Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

 

30 mai 2014 |  Par Anne Guérin-Castell

anne guérinhttp://blogs.mediapart.fr/blog/anne-guerin-castell/300514/cinquante-trois-ans-apres-l-oas-l-honneur-en-espagne 

Anne GUERIN-CASTELL , Française née en Algérie, enseignante de mathématiques puis réalisatrice et monteuse de films cinématographique et spécialiste des oeuvres du cinéaste polonais Wojciech Jerzy Has.

Polop, une commune de la province d’Alicante qui n’avait jusqu’à ce jour pas beaucoup fait parler d’elle, s’apprête à ériger dans son cimetière une stèle honorant MEDIA1l’OAS, formation responsable de la mort de plus de 2700 personnes, créée… en Espagne le 11 février 1961 avec l’aide de  Ramón Serrano Súñer, organisateur de la rencontre entre Hitler et Franco le 23 octobre 1940 à Hendaye, puis entre Franco et Mussolini le 12 février 1941 à Bordighera.

L’inauguration de la stèle est prévue pour le 7 juin. Seront ainsi « gravés dans le bronze », comme l’annonce un document interne de l’Adimad, Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française, bien connue pour ses liens étroits avec l’extrême droite, les noms de :

–  Jean Bastien-Thiry, ingénieur militaire, lieutenant-colonel de l’armée de l’air, organisateur de plusieurs attentats contre le général de Gaulle, dont celui du Petit-Clamart le 22 août 1962 ;

– Roger Degueldre, lieutenant du 1er régiment de parachutistes de la Légion étrangère, déserteur en décembre 1960, cofondateur avec Jean-Claude Perez des commandos Delta de l’OAS, responsables d’une centaine d’attentats à l’explosif et de nombreux assassinats, dont celui de six inspecteurs des Centres sociaux créés en Algérie par Germaine Tillion, parmi lesquels l’écrivain Mouloud Feraoun ;

– Albert Dovecar, sergent au 1er régiment de parachutistes de la Légion étrangère ayant participé au putsch  d’avril 1961 puis déserté pour rejoindre Degueldre, et devenu chef du commando Delta 1, responsable en particulier de la mort le 31 mai 1961 du commissaire Roger Gavoury, poignardé à son domicile algérois alors qu’il venait d’être nommé commissaire central à la suite du putsch ;

– Claude Piegts, ancien légionnaire au 1er régiment de parachutistes, membre du commando Delta 1, également responsable de l’assassinat du commissaire Gavoury, première action d’éclat avec laquelle se manifeste l’OAS.

 Quatre hommes qui ont été jugés, condamnés à mort et fusillés le 7 juin 1962 (Dovecar et Piegts), le 6 juillet 1962 (Degueldre) et le 13 mars 1963 (Bastien-Thiry). Où l’on voit que le choix de la date du 7 juin pour l’inauguration de la stèle de Polop ne doit rien au hasard… Il faut dire que, pour  les membres de l’Adimad tout autant que pour Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen et nouvel élu du Parlement européen, les membres de l’OAS « sont des héros », des « résistants de l’Algérie française » comparables à ceux qui combattirent pendant l’Occupation. Que dire alors des 4 condamnés à mort et fusillés ? Des martyrs !

Selon El Periódico qui, après El Watan – « L’OAS passe les Pyrénées pour glorifier ses tueurs » édition du 20 mai – , vient de consacrer un article à cette affaire, l’érection de la stèle serait due à une initiative privée. Le maire (socialiste !) de Potop annonce très tranquillement qu’il assistera à l’inauguration. Dans cette ville qui compte autant d'habitants que l'OAS a fait de victimes, ont trouvé refuge une centaine de jusqu’au-boutistes de l’Algérie française (sur un total de quatre cents pour la province d’Alicante) qui sont « bien intégrés », il a justement épousé une de leurs descendants.  Pour lui : « Ce n'est pas une question de gauche ou de droite, il s'agit tout simplement de placer une pierre tombale en l'honneur des disparus en Algérie, afin que les gens aient un endroit où aller pour se recueillir. » Phrase emblématique où se retrouvent le « ni gauche ni droite » brillamment analysé par Zev Sternhell (1) et la rhétorique caractéristique d'une idéologie qui s’emploie à investir les consciences en distordant le langage et en inversant les valeurs (2). Dans le même registre, sur le document de l’Adimad évoqué ci-dessus, qui n’est autre qu’une invitation signée de son président Jean-François Collin – ancien conseiller municipal FN de la ville de Hyères, nommé en 2011 chevalier de la Légion d'honneur, nomination annulée en 2013 – et envoyée à tous ses membres pour qu’ils assistent à l’inauguration (non sans leur recommander la plus grande discrétion en raison des medias et des « ennemis »), il est précisé que « ce mémorial aura aussi pour vocation de remercier le peuple espagnol de l’accueil réservé aux combattants de l’Algérie française en 1962 ».

Rappelons que semblables monuments ont été installés dans plusieurs villes françaises, à la suite du  premier d’entre eux, le mémorial de Théoule-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, inauguré le 1er novembre 2002. En plus de l’inscription « À tous nos camarades tombés pour la défense de l’Algérie française », on trouve une mise en regard des quatre fusillés avec la date de leur mort, sans que soient évoquées les circonstances de celle-ci, avec ceux des sept manifestants morts le 24 janvier 1960 lors de la fusillade du Plateau des Glières à Alger au début de la « semaine des barricades » (3).

MEDIA2

© DR

 

Peu après, une stèle érigée dans un cimetière de Perpignan est inaugurée le 5 juillet 2003. Avec, supportée par un bloc de granit, une sculpture monumentale en bronze représentant un homme en train de s’effondrer, les mains liées à un poteau d’exécution, accompagnée de l’inscription en lettres capitales : « Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l’Algérie française ». Des plaques portant plusieurs noms (144 en tout) sont apposées sur le socle. Avec au centre et tout à l’avant, sous l'inscription « Terre d'Algérie » en lettres d'or et mis en valeur par la symétrie de l’ensemble et la sculpture qui  les domine dont ils semblent constituer la légende, ceux superposées de Bastien-Thiry, Degueldre, Dovecar et Piegts.

 

MEDIA1

 

 

Sa jumelle est installée en 2005 dans le cimetière de Marignane sur une parcelle généreusement donné par le maire Daniel Simonpiéri.

MEDIA4

© Adimad

Démantelée en 2008 après le jugement du tribunal administratif de Marseille, (voir ici et ),   elle a été réinstallée trois ans plus tard après de légères modifications des inscriptions flanquant la sculpture en bronze.

MEDIA5.jpg

© DR

Enfin, un troisième bronze identique a été plus récemment apposé sur un mur dans l’enceinte d’un lieu privé,  la Maison Maréchal Juin ou Maison des  rapatriés d’Aix-en-Provence et inauguré le 7 juin 2013 par la maire Maryse Joissains-Masini. Jean-François Picheral, membre du parti socialiste, qui était maire d'Aix-en-Provence avant Mme Joissains-Masini et avait soutenu le projet de cette Maison, était présent lors de cette cérémonie. 

MEDIA6.jpg

© S. Mercier

On trouve d'autres monuments à la gloire de ces assassins. Par exemple, dans le cimetière de Béziers, où figurent les quatre noms.

MEDIA7.jpg

© La Dépêche

Ou à Nice, square Alsace-Lorraine, avec une stèle dédiée à Roger Degueldre « symbole de l’Algérie française ». 

MEDIA8.gif

© DR

Et il semble qu'il y ait aujourd'hui le projet d'une nouvelle stèle à Saint-Raphaël, « en hommage à ceux qui sont tombés pour que vive la France en Algérie ».

 Cependant, il ressort de l'arrêt du Conseil d'État du 14 novembre 2011 – suite à la demande de l’Adimad que soit annulé l’arrêt du 23 avril 2010 par lequel la cour administrative d’appel de  Marseille avait rejeté sa requête en annulation du jugement du tribunal administratif de Marseille du 7 juillet 2008 – que : « Est illégale la délivrance par un maire d'une autorisation d'occuper pendant quinze ans un emplacement dans un cimetière en vue d'y installer une stèle ne constituant pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestant une prise de position politique et procédant à l'apologie de faits criminels, dès lors qu'elle permet l'occupation du domaine public communal pour un usage qui, d'une part, n'est pas compatible avec la destination normale d'un cimetière et, d'autre part, est de nature à entraîner des troubles à l'ordre public. »

C'est sans doute l'une des raisons qui ont poussé l’Adimad à s'aventurer de l’autre côté des Pyrénées. Plusieurs indices laissent à penser qu'une sculpture identique à celles de Perpignan, Marignane et Aix-en-Provence ornera la stèle de Polop. Le porte-parole de l’ambassade de France à Madrid confirme qu'il s’agit d’une initiative privée et précise que les autorités françaises n’y sont aucunement associées. Faut-il se contenter de mots qui ne rassureront que ceux qui refusent de voir ce qui est en train d’advenir dans cette Europe de l’Ouest qui pensait en avoir fini avec ses fantômes ? Ne peut-on espérer une intervention ferme du gouvernement  français avant la date du 7 juin ?

Selon Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) et fils du commissaire assassiné en mai 1961 : « le contexte des élections européennes invite à réfléchir sur le sens et la portée d’un projet hispanique de stèle à la gloire de l’OAS, dont la conception même ne doit rien au hasard. Au cours de ces quarante dernières années, le monumentalisme antirépublicain a frappé la partie française du littoral méditerranéen depuis Nice jusqu’à Perpignan. S’il vise aujourd’hui l’Espagne, ce n’est pas dans une perspective de réhabilitation supranationale de quelques assassins que la justice et l’histoire ont définitivement proscrits. Ce n’est pas non plus dans un esprit de retour aux sources de l’OAS, née au cœur de l’Espagne franquiste en février 1961. C’est en réalité pour établir précisément en face de l’Algérie plus qu’une continuité revancharde, un véritable front de la renaissance du fascisme ».

Lien : http://www.elperiodico.com/es/noticias/internacional/espana-acoge-monumento-homenaje-terroristas-franceses-3284990 

 (1) Zev Sternhell, Ni droite, ni gauche. L’idéologie fasciste en France, réédité avec une nouvelle préface en 2013. Voir  l’article de Jacques Dubois dans l’édition Bookclub.

(2) Cf. la citation d’Amos Oz faite par Taky Varsö en commentaire d’un billet récent de Daniel Salvatore Schiffer : « C'est la distorsion du langage qui a pavé la voie “de l'extermination des juifs”. Des générations avant la naissance de Hitler, les auteurs de massacres savaient déjà qu'il faut corrompre les mots avant de corrompre ceux qui les emploient, afin de rendre les gens capables d'assassiner en guise  de purification, de nettoyage, de guérison » Amos Oz, Les Deux Morts de ma grand-mère.

(3) Voir sur le site d’Henri Pouillot, infatigable traqueur des hommages aux assassins et tortionnaires de l’OAS.

 

Ajout du 31 mai, 13 h 12

La cérémonie d'inauguration de la stèle dans le cimetière de Polop est annulée

Cette annulation a été annoncée hier soir à 19h53 dans l'édition électronique d'El Periódico. Voici la traduction de l'article qui en fait part :

« Polop suspend l'hommage à l'extrême droite française
 
Le maire de Polop (Alicante) fait marche arrière et désapprouve l’élévation d’un monument consacré à des terroristes de l'OAS dans le cimetière local.
 
Finalement, la commune de Polop (Alicante) n’accueillera pas l'hommage aux membres de l'OAS, groupe terroriste qui s'est opposé à l'indépendance de l'Algérie, prévu pour le 7 juin. Ainsi l’a confirmé ce vendredi, à EL PERIÓDICO, le maire de la localité, Gabriel Fernández Fernández, qui a expliqué que l'autorisation avait été refusée par la municipalité elle-même, après l'information publiée par ce journal et sans que les autorités diplomatiques françaises ou espagnoles aient eu à demander des explications au conseil municipal.
 
“On a causé un trouble sans le vouloir”, a admis le socialiste Fernández, qui maintient que l'intention de la mairie n'était autre que de témoigner de “la gratitude à l’égard des habitants de la ville et de la région qui étaient en Algérie”. Bien qu'elle ne l'ait pas explicité formellement, l'organisation qui a promu l'hommage, l’Adimad, avait prévu d'inclure sur la tombe les noms de quatre célèbres terroristes de l'OAS, selon les documents auxquels le journal a eu accès.
 
Toutefois, le maire de Polop continue à soutenir que la cérémonie organisée à la demande de l’Adimad – présidée par Jean- François Collin, membre du Front national – n'avait aucun lien avec l'extrême droite française. “Nous avons discuté avec certaines personnes et les plaques que nous autorisions ne disaient rien de répréhensible, mais peut-être une certaine organisation voulait-elle quelque chose de différent, et c'est pourquoi avons décidé d’annuler cette initiative avant qu'elle ne crée davantage de doutes”, se défend le maire, en réduisant  l'hommage controversé à un malentendu. »

Sans commentaire de ma part autre que mes plus vifs remerciements à tous ceux qui ont  contribué à la visibilité de mon billet.


Ajout du 1er juin, 12 h

Voici la traduction de l'article complet paru dans l'édition papier du 31 mai 2014. Lien : http://www.elperiodico.com/es/noticias/internacional/polop-cancela-homenaje-los-ultras-del-colonialismo-frances-3287114


MONUMENT CONTROVERSÉ PORTÉ PAR L’EXTRÊME DROITE

 Polop annule l’hommage aux ultras du colonialisme français

Le maire socialiste revient en arrière et désavoue l'acte pour effacer les «doutes»

■ C'était un hommage voilé aux terroristes qui s'opposaient à l'indépendance de l'Algérie

LAURA L. DAVID / VALENCIA

ELIANNE ROS / PARÍS

Samedi 31 mai 2014

Finalement, le cimetière municipal de Polop (Alicante) n'accueillera pas la manifestation d’hommage au colonialisme prévue par l'extrême droite française le 7 juin. Cela a été confirmé hier à El Periódico par le maire, le socialiste Gabriel Fernández Fernández, qui a désapprouvé l'hommage après l'information publiée par ce journal sur la véritable intention de l'association instigatrice du projet, l’Adimad, qui rassemble des ex-membres de l'OAS, groupe armé opposé à l'indépendance de l'Algérie, considérée comme terroriste en France et auquel on attribue plus de 2.000 morts.

Le projet consistait en l’installation de deux stèles rendant hommage à ceux qui se sont opposés à l'indépendance de l'Algérie et au « peuple espagnol » qui, pendant le franquisme, a reçu les exilés de la colonie française, parmi lesquels il y avait des membres de l'OAS.

Toutefois, selon la convocation interne de l'Adimad, à laquelle le journal a eu accès, il était prévu d'ajouter les noms « inscrits dans le bronze » de Roger Degueldre, créateur des commandos Delta, bras armé de l'OAS ; Jean Bastien-Thiry, qui a dirigé un attentat contre le général Charles de Gaulle ; et Albert Dovecar et Claude Piegts, condamnés tous les deux pour le meurtre du commissaire central d'Alger.

L'hommage a indigné les victimes de l'OAS, qui poursuivent une bataille juridique contre l’Adimad et ont accusé le maire d'utiliser un « double langage ». « Un émoi s’est créé, que nous ne voulons pas entretenir », a admis Fernández, qui maintient que l'intention du conseil municipal n'était autre qu’un geste de « reconnaissance à l’égard des personnes de la commune et de la région ayant été en Algérie ». Et d’insister sur le fait que le projet porté par l’Adimad, une association présidée par Jean François Collin, membre du Front National (FN), n'avait pas de lien avec l'extrême droite française. « Les plaques que nous avions autorisées ne disaient rien de mal, mais peut-être une certaine organisation voulait-elle quelque chose de différent, et c'est pourquoi nous avons décidé d’annuler cette initiative avant qu'elle ne crée davantage de doutes », se défend le maire.

PRESSION DIPLOMATIQUE – Fernández affirme qu'il a pris la décision sans que les autorités diplomatiques françaises ou espagnoles n’aient demandé à la municipalité de s’expliquer. Cependant, comme le journal a pu l’apprendre, l'ambassade française a effectivement fait savoir à la Maison de France à Alicante que l'affaire « préoccupe beaucoup » l'ambassadeur français en Espagne, Jêrome Bonnafont. L'association culturelle française se désolidarise totalement de l'hommage.

Esquerra Unida, qui avait demandé l'annulation du projet, interviendra auprès du Ministère de l'Intérieur à ce sujet. Le député d'EUPV-Els Verds au Congrès, Ricardo Sixto, a rappelé hier que ce type d'hommage « a été interdit en France » et que « c'était le franquisme qui avait accueilli ces groupes d'extrême droite ». « Il ne s'agit pas d’une initiative privée, comme le mentionne de façon regrettable le maire de Polop, mais d’un acte politique d'hommage à un des terroristes condamné pour l'attentat contre de Gaulle ». Sixto demandera au ministre (de l’intérieur) Jorge Fernández Díaz de faire la lumière sur l’origine de l’autorisation donnée à un projet qui serait illégal de l'autre côté des Pyrénées. « Que ferait le ministre si, en France, un hommage était organisé à ETA ? », s'est interrogé Sixto.


Ne relâchons pas notre vigilance.

Tous les commentaires

 

31/05/2014 00:40:42
over-blog.com : Vous avez reçu un commentaire

Bonjour,

un commentaire vient d'être posté par Danièle PONSOT sur l'article Sur MEDIAPART avec le titre « Cinquante-trois ans après, l’OAS à l’honneur en Espagne » un article d’Anne Guérin-Castell, sur votre blog BLOG PERSONNEL DE MICHEL DANDELOT *** REGION BOURGOGNE

Extrait du commentaire:

La juste indignation soulevée par les faits relatés et analysés par Anne Guérin Castell met un peu de baume au coeur de ceux qui, comme moi, Pied-Noire non revancharde, haïssant l'OAS (j'étais en Algérie jusqu'en 1962 et les ai vus à l'oeuvre)voient avec une grande inquiétude la montée inexorable de l'extrême droite en France et en Europe!

30/05/2014, 08:18 | Par OLALA

Merci pour votre article.

 Réécrire l'histoire  à coup de burin, pour propager le mensonge.

30/05/2014, 09:44 | Par Taky Varsö

Merci pour cette implacable recension qui démontre la montée d' " un véritable front de la renaissance du fascisme » avec l'accord tacite (l'aval) de certains représentants du PS.

Alors oui, on réclame "une intervention ferme du gouvernement  français avant la date du 7 juin ", car comme le dit Olala quand on commence à "réécrire l'histoire à coup de burin, pour propager le mensonge", il y a péril en la demeure.

30/05/2014, 09:48 | Par grain de sel

Scandaleux. D'accord 100% avec les 2 commentaires ci- dessus. Intervention ferme nécessaire et rapidement ! 

Eriger des stèles en hommage à ces monstres....

30/05/2014, 10:23 | Par Jean-Yves Mège

Le burin comme le scalpel pour un abcès. "Parce qu'il le faut bien", sinon c'est scepticémie. J'ajouterais même une bonne dose d'antibiotiques.

30/05/2014, 10:34 | Par Blandine Margoux

Merci, Anne Guérin-Castell, pour votre alerte solidement étayée.
C'est douloureux, mais merci.  
Que veulent-ils ?

 

30/05/2014, 11:45 | Par Henri POUILLOT

Oui Anne,

Tu pourrais compléter que la Maire d'Aix en Provence a inauguré très récemment cette stèle, mais qu'elle n'avait pas oser y ajouter ce jour là la plaque nommant les 4 "héros" que tu cites, mais que cette inscription a été rajoutée en suite voir la page de mon site  

On arrive à un peu plus de 70 stèles (en France) que j'ai répertotiées,... commémorant l'Algérie Française et l'OAS, il n'y en avait qu'une quizaine avant 2002 !!!

30/05/2014, 14:25 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Henri POUILLOT le 30/05/2014 à 11:45

Merci pour ce complément, Henri. Ajout fait, avec déplacement du lien menant à cette page de ton site, que j'avais (mal) positionné sur le nom de Maryse Joissains-Masini.

30/05/2014, 12:36 | Par Tinus

Bonjour Anne, on en apprend toujours de belles sur ton blog. Je ne savais que l'Oas était née en Espagne franquiste. Merci de rappeler que si l'Oas est morte, ses vieux réseaux sont toujours en vie.

Parfaitement d'accord avec quelques nuances. Le cimetière, c'est le lieu d'après tous les combats, ça ne veut pas dire qu'on ne puisse y faire référence. On a l'habitude de lire sur les tombes "Mort pour la France". Quand je sais que le mort n'avait pas le choix, ça m'énerve. Mais sinon les convictions du mort, je respecte. Donc "Mort pour l'Algérie française", s'il y tient, le mort, ça me va. Qu'il ait fait partie de l'Oas ne changerait rien. Par contre je n'admettrais pas sur sa tombe une référence à l'Oas, ni sur une stèle, pas plus dans le cimetière que dehors ! Les stèles et monuments que tu mets en photo sont des références implicites à l'Oas et devraient être frappés d'interdiction.

Proposition de slogan : Pas d'oasis pour l'Oas

 

30/05/2014, 17:19 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Tinus le 30/05/2014 à 12:36

Le cimetière, c'est le lieu d'après tous les combats, ça ne veut pas dire qu'on ne puisse y faire référence. 

Mais c'est justement notre position, Tinus. Et c'est la raison pour laquelle la « bataille » contre les stèles en honneur de l'OAS menée depuis les premières années du XXIe siècle par plusieurs associations dont la Ligue des Droits de l'Homme et l'Anpromevo concerne souvent le champ sémantique.

L'éventualité de « mourir pour la France », c'était le choix du commissaire central Roger Gavoury qui, malgré plusieurs lettres de menaces et le plasticage de son appartement, était décidé à aller au bout de la mission qui lui était confiée et se déplaçait sans escorte et sans gardes du corps.  Mieux que mes pauvres mots, l'idée qu'il se faisait de cette mission est tout entière contenue dans ces phrases qu'il adressa à ses collaborateurs huit jours avant d'être poignardé : « L’horizon commence à blanchir et bientôt, je l’espère, luira sur l’Algérie l’aube de la paix. Je voudrais, de toute mon âme, être le “Central” de la pacification, la vraie cette fois, celle des esprits. Je rêve d’une Alger où les hommes s’entr’aiment enfin, sans plus être séparés par des races, des religions ou des mers. »

C'était le choix de tous les fonctionnaires restés en poste malgré les menaces de l'OAS, obéissant en cela à une idée du devoir républicain qui semble avoir bien pâli de nos jours. En particulier celui de Mouloud Feraoun, Salah Ould Aoudia, Ali Hammoutene, Max Marchand, Marcel Basset, Robert Eymard, à qui Bernard Tricot avait demandé de regagner leur poste alors que, en stage à Marly-le-Roi, ils venaient de lui faire part des menaces dont ils étaient l'objet. Ils furent assassinés à Alger quelques semaines plus tard (le 15 mars 1962, trois jours avant la signature des accords d'Évian).

Je rappelle les paroles de Max Marchand  à sa sortie du ministère de l'Éducation nationale : « On a promis de me nommer en France, en juin, mais je n’atteindrai pas juin : ils auront ma peau avant. » Je rappelle surtout que les noms des trois premiers n'auraient pas le droit de figurer sur le mémorial du quai Branly, alors que s'y trouvent ceux des victimes de la manifestation de la rue d'Isly fomentée par l'OAS.

Voilà, Tinus, à quoi je pense quand j'entends ou lis l'expression « mort pour la France ».

P.-S. Nous sommes aujourd'hui le 30 mai : demain, 31 mai, ce sera le 53e anniversaire de la mort de Roger Gavoury, mort pour la France.

30/05/2014, 13:01 | Par Goasanscaven

Vous avez entièrement raison, Anne, de nous informer sur cette nouvelle entreprise de réhabilitation d’une organisation criminelle. Ces stèles faisant l'apologie de l'OAS n'ont pas leur place dans le domaine public. Ces admirateurs de l’OAS sont des contempteurs de la République, même si certains d’entre eux l’utilisent pour faire carrière et il me semble également essentiel que les élus, notamment du PS,  qui se compromettent à leurs côtés soient sanctionnés.

30/05/2014, 12:57 | Par Anne Guérin-Castell

Message de Llibert Tarragó, fondateur de « Triangle bleu - Documentation et archives des républicains espagnols déportés de France » :

« Vous pouvez ajouter que Serrano Sunyer est celui qui répondit à Hitler “Ce ne sont plus des Espagnols” après que quelques milliers de républicains eussent été pris en 1940 sur la ligne Maginot par l'armée allemande. D'où leur concentration en masse dans le camp d'extermination de Mauthausen avec au poitrail le triangle bleu réservé aux apatrides dans le système concentrationnaire. »

30/05/2014, 13:11 | Par Anne Guérin-Castell

Olala, Taky, Grain, Jean-Yves, Blandine, Henri, Tinus, Goasancaven, merci  de vos réactions. Je compte sur vous pour propager cette information – pour l'instant pas encore reprise par la presse en France – en utilisant tous les moyens qui sont à votre disposition. On ne peut, on ne doit pas accepter la présence dans un pays membre de l'Union européenne d'un monument à la gloire d'un terrorisme antirépublicain qui a causé la mort de milliers de personnes en France et en Algérie.

30/05/2014, 13:34 | Par grain de sel en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 30/05/2014 à 13:11

Elle est déjà en Une du site et je l'ai retweetée plusieurs fois....

30/05/2014, 13:39 | Par Blandine Margoux en réponse au commentaire de grain de sel le 30/05/2014 à 13:34

Facebookée.

30/05/2014, 13:26 | Par Sarah Faro

"On ne peut, on ne doit pas accepter la présence dans un pays membre de l'Union européenne d'un monument à la gloire d'un terrorisme antirépublicain" AH AH AH, Bonne chance!

Il y a quelques temps je lisais, abasourdie, un article du Pais sur les lieux de mémoire pro Franco. Sachant qu'en Espagne, comme en Russie, célébrer la dictature ou le dictateur n'est pas un délit. Franquistes de père en fils avec pignon sur rue et fiers de l'être. Alors les compagnons de l'OAS sont bien entendu les bienvenus!

 

http://politica.elpais.com/politica/2014/04/16/actualidad/1397669544_510362.html 

30/05/2014, 13:43 | Par grain de sel en réponse au commentaire de Sarah Faro le 30/05/2014 à 13:26

Mais Sarah, Franco est mort de sa belle mort, jamais réellement "chassé" de son vivant ! Quelle ne fut pas ma surprise en visitant il y a quelques années La Corogne (La Coruña), au Nord-Est de l'Espagne, la ville même qui l'a vu naître, de trouver des Places Franco, des rues Franco, etc. Je croyais que tout ça était passé depuis sa mort. Il n'en est rien ! Voilà une photo récente de commémoration de l'anniversaire de sa mort :

 

   article_photo_1290275024475-1-HD.jpg

 

30/05/2014, 13:50 | Par catherine GRENIER en réponse au commentaire de grain de sel le 30/05/2014 à 13:43

En, effet, Franco et Ballaguer ... L'Opus Déi, intronisé officiellement au Vatican, par JP2,  car jusque là, c'était une simple secte. 

 

30/05/2014, 13:37 | Par Siloë

Je me joins à vous.

Henri Pouillot, vous indiquez plus de 70 stèles en France, 15 avant 2002. C'est donc bien cette période-là depuis 2002, qui favorise largement  et de façon effrayante la remontée dont nous venons de voir l'expression électorale très récemment.   

Ce que tu décris et dénonces Anne, s'inscrit dans cette remontée de boulevard, où il semble qu'aussi bien en France qu'en Espagne, certains élus socialistes soient de très complaisants acteurs. Il faut alerter et mettre les faits en relation les uns avec les autres. L'utilisation corrompue des mots est en effet primordiale à discerner et à combattre, au-delà d'Amos Oz, on peut également évoquer Viktor Klemperer et Jean-Pierre Faye.  

Marguerite

30/05/2014, 13:45 | Par catherine GRENIER

Et gravé dans le marbre des monuments.

Merci Anne pour ce travail d'investigation qui nous en apprend tant !

 

30/05/2014, 13:49 | Par Taky Varsö

Billet diffusé.

 

30/05/2014, 13:58 | Par juan23

Merci pour ce billet.

30/05/2014, 15:44 | Par Salah Guemriche

Merci, Anne !

On comprend mieux pourquoi Robert Tabarot (OAS, Oran) avait vite fait de chercher refuge dans l'Espagne franquiste, et précisément à Alicante, où naîtra la copine de Copé, pardi ! La Secrétaire générale de l'UMP, qui se dit très fière de l'oeuvre de Papa : " C’est un homme de contact qui a passé toute sa vie à rendre beaucoup de services (...) Je revendique, j’assume mon héritage familial, c’est mon ADN » (Le Monde 11-10-12). "Beaucoup de services" : à qui ?... Ne cherchons pas trop loin : la réponse est dans son... ADN.

30/05/2014, 15:40 | Par Amsahe

Pour ridiculiser ces personnes parlons des personnes justes et honnêtes rendons leur hommage.

Lucette Bachir hadj Ali est parti le matin du 26 mai 2014.

lucette_0.jpg

30/05/2014, 17:21 | Par Alain Chellous

Merci Madame Guérin-Castell pour ces informations détaillées.

Votre travail est précieux, hélas!

30/05/2014, 18:10 | Par pierryves giuntini

L'effrayante bêtise de ces "nostalgiques"!

30/05/2014, 19:45 | Par Henri POUILLOT en réponse au commentaire de pierryves giuntini le 30/05/2014 à 18:10  

Non malheureusement, ce n'est de la bêtise, mais une démarche délibérée !!!

Comme le racisme, la xénophobie encouragés depuis des années au plus niveau de l'Etat, ce ne sont pas des erreurs, mais une politique délibérée, et c'est bien cela qui est d'une extrême gravité.

30/05/2014, 20:06 | Par henri bosch

il me revient les mots prophétiques de Bertolt BRECHT " le ventre est encore fécond d'où la bête immonde  surgi " ! l'échelle tendue à la vague " bleue Marine " par les européennes est préparée pour des lendemains sombres et sinistres ; les tueurs et nostalgiques de l'O.A.S * qui ont fait tant de mal aux pieds-noirs et aux algériens relèvent la tête et parlent fort . Le sursaut a été amorcé par les lycéens et collégiens dont je souhaite qu'ils entament un nouveau Mai 68 pour sauver la République fortement menacée . Le peuple de France ne mérite pas l'ignominie qui se prépare sous les yeux de nos gouvernants aveuglés. " aux armes, citoyens ..." contre les ennemis de la République qui abusent le peuples de leurs mensonges éhontés ( cf par exemple les 40% de chômeurs immigrés de Mme le Pen, contrée et dénoncée  par les décodeurs . )

* OAS qui a fait croire qu'elle défendait les pieds-noirs alors qu'elle ne visait qu'à abattre la République chancelante, cette GUEUSE pour eux.

 

30/05/2014, 20:55 | Par MissFaff

Merci pour cette riche documentation.

L'Espagne historiquement est un terrain propice à certains mouvements extrémistes.

Exemple: les phalangistes Libanais se sont inspirés de l'exemple espagnole sous Franco qui s'est inspiré lui même de l'Italie de Mussolini.

Mouvements de droite extrémiste.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Phalange_espagnole

 30/05/2014, 21:54 | Par Serge Koulberg

 

Merci Anne d'éclairer les chemins par lesquels le fascisme pose ses marques sur l'Europe avec la complicité opportuniste ou aveugle de ceux qui prennent des préparations de guerre pour des mains tendues à des reconciliations oublieuses des crimes passés.

Nouveau 30/05/2014, 22:54 | Par rimbus

Les harkis aussi étaient pour l'Algérie Française. Vous devriez, pour équilibrer votre propos, évoquer leur calvaire.
http://rimbusblog.blogspot.fr/2012/01/lois-memorielles-et-les-harkis.html 

Nouveau 30/05/2014, 23:33 | Par Jean-Paul Bourgès

J'ai lu plusieurs fois ce billet. La première fois c'était ce matin. Ma colère était trop violente pour écrire un commentaire. Juste avant de publier mon billet quotidien, m'étant occupé toute la journée de mon petit-fils et d'une petite Tunisienne qui vit à la maison en ce moment, je peux enfin réagir.

Que des hommes aient dérapé et l'aient payé de leur vie ... je peux maintenant comprendre, alors qu'à l'époque où ça s'est passé ils m'étaient odieux.

Mais qu'on en fasse quasiment des saints et des martyrs ... je ne peux toujours pas l'accepter. Merci de ce magnifique billet qui est si intelligent et distancié.

Jean-Paul

Nouveau 30/05/2014, 23:39 | Par Marc Daniel LEVY

Recommandé.

 

Nouveau 30/05/2014, 23:42 | Par Gerard Menvusa

Puisqu'on parle de stèles, où en est-on de la protection des cimetières catholiques et juifs en Algérie ?

Nouveau 31/05/2014, 01:55 | Par Psyche en réponse au commentaire de Gerard Menvusa le 30/05/2014 à 23:42

Je ne comprends pas votre commentaire et son lien avec le billet.

Nouveau 31/05/2014, 00:18 | Par Sylvain CAPRON

Il y a une chose que je n'arrive toujours pas à comprendre avec ces extrêmistes du FN et autres groupuscules fachisants ; ils ne veulent pas d'Arabes en France mais ils auraient voulu que l'Algérie reste française ! En résumé, nous les blancs cathos pouvont aller emmerder les Algériens chez eux, mais pas l'inverse ! Tiens-donc, en voilà une pensée profonde !

Nouveau 31/05/2014, 01:12 | Par Psyche

Billet remarquable. Je ne saurais que m'associer aux commentaires qui précèdent et féliciter Anne Guérin-Castell pour le travail de mémoire, si richement documenté, qu'elle poursuit avec une intelligence tenace et nécessaire. La colère que m'inspire l'extrême droite fascisante se double de la honte que j'éprouve à sa banalisation par nos élus, de droite comme de gauche. L'histoire n'est pas amnésique, inlassablement.

Nouveau 31/05/2014, 04:12 | Par PFBien

Lorsque je repense à la guerre d'Algérie, je pleure toujours. Je vais essayer de vous faire comprendre pourquoi, avec trois jours de ma vie. J'espère que vous verrez à quel point ce n'est pas partisan, bien au contraire.

Je ne suis pas pied-noir. Je suis né dans l'Hexagone mais, par hasard, j'ai passé une partie de mon enfance en Algérie. Mes parents étaient de passage dans ces départements d'AFN pour raison professionnelle. J'insiste pour dire que nous n'avons jamais eu là-bas ni propriété ni caveau de famille.
Nous y avons vécu une double guerre, l'une insidieusement militaire, l'autre franchement civile; la deuxième était la plus cruelle, je vais décrire pourquoi. Dans les rues où nous marchions, sur les places où nous attendions le bus, j'ai vu -de mes jeunes yeux vu- plus de cent cadavres trucidés de mort violente, abandonnés dans leur sang parfois durant plusieurs heures jusqu'à ce qu'une équipe municipale vienne évacuer les corps. La plupart étaient de simples concitoyens, parfois des voisins, toutes confessions confondues, c'est important de le dire.

Selon toute vraisemblance, j'aurais dû faire partie de ces cadavres.

Un petit matin encore noir de nuit, alors que j'attendais le bus pour le collège (j'allais en classe de 6ème), un vieil homme en djellabah est apparu sur le trottoir d'en-face. Il a levé un bras au bout duquel il tenait un pistolet. Il ne s'est pas dépéché de me tirer dessus. Tout en courant afin de me mettre à l'abri dans la rue transversale, j'ai eu le temps de me poser deux questions :
1 - valait-il mieux que j'atteigne l'angle des rues au plus vite en courant tout droit, ou au contraire que je zigzague pour être une cible plus difficile à viser ?
2 - avais-je eu la berlue ou bien le tireur était-il réellement en pleurs ?
On a compté 5 impacts de balle sur le mur, à 1m50/1m60 du sol. A 11 ans 1/2, j'étais en-dessous de cette taille, d'autant que je m'enfuyais le dos courbé !

Malika était dans ma classe (car il y avait des "Arabes" qui s'instruisaient à l'école française, même des filles) et Malika voulait seulement attendre qu'on grandisse encore un peu avant de m'autoriser à l'embrasser. Je lui ai dit : "Je suis certain que tu connais le chibani (le vieux)qui m'a tiré dessus". Elle a détourné la tête sans répondre.
Le lendemain, son visage était creusé. "Mon voisin, on lui a tué son petit-fils".

Hé oui. Un membre du FLN se pointait au domicile d'une famille, déposait un pistolet et, à côté du pistolet, un chargeur duquel il retirait la sixième balle. Il disait alors: "Tue, ou la sixième tuera quelqu'un de ta famille". C'est parfois de la sorte, en toute lâcheté, qu'on est devenu héros de la Résistance en Algérie.

Je sais, ça ne se fait pas d'écrire de telles insanités dans un média de gauche, surtout dans un media qui m'impressionne par ses qualités professionnelles. Je sais que le FLN, c'est les gentils et que l'OAS, c'est voisin du Ku Klux Klan. Quant aux harkis, c'étaient les pires puisqu'ils se sont engagés aux côtés des Français.
Croyez-moi ou pas : je n'ai jamais eu la moindre envie de me recueillir devant un souvenir de l'OAS. Je n'ai jamais eu non plus envie de serrer la main qui a égorgé en public mon petit camarade de classe pour la seule raison qu'il était blondinet. Par contre, j'ai toujours regretté de n'avoir jamais pu parler avec mon assassin manqué.
Je l'ai revu trois fois. Toujours de loin. Car il s'enfuyait en courant dès qu'il m'apercevait.
J'appelle souvent son fantôme. J'imagine pouvoir l'aider à sortir de l'enfer où le FLN l'a sans doute plongé de son vivant invivable. Je lui certifie: "Je sais pourquoi ton index a appuyé 5 fois sur la détente. Je saurai plus tard si c'est volontairement ou par maladresse que tu as visé trop haut. En tout cas, 60 ans après ton raté, moi, je suis encore vivant, et je me souviens de la moindre fraction de seconde de notre tragédie commune. Sache que n'ai pas, qu'à aucun moment je n'ai eu  la moindre once de haine envers toi. Qu'aurait fait mon père à ta place ?"

Nouveau 31/05/2014, 05:01 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de PFBien le 31/05/2014 à 04:12

Vous voyez pas que vous troublez la messe ? 

Intéressant témoignage que le votre, mais scandaleux ici.

Je n'ai pas la moindre complaisance envers l'OAS, qui a été une catastrophe pour les pieds-noirs eux-mêmes. Ceux-la n'ont pas compris même pour la plupart à quel point, malheureusement. Quand la passion l'emporte sur la raison, ça donne des résultats catastrophiques, et ça débouche très souvent sur l'ignoble. 

Vous allez sans-doute vous faire incendier avec votre témoignage pourtant mesuré, car, ici, on est dans le noir et blanc. Ainsi, on voit sur le fil des tas de vertueux pousser des cris d'orfraie au rappel de ces cultes ignobles d'assassins imbéciles. Mais les mêmes, pour la plupart, ne poussent nul cri d'indignation losqu'ils lisent dans des blogs ou au détour de fils des éloges d'infiniment  plus grands criminels, mais de "gauche". Et surtout, alors pas question de même critiquer ces éloges :  on se fait traiter de tout. Je me souviens m'être fait traiter d'étron pour simplement avoir osé égratigner l'image de Staline, et pour certains, Robespierre est un saint. L'indignation est le plus souvent borgne.

Pour en revenir à l'Algérie, les mêmes qui rappellent à juste titre les noyés algériens dans la Seine  du 17 octobre 1961, se garderont bien d'évoquer les massacres d'Européens à Oran le 5 juillet 1962, ou le sort des harkis dont beaucoup n'avaient guère eu le choix de leur engagement "du mauvais coté", si beaucoup aussi  se sont comportés  à l'encontre de leurs compatriotes de manière ignoble. Les nostalgiques de l'OAS mijotent dans leur nostalgie fétides, trouvant des justifications patriotiques à leur ignoble stupidité. Mais sur Médiapart, il est beaucoup de bonnes âmes qui crient leur amour de l'humanité, mais  sont parfaitement insensibles aux dérives meurtrières de leur "camp". Ils mijotent aussi, à leur manière dans une sauce peu ragoutante, dont il est très malséant d'étudier la composition. Oui, l'indignation en politique est souvent borgne, et ça ne se fait pas de troubler la messe comme vous le faites.

Je regrette personnellement qu'on ne puisse encore pas arriver à un bilan exhaustif et objectif de ce qui s'est passé en Algérie et en France pendant ces années atroces. J'avais treize ou quatorze ans au moment de l'OAS, et dans mon milieu, les sympathisants de cette organisation criminelle étaient nombreux, des gens qui n'auraient pas pour la plupart tué une mouche, mais la passion les rendait aveugles. En 1968, lors d'un voyage qui m'a mené jusqu'en Egypte par la route, j'ai traversé l'Algérie, du Maroc à la Tunisie, et de la Tunisie au Maroc. Ca m'a fait le plus grand bien, notamment au retour en stop, car je n'ai ressenti nulle hostilité à mon encontre, alors que "les évènements", comme on disait , étaient encore si proches. Très formateur, le voyage. Plus tard, il m'est arrivé de me faire ramasser  du coté d'Alicante, par un ancien de l'OAS, reconverti dans les orangeraies, à qui j'expliquai ce que j'avais ressenti en Algérie. Il n'était pas virulent d'ailleurs, mais ne voulait pas comprendre.

31/05/2014, 08:05 | Par Gerard Menvusa en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 31/05/2014 à 05:01

 

Les massacre d'européens et d'harkis dont vous parlez sont normaux puisque commis par des arabes. C'est le racisme d'extrême gauche habituel : les arabes n'ont pas vocation à respecter la vie humaine, selon nos amis trotskystes.

On peut quand même esp2rer un rééquilibrage dans la narration historique quand tous les protagonistes auront disparu.

31/05/2014, 09:50 | Par Tinus en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 31/05/2014 à 05:01

Les lecteurs de Médiapart sont bien plus divers que vous ne les décrivez. Comme dirait Antoine Perraud, décentrez-vous ! Autrement dit, invitation à laisser un temps les procès d'intention et à lire comment les gens se parlent et se répondent, comment se file le commentaire et se tisse le dialogue.

31/05/2014, 10:02 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Tinus le 31/05/2014 à 09:50

Je pourrais faire un chapelet avec les insultes dont on m'a couvert après des interventions sur le fond mesurées, même si elles pouvaient être un peu décoiFfantes dans la forme. Et Perraud, que vous citez, m'a traité de "raciste", après avoir dit que je filais mes commentaires "comme d'autres tournaient la gégène" : c'est  pas joli ? Le plus poète fut Najiels qui après m'avoir traité d'étron au premier abord, voyait plus d'humanité dans l'oeil de mon Doberman que dans le mien, et laissait entendre que comme son oncle que tout le monde appelait Benito, je l'avais entrainé à mordre les Arabes. J'ai dû lui préciser que je n'avais pas de chien, et que le seul Arabe à mordre dans mon village aurait été mon petit-fils. Je me régale à constater que  des internationalistes bon teint puissent autant aimer l'humanité et autant haïr leurs voisins.

31/05/2014, 08:30 | Par digitalmum en réponse au commentaire de PFBien le 31/05/2014 à 04:12

Merci pour ce témoignage.

31/05/2014, 09:34 | Par Tinus en réponse au commentaire de PFBien le 31/05/2014 à 04:12

Vos larmes, pour moi ce sont toujours celles de ce vieil homme. Vous vous êtes bien débrouillés ! Merci à vous deux.

31/05/2014, 09:40 | Par Psyche en réponse au commentaire de PFBien le 31/05/2014 à 04:12

Merci pour votre témoignage.

 

 

31/05/2014, 10:19 | Par blue light

Et que dire de la responsabilités des gouvernements de l'époque qui par leur cécité, leur manque de vision et l'occultation de la réalité ont permis la radicalisation à outrance des sentiments dans les deux camps?

31/05/2014, 10:26 | Par digitalmum en réponse au commentaire de blue light le 31/05/2014 à 10:19

Que dire en effet ....

31/05/2014, 10:58 | Par Blandine Margoux

Et comment interpréter l'abandon du projet de musée de l'histoire de France en Algérie, à Montpellier ? Qu'en pensez-vous ? 

(article paru ce jour sur le site de Midi Libre)

31/05/2014, 11:31 | Par Francis Marx

J'ai mis sur mon blog des photos significatives de la nostalgie coloniale à Aix; mais j'ignore de quand datent ces dénominations - avant ou après Joissains.

 

31/05/2014, 12:53 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Michel Dandelot le 31/05/2014 à 12:38

Oui, Michel. L'information  a été publiée hier soir, à 19h53. Je n'en ai eu connaissance que ce matin.

Je vais rajouter la traduction de l'article qui l'annonce en Post Scriptum à la fin de mon billet.

En remerciant avec chaleur et émotion tous ceux qui, en donnant de la visibilité à ce billet, ont contribué à cette décision.

31/05/2014, 13:22 | Par Ivan Villa

Ce billet mérite une diffusion sur la toile. Bravo.

  31/05/2014, 15:26 | Par Michel Dandelot

 

31 mai : triste anniversaire de l'assassinat de Roger Gavoury par les criminels de l'OAS le 31 mai 1961, cliquez sur le lien ci-dessous, son fils Jean-François fait la liaison avec le sujet de l'article d'Anne Guérin-Castell : 

http://www.dandelotmije.com/article-il-y-a-cinquante-trois-ans-c-etait-hier-c-est-encore-aujourd-hui-123781394.html 

31/05/2014, 17:03 | Par Marc Daniel LEVY

"On trouve d'autres monuments à la gloire de ces assassins. Par exemple, dans le cimetière de Béziers, où figurent les quatre noms.

Beziers.jpg

© La Dépêche

(.....)

Ou à Nice, square Alsace-Lorraine, avec une stèle dédiée à Roger Degueldre « symbole de l’Algérie française ». 

L'arrêt du Conseil D'Etat du 14 Novembre 2011 que vous citez, chère Anne :

« Est illégale la délivrance par un maire d'une autorisation d'occuper pendant quinze ans un emplacement dans un cimetière en vue d'y installer une stèle ne constituant pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestant une prise de position politique et procédant à l'apologie de faits criminels, dès lors qu'elle permet l'occupation du domaine public communal pour un usage qui, d'une part, n'est pas compatible avec la destination normale d'un cimetière et, d'autre part, est de nature à entraîner des troubles à l'ordre public. »

... cet Arrêt ne devrait-il pas permettre aux Préfets concernés, d'engager une action pour  mettre un  terme au scandale de l'existence de ces deux monuments en particulier, faisant, qui plus est sur une place publique pour celui de Nice, l'apologie du crime et de criminels condamnés à mort et fusillés par la République il y a à peine plus de 50 ans ?

31/05/2014, 19:31 | Par Anne Guérin-Castell en réponse au commentaire de Marc Daniel LEVY le 31/05/2014 à 17:03

Je suis bien embarrassée pour vous répondre, n'étant pas juriste. Ceci n'est pas le texte intégral de l'arrêt, mais (et je crois l'avoir écrit dans mon texte) ce qui en ressort, c'est-à-dire l'analyse que l'on peut lire au bas de la page du site gouvernemental où l'arrêt est publié. Je donne le lien pour que chacun puisse en juger : http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000024815351&fastReqId=2022435464&fastPos=1.

Dans cette affaire très compliquée d'un point de vue judiciaire, il n'était question que de la stèle de Marignane (et le demandeur, ne l'oublions pas, était l'Adimad qui voulait faire annuler un jugement précédent). Il se trouve que le Conseil d'État a statué sur le fond. Ce qui est très important. Je sais que cet arrêt crée une jurisprudence, ce qui rend très compliqué l'érection de nouvelles stèles comportant le nom d'un des quatre dans un quelconque espace public en France. Mais les préfets peuvent-ils s'appuyer de manière rétroactive sur cet arrêt ?

Je n'ai pas pensé à poser la question à des personnes mieux versées que moi dans la chose judiciaire. Je vais m'empresser de le faire en passant de Mediapart à Mail. Dès que j'ai la réponse, je vous la transmets.

 

 

P.-S. Je viens de recevoir la réponse : « La jurisprudence Marignane s'applique pour les projets postérieurs à la date à laquelle l'arrêt a été rendu.
Pas pour les monuments préexistants. »

 

31/05/2014, 21:51 | Par Vancouver en réponse au commentaire de Anne Guérin-Castell le 31/05/2014 à 19:57

Infini merci Anne. Pour tout.

 

31/05/2014, 22:53 | Par Henri POUILLOT en réponse au commentaire de Marc Daniel LEVY le 31/05/2014 à 17:03

La stèle de Nice, dans le square Alsace Loraine date des années 70 je crois, sous la dynastie Médecin. C'est une des plus anciennes (dans les 15 sur 70 actuelles)

01/06/2014, 01:48 | Par Amsahe

la période trouble entre 1954 et 1957 durant laquelle Mitterrand fit exécuter un militant communiste.

P20120213-14.jpg

«La vie d'un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c'est l'Algérie, son avenir. Et l'Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l'amitié entre Français et Algériens se ressoudera.»

Fernand Iveton, né le 12 juin 1926 au Clos-Salembier (Alger) et exécuté le 11 février 1957 est un militant français d'Algérie, anticolonialiste1 et le seul Européen guillotiné de la guerre d'Algérie.

01/06/2014, 02:11 | Par Marc Paoletti

Après avoir lu les commentaires qui précèdent, il faut regretter ces polémiques sur les différents aspects de la guerre d'Algérie. A quand une étude historique  honnête et objective sur les exactions du FLN, les responsabilités de l'armée française, et le rôle exact des "assassins de l'OAS" qui, soit dit en passant, ont tenté de protéger les pieds noirs contre la volonté de purification ethnique du FLN ("la valise ou le cercueil") et "l'abandon vulgaire" ( je cite de mémoire le chef de l'Etat de l'époque) de la population française d'Algérie face à leur ennemis.

Une autre polémique vient de naitre à Toulon, à propos de l'attribution du nom de Nelson Mandela à une place de la ville. A ce propos, il est possible de faire un parallèle entre  l'Algérie et l'Afrique du Sud. En Afrique du Sud, plus de trois millions de "colons" blancs sont restés, malgré un précédent régime au racisme institutionnalisé, qui a tenté de contenir dans des réserves, les bantoustans, les populations africaines; un régime démocratique, avec des élections libres; une société multiculturelle, où l'on parle l'afrikaans, l'anglais et des langues africaines; une économie qui est sans doute la plus prospère du continent africain; et enfin la volonté de rechercher avec objectivité, sans haine ni passion, ni langue de bois les responsabilités du régime d'apartheid.

L'Algérie serait-elle l'image en négatif de l'Afrique du Sud ?

01/06/2014, 09:52 | Par claude de villepin

et si on fait peter une stele à la memoire d'assassins , on risque quoi ???

01/06/2014, 10:45 | Par OLALA en réponse au commentaire de claude de villepin le 01/06/2014 à 09:52

d'en faire des pseudos-martyrs !

01/06/2014, 12:05 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de claude de villepin le 01/06/2014 à 09:52

Le problème, ce n'est pas d'en faire péter une , mais de les faire péter toutes ! Et là, il y a aurait du boulot ! Et il y a des assassins à qui on élève des statues de leur vivant, et dans les fils de Médiapart, encore, mais chuuuttt, faut pas le dire !

01/06/2014, 12:06 | Par Blandine Margoux en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 01/06/2014 à 12:05

01/06/2014, 12:22 | Par Anne Guérin-Castell

Il y a deux ajouts au billet initial avec la traduction des informations données par le journal El Periódico dans sa version électronique puis sa version papier, qui annoncent l'annulation du projet d'érection de stèles à Polop (en fait, il y en aurait eu deux). Le deuxième permet de comprendre que l'ambassade de France à Madrid n'est pas restée immobile face à ce projet et que le gouvernement espagnol est interpellé à ce sujet.

 

 

  A Polop près d’Alicante

par Jacques CROS

5e6af617.jpg

 Nous en avions déjà parlé, les nostalgériques ont choisi l’Espagne pour honorer les assassins de l’OAS. Ainsi une stèle portant les noms des quatre condamnés à mort et fusillés sera inaugurée à Polop près d’Alicante.

Le maire de la commune, qui compte 2 600 habitants, dont une centaine issus de l’immigration Pied-Noir consécutive à l’indépendance de l’Algérie, sera présent à l’inauguration. Ce maire est socialiste et a une position qui rappelle celle d’Elie Aboud et de Raymond Couderc à Béziers où nous avons déjà une stèle rendant hommage aux quatre terroristes.  Il ne s’agit que d’une stèle de recueillement. Ben voyons !

Il faut reconnaître une certaine logique chez les socialistes. Après avoir engagé le contingent dans la guerre d’Algérie, après avoir amnistié et même reconstitué la carrière des putschistes de 1961, on continue à passer l’éponge sur des criminels. Pour mémoire on pourra aussi citer le maintien d’une journée de commémoration de la paix en Algérie le 5 décembre !

Comme le fait remarquer Jean-François Gavoury, dont les noms des assassins de son père, commissaire central d’Alger exécuté en 1961,  figurent sur les stèles de Béziers et de Polop, et qui préside une association, l’ANPROMEVO, des victimes de l’OAS, que dirait le gouvernement de Madrid si des Espagnols érigeaient en France un monument à la gloire du Franquisme ?

Vous me direz le mal est très profond puisqu’à Béziers le nouveau maire entend honorer lui aussi sans confusion la stèle à l’OAS qui n’a pas été, malgré un arrêt du conseil d’état statuant sur celle, semblable, de Marignane, enlevée du cimetière neuf de la patrie de Jean Moulin !

 Jacques Cros 

 

 

 

 

 


Tag(s) : #Associations

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :