Son capitaine avait dit des paroles honteuses  : "les Arabes allaient être étonnés, après la guerre, de trouver des cadavres en labourant leurs champs".

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Georges Bretaudeau à Zéralda en Algérie. En 1962, il meurt en Algérie dans des circonstances mystérieuses.

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En 1962, il meurt en Algérie dans des circonstances mystérieuses. Aujourd'hui, un ancien camarade de régiment permet à la famille de battre en brèche la version officielle de la disparition.

L'histoire

C'est une lettre arrivée l'été dernier au presbytère de La Romagne, près de Cholet, qui a réveillé une histoire vieille de 50 ans. Accompagnée d'un chèque, elle demandait qu'une messe soit dite pour le cinquantième anniversaire de la mort du soldat Georges Bretaudeau en Algérie.

De quoi éveiller la curiosité de sa famille, qui s'est empressée de contacter l'envoyeur. Le beau-frère de Georges, Louis Vigneron de Saint-Christophe-du-Bois, a pris les premiers contacts : «La réponse à ma première lettre est restée évasive. C'est après plusieurs tentatives que le mystérieux contact a commencé à se dévoiler.» Et que les circonstances de la disparition de Georges se sont précisées.

Histoire officielle

Jusque-là, la famille (il avait six frères et soeurs) avait dû se contenter de la version officielle : le 29 juin 1962, alors que Georges, affecté au camp de Baba Ali dans les environs d'Alger, s'écarte de son groupe pour satisfaire une envie naturelle, il est enlevé. En juillet, ses parents, Marie-Rose et Gabriel, reçoivent une lettre du commandant du camp : «Son brigadier avait entendu un échange de paroles en arabe et distingué la silhouette d'un individu en tenue kaki semblable aux nôtres et armée d'un pistolet-mitrailleur. Un ratissage du terrain avait été déclenché dans un minimum de temps mais sans résultat.»

« Faire enfin son deuil »

La famille recevait ensuite diplôme et médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre en Algérie. Le 1er octobre 1964, Georges Bretaudeau était cité à l'ordre de l'armée à titre posthume avec la mention : «A trouvé une mort glorieuse, le 29 juin 1962.» Son corps n'a jamais été retrouvé.

Le témoignage du mystérieux donateur parisien, à l'époque maréchal des logis cantonné avec Georges, éclaire la disparition d'un jour nouveau: «Le FLN savait beaucoup de choses sur nous. Le signal de l'enlèvement a été très long avant d'être donné et qu'on commence les recherches... Un matin on avait découvert sur la route, devant l'entrée de la caserne, L... On aura ta peau, avec le nom du capitaine qui nous commandait. Je me souviens avoir entendu celui-ci dire que les Arabes allaient être étonnés, après la guerre, de trouver des cadavres en labourant leurs champs. C'est peu de temps après que Georges s'est fait enlever... Une lettre est ensuite arrivée demandant que le soldat enlevé soit échangé contre le capitaine... La suite est facile à comprendre. Claude S., un soldat comme nous, m'a dit que Georges avait été retrouvé tué.»

Récemment, le maréchal des logis a appris que le capitaine L. venait de mourir. «C'est peut-être pourquoi les témoins osent maintenant se confier. Mais des ombres demeurent et le corps n'a jamais été restitué à notre famille», poursuit Louis qui continue son enquête. Il cherche maintenant à contacter ce Claude S. qui a affirmé que son beau-frère avait été tué. «Nous allons aller à Paris rencontrer notre interlocuteur. Nous espérons en apprendre davantage et trouver des explications qui permettent à la famille, sinon de retrouver le corps, au moins de faire enfin son deuil.»

Ouest-France  

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