Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

imagesjuin.jpegalgerie_presse.jpgnantua-albert-nallet-le-plantay.jpg

En haut : Claude Juin, en bas : Albert Nallet

http://www.depechedekabylie.com/cuture/125498-temoignages-de-deux-justes-de-la-guerre-dalgerie.html

Dans le cadre de la 6ème édition du festival international de la littérature et du livre de jeunesse, qui a pris ses quartiers à Tizi-Ouzou la semaine passée, un programme riche et varié a été élaboré au grand bonheur des amoureux des livres et de la lecture.

Le petit théâtre de la maison de culture Mouloud Mammeri a abrité des débats autour d’une table ronde, intitulée «Vérité pour une mémoire » et animée par Djoudi Attoumi, Albert Nallet, Claude Juin et Abdelmadjid Aziz, en présence d’un public nombreux dont un groupe de lycéens des établissements de la commune de Tizi-Gheniff.

Claude Juin et Albert Nallet sont tout deux des «justes», des combattants pour la paix qui ont eu le courage de prendre fait et cause pour la guerre d’Algérie.

Ils étaient tous deux des soldats du contingent français durant la guerre de libération nationale, mais comme tant d’autres amis de l’Algérie libre, ils ont fait le choix très difficile d’être du côté de la justice et de l’opprimé contre l’oppresseur.

«En 1958, nous étions minoritaires à prendre position pour l’indépendance de l’Algérie, et aujourd’hui, l’Histoire nous a donné raison». Une phrase lourde de sens que nous avons retenu lors de l’entretien que nous avons réalisé avec l’un de ces justes, M. Claude Juin, auteur qui a couché sur le papier sa douloureuse expérience dans le contingent de l’armé coloniale.

Son livre se veut être le témoignage de son vécu comme soldat l’armée française en Algérie de 1957-1958, à Minerville, l’actuelle «Thenia», puis dans massif de l’Ouarsenis où il s’est farouchement opposé à la politique de la terre brûlée prônée par l’armé française. À son retour en France, et jusqu’en mars 1962, il a milité dans le réseau clandestin «Jeune  Résistance» pour l’indépendance de l’Algérie.

Claude Juin a soutenu une thèse de doctorat, en 2011, dont il tire son ouvrage «Soldats tortionnaires. Guerre d’Algérie : des jeunes gens ordinaires confrontés à l’intolérable».

Notre interlocuteur nous révélera: «J’ai assisté au pire exactions…». A une question que nous lui avons posée sur la reconnaissance de l’Etat français des crimes contre l’humanité qu’elle a perpétrés en Algérie, il répondra : «Je suis favorable à cette reconnaissance, mais hélas, le déni de l’Etat existe toujours du côté français, tout comme l’esprit de domination, dans les mentalités, il existe encore aujourd’hui le prestige de ce grand empire que fut la France à l’époque…». Il ajoutera : «Nous ignorions tout de votre pays. Pour nous, l’Algérie, c’était trois départements du grand empire français. C’est du moins ce qui nous a été enseigné à l’école de la République. Nous étions dans l’ignorance de ce qui ce passait réellement en Algérie». Et d’ajouter : «A l’époque, le service national était obligatoire, et à notre arrivé en Algérie, nous étions confrontés à l’intolérable. Nous regardions l’arabe faire les travaux les plus dégradants, les plus salissants, les moins bien rémunérés… nous les voyions nettoyer nos poubelles».

En France, raconte-t-il, on se voilait les yeux. «Même Jule Ferry, alors député de l’assemblée nationale française, déclarera en pleine assemblée que les jeunes arabes suivent normalement leurs études à l’école mais qu’à l’âge de 14 ans, leurs cerveaux s’arrête pour aller travailler. J’ai fais des photos où l’on voyait l’armée française commettre des exactions auxquelles je me suis opposé, mais ce n’était pas facile, car nous étions, mes camarades et moi, sur le fil du rasoir de par nos prises de position».

L’autre « juste », M. Albert Nallet, soldat appelé en haute Kabylie, du 03 au 06 août 1959, témoigne, dans l’ouvrage intitulé «On n’efface pas la vérité», sur la période de sa participation imposée à la guerre d’Algérie. Selon le communicant, on leur disait qu’ils étaient en Algérie pour «chasser les terroristes et rétablir l’ordre républicain par tous les moyens…». Il ajoutera : «J’ai été envoyé, ici, pour maintenir l’ordre établi et j’y ai beaucoup souffert. J’ai vu souffrir énormément de monde, ce qui m’a fait beaucoup de mal… Je faisais partie de ces jeunes militants pour la paix, et ce ne fut pas facile, car l’idéologie dominante à l’époque disait que l’Algérie c’était trois départements qu’il fallait absolument garder. A l’école, on nous enseignait que les Algériens n’étaient pas capables de se gouverner eux-mêmes…». «Nous voulons rencontrer la jeunesse algérienne dans des stades et pas sur des champs de bataille», dira Albert Nallet. Il ajoutera que, lors d’événements engendrés par l’assassinat d’un jeune algérien, son supérieur avait ordonné aux soldats d’effacer les inscriptions sur les murs de la ville où étaient mentionné «l’Algérie n’est pas française», «les soldats français meurent pour rien», «Vive l’Algérie libre».

Et à cet ordre, il lui rétorquera : «On n’efface pas la vérité». Il concluera, très ému : « Très dure fut pour moi toute cette guerre, et plus encore, le déni total de la France sur le sang qu’elle a sur les mains, sur la torture et sur ses exactions…»

Karima Talis

 

 

Tag(s) : #Associations

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :