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18/07/2013
Par M. Bertrand DELANOË

http://www.paris.fr/accueil/Portal.lut?page_id=1&document_type_id=7&document_id=133183&portlet_id=24052

 J’apprends avec émotion et tristesse la disparition d’Henri Alleg, grand éveilleur des consciences françaises au moment de la guerre d’Algérie.

Militant communiste, journaliste engagé, il n’a jamais cessé, malgré l’emprisonnement et la torture, de clamer haut et fort son souci de la dignité humaine.

Au nom de Paris ainsi qu’en mon nom personnel, je tiens à présenter mes condoléances à sa famille, ses amis et ses camarades.

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http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-paul-bourges/190713/quelle-est-la-question

Quelle est la question ?

19 juillet 2013 |  Par Jean-Paul Bourgès

C’est par cette phrase anodine que l’homme politique lambda gagne un peu de temps et tente de déstabiliser un interlocuteur en faisant mine de ne pas avoir compris ce qu’on lui demande.

Une question, les questions, mes questions, vos questions … le questionnement universel et éternel, n’est-ce pas là l’un des fondements parmi les plus constants de l’humanité, depuis la tentative d’accès à la connaissance qui aurait, selon la Genèse, abouti à l’éjection d’Adam et Eve du Jardin d’Eden ?

Et qu’y a-t-il de plus merveilleux que les questions des enfants, naïves et permettant des réponses faciles, ou extrêmement profondes et exigeant de vraies réponses qui peuvent mettre à nu nos convictions d’adultes. Répondre vraiment à ces questions, qui permettent à l’enfant de grandir, tout en nous évitant de rapetisser à la taille de nains de l’esprit par de vaines dérobades, n’est-ce pas l’exercice le plus exaltant auquel des adultes peuvent se livrer ?

En tout cas, pour moi, je sais qu’un jour ce fut par « La question » que je franchis une étape majeure de l’évolution de mon esprit.

Vous l’avez bien compris, c’est par ce petit ouvrage (Par le nombre de pages) d’Henri ALLEG écrit en 1957, que quatre ans plus tard, à l’âge de dix sept ans, je fis un bon en avant dans ma conscience politique en le lisant. C’est un de mes camarades tunisiens de maths-sup qui me l’avait procuré et c’est dans mon lit que je lus le soir même, en cachette, ce livre interdit.

Quoi ? L’Armée Française, celle dont papa faisait partie, celle où avait servi mon grand-père mort à la tête de sa compagnie en 1914, cette armée, donc, torturait … comme les nazis l’avaient fait moins de vingt ans avant ? ! Tuer Jean MOULIN après avoir, en vain, tenté de le faire parler et « passer à la gégène » ou « dans la baignoire » un fellagha ou un Français solidaire du FLN, n’eut, dès lors à mes yeux comme résultat que de me faire davantage honte, en tant que Français, car le second cas était le fait de militaires appartenant à la même armée que mon père.

Cette cause étrange du maintien de l’Algérie dans la France, alors que je voyais bien autour de moi que jamais les Algériens ne seraient traités comme les Français « de souche » (Pas de la part de papa, qui aimait sincèrement le Maroc, l’Algérie et les peuples qui y vivaient et il ne se croyait pas supérieur à eux), cette cause, donc, n’était-elle pas condamnée par les violences auxquelles sa défense aboutissait ? Le slogan de « l’intégration » n’était qu’une escroquerie morale, il ne s’agissait bien que de colonialisme et les moyens les pires étaient employés pour « garder l’Algérie » et cette expression traduisait bien ce concept de possédant parlant de ce qui est possédé. Le Général DE GAULLE venait de faire le choix de l’autodétermination, l’indépendance de l’Algérie devenait chaque jour plus probable à une échéance qu’on ne voyait pas encore très bien.

Henri ALLEG est mort hier. J’ignorais qu’il fut encore en vie, tellement cette époque me paraît lointaine … bien que jamais oubliée.

Nous avons sûrement été nombreux à sortir de la naïveté à la lecture de « La question ».

La torture n’apporte pas souvent à ceux qui la pratiquent les réponses qu’ils espèrent.

Il y a des livres, cependant, comme celui où Henri ALLEG porta témoignage, qui font se lever des milliers de consciences et déterminer des lignes de vie … qui se prolongent bien plus tard, par exemple dans le soutien à Amnesty-International.

En apprenant la mort d’Henri ALLEG, dont je ne savais pas grand-chose depuis les années soixante, j’ai éprouvé le besoin d’écrire ces quelques lignes pour dire à quel point il a pu m’influencer.

Merci à cet homme courageux … jusqu’à endurer l’atroce par conviction. J’espère que, malgré la confusion interne actuelle qu’elle connaît, l’Algérie, et pas simplement celle qui est dans l'opposition, saura lui rendre l’hommage qu’il mérite sans s’appesantir sur le fait qu’elle a su prendre le relais de l’armée française dans certaines pratiques.

Jean-Paul Bourgès, le 19 juillet 2013

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