulier, le Front national, épaulé par les « durs » de l’UMP, a réussi à faire de l’instrumentalisation et de la falsification du passé colonial, un juteux fonds de commerce électoral. « La question des rapports entre la France et l’Algérie est l’un des points de blocage qui explique cette montée du FN », assure le Toulousain Michel Pradel. Trop de non-dits, trop de rancœurs, qui ont crée des « zones de pétrification », analyse la psychiatre Martine Timsit.

Venu en ami, Rémi Serres, un fondateur de l’Association des anciens appelés d’Algérie contre la guerre (4ACG), croit lui aussi que les spectres du passé colonial ont, aujourd’hui encore, des effets politiques délétères. « Le FN enregistre des scores dépassant les 30 % dans des villages où ne vit pas un seul immigré. Nous devons nous unir et agir avant qu’il ne soit trop tard pour endiguer cette haine de l’Arabe qui gangrène nos campagnes », insiste ce placide paysan du Tarn. Mais quel combat antiraciste dans un contexte de crise profonde ? « Le racisme ordinaire qui court les rues est exacerbé par la pauvreté, le chômage, les politiques d’austérité. Notre combat a besoin d’interface politique », pense Germain Serna. Du passé colonial à la réparation du lien social… tous veulent briser les murs et bâtir des ponts. Ici, comme entre les deux rives de la Méditerranée.

MERCI DE CLIQUER SUR LE LIEN IMPORTANT CI-DESSOUS ET DESCENDEZ SURTOUT JUSQU'EN BAS DU PDF :

http://www.anpnpa.org/wp-content/uploads/2013/12/CR-AG-2013.pdf

 

 

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