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Photo prise devant l’école de mon village où mes parents étaient instituteur. Cette école figure dans trois de mes livres.
Cliché Daniel Huntziger (paru dans “La Voix du Jura”).

http://jpnoziere.com/est%20republicain%20algerie.html


  Jean-Paul Nozière, écrivain, ancien professeur d’histoire-géographie au lycée Malika Gaïd de Sétif

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Né en 1943 à Monay, dans le Jura, Jean-Paul Nozière a grandi dans une famille anticolonialiste. Professeur d’histoire géographie, il a enseigné de 1967 à 1969, à titre de coopérant au lycée Malika Gaïd de Sétif avec son épouse nommée au lycée Mohamed Kerouani de la même ville. De retour en France, il a été documentaliste dans un collège de Bourgogne durant 25 ans. Ecriture, lecture, sport ( vélo) composent l’essentiel de ses journées. Il a publié quinze romans policiers pour adultes et une cinquantaine de romans pour la jeunesse chez Gallimard et d'autres éditeurs.
Ses deux romans phares sur la guerre d’Algérie « Un été algérien » (1990) et « Le Ville de Marseille » ( Seuil 2002) sont le sujet de cet entretien.
 

L’Est Républicain : Quelle place tiennent ces deux romans sur la Guerre d’Algérie dans votre œuvre littéraire ?

Jean-Paul Nozière : Ces deux romans tiennent une place particulière et essentielle dans mon travail. Mais, pour le comprendre, je dois en expliquer l’origine. En 1990, quand paraît « Un été algérien », chez Gallimard, la guerre d’Algérie était un sujet encore plus ou moins tabou, en France. Alors, un roman sur ce thème destiné aux adolescents, n’avait à peu près aucune chance de paraître. J’ai eu beaucoup de chance…mais qu’il soit publié ou non n’était pas la question que je me posais : je devais absolument écrire ce livre.

La guerre d’Algérie m’obsédait. Le phénomène de colonisation m’obsédait. Beaucoup de raisons à cela. J’ai 15 ans, comme Salim et Paul, en 1958. Ce n’est pas un hasard évidemment si mes personnages ont 15 ans. Mes parents sont instituteurs. Ce sont des intellectuels, très politisés même s’ils n’appartiennent à aucun parti. La guerre d’Algérie tient une grande place dans les conversations. Mon père est abonné à plusieurs journaux ou hebdomadaires et, même si la censure règne, on sait beaucoup plus de choses sur « les événements » qu’on a bien voulu le dire après 1962 : c’était bien pratique d’invoquer l’ignorance. Pour mes parents, l’indépendance de l’Algérie est une évidence. Ils condamnent toute forme de colonisation. L’adolescent que je suis partage donc très vite leurs convictions. Je lis tout ce qui me tombe sous la main, concernant cette guerre. J’écoute mon père. Pour la première fois, en avril 1961 lors du putsch des généraux, je participe à des manifestations alors que je suis en classe terminale, à Dijon. Puis j’entre à la fac de lettres de Dijon et je serai de toutes les actions contre la guerre. Plus le temps s’écoule, plus l’Algérie « m’accroche ». Une fascination. En 1963, je publie ma première nouvelle, dans le journal de mon ancienne école. Elle s’intitule « le piton rocheux"…et c’est un récit qui se situe en Algérie, pendant la guerre ! Mais…des questions demeurent sans réponses. Pourquoi 8 ans de guerre ? Pourquoi tant de victimes ? Pourquoi tant de violence ? Pourquoi le départ des pieds noirs ? Pourquoi…pourquoi….Je suis devenu professeur d’Histoire Géographie et j’ai la naïveté de penser que si je n’ai pas les réponses à ces pourquoi, c’est parce que je suis Français, que je vis de ce côté de la Méditerranée, que je ne connais l’Algérie et son Histoire qu’à travers des livres…je n’ai accès qu’à la moitié du sujet, donc, si je vais vivre en Algérie, si je pose là-bas mes questions, j’aurai accès à l’autre moitié de l’Histoire. Je demande donc la coopération (ce qui tombe bien car de toute façon, je refuserai de faire mon service militaire si mon dossier est refusé) et mon épouse et moi ne choisissons qu’un pays alors que la liste proposée est importante : l’Algérie. Je me souviens des réactions à cette époque : « l’Algérie ? Vous êtes dingues, alors que vous pouvez aller en Côte d’Ivoire, au Maroc etc.. » C’est ainsi que je débarquerai en 1967 au lycée Malika Gaïd de Sétif (les filles) et mon épouse au lycée Mohamed

 Vos années d'enseignement dans un lycée à Sétif ont-elles une relation avec vos deux romans qui situent leur trame dans l’est algérien, les hautes plaines de SeTif ( Un été algérien) et la ville de Béjaia( Le Ville de Marseille)

Non, mes romans n’ont pas été écrits parce que je suis allé en Algérie, mais bien-sûr, connaissant l’est algérien, c’était plus facile pour moi de les situer dans la région de Sétif. En outre, c’était pour moi un hommage adressé à ces merveilleux élèves que nous avons eus à Sétif, mon épouse et moi. Un petit signe d’amitié, alors que le temps avait passé et ainsi je disais « non, je ne vous ai pas oubliés ». « Un été algérien » paraît en 1990, soit 21 ans après mon séjour à Sétif.

 

La guerre d’Algérie est vue à hauteur d’enfant. Est-ce un choix littéraire ?

Un choix, bien sûr. En 1958, le général de Gaulle est au pouvoir. J’ai 15 ans. Pour la première fois, je m’intéresse à la politique. Jusque là, bof…Ma conscience politique naît. Mon père –encore lui- tout à la fois déteste… et admire de Gaulle. Il en parle beaucoup. Et j’écoute. 1958 est évidemment un tournant dans la guerre d’Algérie…que je commence à suivre autant que je peux. Quand j’ai pensé à l’écriture de « Un été algérien », je me suis aussitôt demandé : imagine-toi adolescent de 15 ans, en Algérie, en 1958.

 

Dans « Un été algérien », c’est Salim qui raconte à la première personne un épisode de l’Histoire, en 1958 et dans « Le Ville de Marseille », c’est Paul, du même âge que Salim qui raconte les derniers jours du « Bel Oranger », sa maison natale, le suicide de sa mère et les premiers départs de pieds noirs. Deux narrateurs de différents camps n’ont-ils pas vécus le même drame ? Sont-ils différents ? ou des frères gémellaires ?

Là encore, la genèse de ces romans est compliquée. Au départ, mon projet n’est guère original. Je ferai raconter par deux adolescents de 15 ans les événements qu’ils vivent dans une ferme où ils sont tous les deux, dans une sorte de huis-clos. L’un racontera sa version, puis on retournera le livre et de l’autre côté, on suivra les « mêmes » événements, vus par l’autre. Je voulais cela parce que j’étais consterné par l’impossibilité qu’il y avait de parler sereinement de la guerre d’Algérie en France. Bien-sûr, chacun avait des versions différentes, mais cela se terminait toujours par des engueulades : tu mens, tu te trompes, tu es de parti pris etc.…chacun accusant l’autre de tricherie parce que cet autre n’épousait pas son point de vue (cela n’a guère changé aujourd’hui !). Donc, j’allais exposer deux versions dans le calme des mots écrits qui eux, ne risquaient pas de se battre au travers des pages, d’autant plus que je les mettais dos à dos par ce procédé « je ferme le bouquin et je le retourne. » Puis, je me suis mais au travail…et mon stylo a décidé de commencer par Salim.

 

Mettre dans un roman français le point de vue d’un jeune Arabe sur la guerre d’Algérie était-il risqué ?

Ah, combien de lecteurs, au début m’ont sorti cette idiotie : « comment, vous êtes Français et vous donnez le point de vue d’un Arabe ? Pourquoi pas celui de Paul ? » (il a fallu que le Ministère de l’Education Nationale conseille la lecture de « Un été algérien » en classe de 3è pour que je n’entende plus pareille bêtise de la part de certains profs.). Bref. Mais, parvenu à la fin de « Un été algérien », j’ai décidé de m’arrêter. L’écriture de ce roman avait pris beaucoup de moi. Tant pis pour Paul. J’ai eu vraiment beaucoup de chances. Le roman paraît chez Gallimard en 1990, alors que ce n’était vraiment pas politiquement correct, car je rencontre deux hommes exceptionnels. Claude Gutman, qui dirige alors la collection « Page Blanche », est enthousiasmé et dit : moi, je te publie. Mais il a un « chef », Pierre Marchand, qui dirige chez Gallimard le secteur jeunesse…et lui dira non, c’est sûr, car le sujet est brûlant. Seconde chance : Marchand dit : « bon, on va avoir des ennuis avec ce roman, mais on le publie, et j’assume. » Qui plus est, il m’invitera lors de sa sortie, à une émission littéraire à laquelle il participe sur RTL. Troisième chance. La voix de Paul, éteinte…ne serait jamais entendue. Or, Gutman savait que j’avais prévu au départ « une voix de Paul ». Il avait quitté Gallimard pour le Seuil. Il me dit : allez, écrit Paul. Mais…mais « Un été algérien » connaissait un grand succès, la barre des 100 000 ex. franchie…Je lui réponds « non, impossible, sinon un crétin va écrire que j’exploite le « filon », chose que je ne supporterais pas tellement l’écriture de ces textes était essentielle pour moi. Je préférais donc ne rien faire. Mais Gutman, excellent directeur de collection, savait lui, que si je n’écrivais pas Paul, ce serait mauvais pour moi. Il a eu l’idée de génie de m’envoyer un contrat blanc : pas de date, pas de titre, rien….tu es libre de faire ou de ne pas faire, signe ce contrat. Et il a joint un chèque ! Et comme je suis quelqu’un d’honnête, je me suis dit : tu ne peux pas prendre l’argent et ne rien faire. Et, Gutman savait que le livre se tenait en attente au bout de ma plume, il suffisait de me pousser un peu. Ainsi est né, « Le Ville de Marseille », nom d’un des bateaux faisant la liaison Algérie-France. Pour marquer le lien entre les deux romans, j’ai repris intentionnellement le nom de Paul (qui ne pouvait évidemment plus être le Paul de « Un été algérien »). En définitive, maintenant les deux romans se trouvent chez Gallimard

 

« La Maison Rose » et « Le Bel oranger » sont deux espaces qui occupent une grande place dans les deux « huit-clos ». Peut-on les considérer comme des personnages ? Portent-ils une mémoire ou un chaos ?

Dans tous mes romans…y compris mes romans policiers adultes, les lieux jouent un rôle important. Les maisons, surtout. Il arrive qu’elles deviennent même un « personnage » du roman. Je fais du vélo et souvent, au lieu de regarder la route, les champs, les arbres, je regarde les maisons dans les villages, n’hésitant pas à jeter un coup d’œil indiscret à travers une fenêtre ouverte. Pour « Un été algérien », je me suis contenté de reprendre l’image de nombreuses grosses fermes qui existent dans beaucoup de régions de France. Mais pour « Le Ville de Marseille », je me suis inspiré de la maison qu’Ernest Hemingway possédait à Cuba, « Finca Vigia ». J’ai eu la chance de la visiter et la propriété du célèbre écrivain m’a impressionné. Je croyais voir l’écrivain en train de travailler ou alors l’entendre marcher dans les allées. Son bateau, « le Pilar » était là, à coté de la maison. Comme dans « Le Bel Oranger », la villa était conçue de façon à ce qu’Hemingway puisse voir toutes les pièces si les portes étaient ouvertes ! Les deux propriétés dans les deux romans, « fonctionnent » comme un décor de théâtre dans lequel j’enferme mes personnages. Ni les personnages ni les lieux ne sortiront indemnes de l’histoire racontée.

 

Alors que « Un été algérien » est scénique, chronologique, « Le Ville de Marseille » est introspectif, plus ancré dans les traumas des déchirures intimes et collectives. Pourquoi ce contraste  d’écriture?

Ah oui, ce que vous dîtes est exact et très bien ressenti. Disons que dans « Un été algérien », je faisais mes gammes et celles-ci accomplies, j’ai pu me lancer vraiment au cœur de la musique. Le contraste n’a pas été voulu, réfléchi. Peut-être aussi que, inconsciemment, dans l’écriture de « Un été algérien », je me sentais bridé par une forme de peur : j’abordais une histoire bouillante, qui provoquait des réactions très inflammatoires, donc, prudence ? Mais, comme ce premier roman a été publié par Gallimard, à ma grande surprise (une maison si prestigieuse qu’y penser était culotté), je me suis dit : tu es idiot, tu es libre d’écrire ce que tu veux, comme tu le ressens, sans marcher sur la pointe des pieds, littérairement parlant, puisque le premier texte a été facilement publié. D’où un récit plus complexe, à plusieurs voix, avec des retours en arrière imbriqués ici et là.

 

Les deux romans sont écrits à la première personne, celle de Salim, le héros de « Un été algérien » et celle de Paul le protagoniste de « Le ville de Marseille ». Les deux « je » sont-ils antagonistes au regard de l’Histoire ? De la littérature ?

Les 50 ans écoulés depuis 1962 démontrent, hélas, que ces « je » sont restés bel et bien antagonistes au regard de l’Histoire…pas seulement l’antagonisme « normal » des années de guerre, chacun étant dans un camp, mais un antagonisme que je ne comprends plus 50 ans plus tard. J’ai parfois l’impression, dans les discussions, que la guerre s’est terminée le mois dernier. C’est fatiguant ces deux « je » dressés sur leurs ergots. Jusqu’à quand ?

 

Marseille », l’exode des pieds noirs est raconté par Paul. Le suicide de sa mère Paula est-il pour lui plus tragique que son arrachement de son lieu natal ?

J’ai l’impression que pour Paul, rien n’est tragique dans cette histoire. Pas même le suicide de sa mère. Lui n’est pas arraché à son lieu natal. Il s’en fout de son lieu natal. Il le répète plusieurs fois : il ne pense qu’à partir. Paul est le double du varan, le gros lézard : il regarde ce qui se produit sous ses yeux, sans éprouver beaucoup d’émotions. Il est encouragé en cela par l’indifférence de ses parents qui se sont séparés. Sa mère a beau l’appeler « mon bébé », Paul n’est en rien son bébé. Tout au plus quelqu’un qu’elle force à écouter, une marionnette qu’on utilise selon ses envies (aller à Bougie faire l’amour). Son père est loin et ne manifeste guère sa paternité, c’est le moins qu’on puisse dire ! Paul, devant ces désastres accumulés, à trouvé une solution pour se protéger : regarder et conserver le sang froid d’un lézard indifférent. Le peu de sentiments qu’il éprouve sont réservés à Tahar et Fatma…et bien sûr, au varan qu’il tuera, justement, parce que le lézard le connaît trop.

 

Le personnage de Paula magnifie-t-il l’image des Français d’Algérie ? Elle se donne la mort plutôt que de quitter le « Bel Oranger »…

Oh non, Paula ne magnifie pas l’image des français d’Algérie. C’est une femme qui ne s’intéresse pas vraiment à l’Algérie, elle ne vit en fait que pour sa propriété (Fatma le dit…le mari le dit..) et si elle avait pu emporter « Le Bel Oranger » dans ses valises, elle ne se serait pas suicidée. Elle est hypocrite, centrée sur elle même, sur ses terres : c’est une paysanne à la mode du 19è. Elle souffre des événements dans la mesure où ceux-ci la privent de ses terres…et se suicider est une façon d’espérer rester mêlée à jamais à cette terre qui lui appartient….j’entends terre au sens premier, pas pays, mais la glèbe, son bien. Je n’ai guère de sympathie pour ce personnage.

 

Fatma la servante n’est-elle pas empreinte d’un certain exotisme colonial ?

Ah oui, c’est un archétype, presque une caricature…l’exotisme colonial. Je l’ai voulu ainsi et je reprends d’ailleurs ce personnage de Fatma dans mon prochain policier qui sort chez « Rivages », en septembre (« Trabadja »)…et dont une partie se situe à Sétif !!!! Quand j’étais enfant, j’entendais souvent cette expression « Ma fatma ». Ces femmes semblaient n’avoir pas de nom. Dans mon village, les gens disaient « ils ont de la chance là-bas, ils ont des fatmas. » J’avais des cousins qui travaillaient dans divers pays d’Afrique. Ils parlaient de « leur boy ». Là encore, pas de nom.

 

Vos autres écrits ont-ils un lien avec la guerre d’Algérie ?

Oui, même si l’Algérie n’est pas aussi présente que dans les deux titres évoqués ici. Elle apparaît dans beaucoup de mes romans. Dans les 4 titres parus au Seuil (épuisés) : le personnage principal s’appelle Slimane, fils de harki. Elle apparaît dans le dernier paru chez « Rivages », sous la forme d’un fusil qui a « fait » la guerre (« Le chat aux aguets »).

 

Vous avez été professeur d’histoire-géographie en Algérie, au lycée Malika Gaïd, à Sétif.

 

J’en garde un souvenir ébloui. Deux années magnifiques, passées avec des élèves jamais rassasiés de connaissances. Le souvenir d’un pays à la beauté sidérante (et du coup, j’ai mieux compris le désespoir des pieds noirs de devoir le quitter !). Je conserve le souvenir d’une belle leçon : nous avons été accueilli d’une si belle façon qu’à notre retour la honte et la rage nous prenaient quand nous constations comment nous accueillions, nous, les Algériens. Je n’écris pas ça par flagornerie, mais mon épouse et moi avons toujours pensé que ces deux années à Sétif ont été les plus riches, les plus belles, les plus formatrices de notre vie. C’est pourquoi « Un été algérien » est dédié « à mes anciennes élèves des classes de première et de seconde du lycée Malika Gaïd de Sétif. » Nous sommes retournés en Algérie en 1989. Pour terminer, un souvenir de ce voyage. Vous n’allez pas me croire. Pourtant, même si je ne le crois pas moi-même, c’est vrai. Mon épouse et moi nous nous promenons donc, en 1989, autour du marché, à Sétif, là où se passe une scène du livre « Un été algérien ». Mon épouse s’arrête devant un étal de fruits et légumes et dit : « quand je pense à tous les légumes que j’ai achetés ici… ». Une personne du magasin s’approche et nous dit : « Vous ne seriez pas monsieur et madame Nozière ? » Vingt ans après notre retour puisque nous étions à Sétif de 1967 à 1969 !

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Rencontre avec J.-P. Nozière

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Jean-Paul Nozière a parlé de sa passion pour l’écriture et pour l’Algérie.  Photos J.-M. V. (CLP)

Passer’ailes, tel est le nom de la dernière initiative mise en place par la médiathèque pour permettre aux publics d’âges différents d’accéder à des genres de lectures qui au départ ne leur étaient pas destinées. Autrement dit, une véritable passerelle, mais cette fois-ci sans jeu de mots, entre ados et adultes qui peuvent très bien se rencontrer sur le terrain de la littérature.

Pour illustrer ce propos, les responsables de la médiathèque avaient invité Jean-Paul Nozière, un auteur dont le travail symbolise à la perfection cette démarche puisqu’il écrit aussi bien pour les uns que pour les autres. La soirée animée par le directeur de la librairie La Mandragore, à Chalon-sur-Saône, a permis au public, réuni en toute décontraction autour d’un verre et de quelques chouquettes, d’aller à la rencontre de cet écrivain fort sympathique. Celui-ci est revenu, si l’on peut dire, sur la genèse de son art, expliquant qu’il avait été élevé, depuis tout petit, dans une sainte horreur de la guerre, par ses parents et grands parents.

D’où sa décision, dès qu’il le put, et alors que le brasier algérien était encore fumant, de partir en 1967 enseigner en Algérie « pour essayer de comprendre ce qui s’était passé là-bas. » Il gardera de son séjour d’enseignant à Sétif, « dans un lycée de filles où toutes les élèves étaient amoureuses de moi », un souvenir émerveillé qui sera déterminant pour la suite de sa carrière d’écrivain.

La douleur des Pieds noirs

« En revenant, je savais déjà que j’écrirais : Un été algérien et La chanson de Hannah tant ces deux histoires étaient en moi. Il y comprendra aussi toute la douleur des Pieds noirs d’avoir dû quitter un pays aussi magnifique. Puis, viendront d’autres romans, mettant parfois en scène une Bourgogne imaginaire qui, au bout du compte, ne l’est pas tant que cela. « C’est incroyable, commente-t-il, cette faculté qu’ont souvent les gens à s’approprier les personnages et les lieux. Une appropriation qui va parfois jusqu’à l’identification, voire la reconnaisance d’un tel ou un tel qui en fait des lecteurs très impliqués et parfois très critiques. Difficile de leur dire ensuite que tout cela n’est qu’une histoire. »

La soirée s’est terminée par une séance de dédicaces lors de laquelle on notait aussi la présence de Laurent Selvez, premier adjoint, et de Germaine Foucherot, adjointe à la culture, pour qui c’était la deuxième rencontre avec Jean-Paul Nozière puisque ce dernier était déjà venu au collège Jean-Moulin à une époque où elle en était la documentaliste.

“À Setif, toutes les élèves étaient amoureuses de moi.”

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Les deux romans phares sur la guerre d’Algérie de Jean-Paul Nozière «Un été algérien» (1990) et «Le Ville de Marseille» ( Seuil 2002)

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Cet été-là aurait pu être un été comme les autres. Un été de plus dans la ferme Barine, à quelques kilomètres de Sétif, dans une Algérie encore française où la guerre d'indépendance s'éternise. Un été où Paul et Salim, deux amis de quinze ans, se seraient ennuyés au rythme lent des moissons. Pourtant, cet été verra la fin de leur amitié : Salim, fils de fellah, va être amené à choisir le camp de l'indépendance. Paul va rester dans celui des Français. Spectacle de deux adolescents pris dans la tourmente de l'Histoire, leur histoire.


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Algérie, printemps 1962. Paul, treize ans, fils de colons français, vient de perdre sa mère qui s'apprêtait à fuir, comme tant d'autres, à bord du Ville de Marseille... Alors que dehors, l'OAS fait régner la terreur, le temps s'est arrêté dans la demeure familiale. Fatma, la fidèle servante, pleure sa maîtresse et ose enfin lui dire tout ce qu'elle pense. Elle se rappelle tout, Fatma: le petit Paul qu'elle a élevé, monsieur Marcel qui n'était pas heureux au Bel Oranger, madame Paula qui en était folle. Mais de quoi Paula est-elle vraiment morte?
Et Marcel n'était-il qu'un mari volage et un père absent? Paul va enfin pouvoir se réapproprier son histoire et, avec sa vérité, se tourner vers l'avenir.
Un roman simple et bouleversant sur l'intimité d'une famille pied-noire au lendemain de la guerre d'Algérie.
 

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